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2012-11-09

L'intervention au Mali, une nécessité pour la stabilité de la région

Entretien par Mawassi Lahcen pour Magharebia à Tanger – 09/11/12

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La crise au Mali, la menace terroriste au Maghreb, la Libye post-Kadhafi et la sécurité au Sahel seront en tête des discussions la semaine prochaine à Tanger, à l'occasion des MEDays 2012. La cinquième édition de cet important forum se penchera également sur la crise économique mondiale et les perspectives de développement en Afrique.

Qualifié de rencontre des acteurs mondiaux impliqués dans les sphères géostratégiques, politiques, économiques et sociales du Sud, ce forum qui aura lieu du 14 au 17 novembre regroupera des chefs d'Etat et de gouvernement, des ministres des Affaires étrangères, des hommes d'affaires et des représentants de la société civile.

Brahim Fassi Fihri dirige l'Institut Amadeus, qui organise cette conférence annuelle MEDays. Magharebia l'a rencontré à Tanger pour parler avec lui de sujets brûlants, par exemple le fait de savoir si le Mali sera le "nouvel Afghanistan", les différences entre les mouvances salafistes, et les plus grands dangers qui menacent le Maghreb.

Magharebia : Depuis son lancement en 2008, le MEDays s'est attaché en particulier au Sahel et au Sahara. En sera-t-il de même pour l'édition de cette année ?

Fassi Fihri : La situation que connaissent le Sahel et le Sahara est l'une des questions sécuritaires les plus importantes pour la communauté internationale, si ce n'est la plus importante, et les perspectives sont très inquiétantes. Cette région, une zone située à quelque 2 000 kilomètres des frontières de l'Europe, connaît un chevauchement unique de problèmes politiques et géostratégiques qui font d'elle une véritable poudrière. Il y a le problème de l'identité touareg et celui de la partition et de la division du Mali, qui menace d'avoir une incidence sur d'autres pays de la région.

Il existe de plus un nombre croissant d'organisations terroristes qui se mêlent aux gangs du crime organisé, ainsi qu'aux trafiquants d'armes et de drogue. Et tout cela se met en place dans un contexte de forte dégradation des conditions politiques, sociales et économiques.

Ces dernières années, l'Institut Amadeus a organisé plusieurs séminaires et forums pour alerter la communauté internationale sur le dilemme du Sahel et du Sahara. Nous appelons la communauté internationale à assumer ses responsabilités et à répondre à cette situation avant qu'il ne soit trop tard.

Magharebia : Une intervention militaire est-elle la seule manière de résoudre le problème de la sécurité au Sahel ?

Fassi Fihri : Nous n'avons plus le temps de nous interroger sur d'autres solutions. L'intervention militaire est devenue inévitable et urgente, à la lumière de la situation actuelle. Je pense que le principal objectif de cette intervention sera d'empêcher la partition du Mali, qui entraînerait des conséquences désastreuses pour l'ensemble de la région.

Nous devrions permettre au Mali de poursuivre le processus de transition politique qui a été interrompu par le coup d'Etat militaire de mars dernier. Une intervention militaire permettra d'abord de sécuriser Bamako, puis de reprendre Tombouctou et de sécuriser les stocks d'uranium qui se trouvent dans le nord du Niger et le nord-est du Mali.

Elle permettra également d'éradiquer les organisations terroristes et les gangs criminels qui prolifèrent dans cette zone.

Magharebia : Quelle est la relation entre ces diverses organisations ?

Fassi Fihri : Al-Qaida au Maghreb islamique est désormais plus forte que son organisation-mère. Cette dernière semble en effet éprouver de grandes difficultés à lancer de nouvelles opérations depuis la mort de ben Laden et d'autres de ses dirigeants.

Certains indicateurs confirment qu'Ansar al-Din s'est entraînée dans les camps d'AQMI. Il en va de même pour Boko Haram...

Le mouvement somalien al-Shabab adopte les mêmes orientations intellectuelles et idéologiques qu'al-Qaida. Nous sommes face à une longue bande géographique, qui s'étend du Sahel à l'Océan atlantique à l'ouest, et à la Somalie à l'est, où prolifèrent les organisations criminelles et terroristes.

Nous ne devrions de surcroît pas négliger le fait que quarante pour cent de la cocaïne qui entrent en Europe transitent par cette région. Toutes ces considérations rendent une intervention militaire nécessaire et urgente dans la région du Sahel-Sahara. Mais je pense que cette intervention devra être exclusivement africaine, de manière à ne pas répéter l'erreur de l'intervention internationale en Afghanistan.

Il existe de nombreuses similitudes entre la situation au Sahel et l'Afghanistan. Les organisations terroristes présentes au Sahel sont le pendant d'al-Qaida et des Talibans en Afghanistan, le rôle central de l'Algérie dans la région du Sahel est équivalent au rôle du Pakistan en Afghanistan, et la cocaïne au Sahel est équivalente à l'opium en Afghanistan.

Magharebia : Vous avez dit qu'AQMI était désormais plus forte que son organisation-mère. Voulez-vous dire par là que le centre de gravité d'al-Qaida s'est déplacé de l'Afghanistan au Maghreb ?

Fassi Fihri : Exactement. AQMI voit sa force se renforcer en permanence par suite des problèmes dont nous avons parlé. Elle a réussi à détourner les lumières et à ravir la vedette à son organisation-mère en Afghanistan. Cette dernière s'est affaiblie et connaît un déclin continu depuis que la tête du serpent a été tranchée, avec la mort de ben Laden. Et elle a subi récemment un nouveau revers encore avec la mort de son dirigeant militaire. Il ne reste désormais plus qu"Al-Zawahiri.

Avec le retrait des troupes internationales d'Afghanistan, on peut dire aujourd'hui que la légitimité de la lutte idéologique a été retirée à al-Qaida. Il ne lui reste qu'un seul projet : le conflit avec le régime en place à Kaboul, ou la poursuite de la déstabilisation du Pakistan, après avoir été le fer de lance de la lutte contre les forces occidentales.

Aujourd'hui, la véritable menace pour la sécurité et la stabilité du monde se trouve au Sahel et au Sahara, et le danger est AQMI et toutes ses organisations satellites.

Magharebia : Quelle est votre opinion sur ce nouvel acteur dans la région qu'est Ansar al-Sharia ?

Fassi Fihri : Je crois que pour commencer, nous devons identifier les salafistes. Nous devons décider quelle approche adopter avec eux, une approche politique ou une approche sécuritaire. En Egypte, nous avons vu que les salafistes avaient rejoint le jeu politique et participé aux récentes élections. En Tunisie, ils n'ont pas participé aux élections, mais leur poids est encore très important. Ils contrôlent des quartiers résidentiels et des villages entiers, qu'ils administrent indépendamment du pouvoir central.

La question à laquelle les salafistes doivent répondre en Tunisie est la suivante : sont-ils prêts à une participation politique et à accepter les règles du jeu démocratique ? S'ils acceptent, pourquoi alors ne pas leur faire une place et voir ce qu'ils ont à proposer ?

En revanche, la situation en Libye est totalement différente. Ansar al-Sharia y contrôle aujourd'hui un important arsenal d'armes très diversifié. C'est là où réside le risque de les voir tomber dans l'extrémisme et le terrorisme. La Libye est complètement déstabilisée.

Il existe des preuves des relations entre les salafistes libyens et AQMI. C'est la raison pour laquelle j'établis une distinction entre les salafistes de Libye et les autres. Je ne pense pas que nous devrions mettre tous les salafistes dans le même panier avec AQMI.

S'ils acceptent la démocratie, nous ne devrions pas les en empêcher. Mais s'ils sont sur le point de constituer un mouvement armé qui pourrait être en mesure de menacer la stabilité du pays, comme c'est le cas en Libye, alors nous devrons les combattre.

Magharebia : Qu'en est-il du Maroc ?

Fassi Fihri : Nous ne devons pas perdre des yeux la règle d'or, selon laquelle personne n'est à l'abri de la menace terroriste. L'attentat au Café Argana en est un exemple très récent...

L'auteur de cet attentat à Marrakech en 2011 n'appartenait à aucune organisation. C'était un loup solitaire qu'al-Qaida avait façonné idéologiquement, de manière à faire de lui le volontaire de sa propre mission visant à commettre ce crime haineux.

Mais dans le cas d'AQMI, le danger idéologique se double d'une menace militaire imminente. Ce risque augmente de jour en jour par suite de la quantité et de la diversité des armes qui sont transportées clandestinement depuis la Libye. C'est la raison pour laquelle je mets en garde contre le fait que le Sahel ne devienne un nouvel Afghanistan et AQMI de nouveaux Talibans...

J'appelle à accélérer l'intervention militaire internationale pour nettoyer la région, une initiative attendue depuis si longtemps.

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  1. Anonymous thumb

    benghazi 2012-11-20

    Nous ne devrions de surcroît pas négliger le fait que quarante pour cent de la cocaïne qui entrent en Europe transitent par cette région :Ce monsieur n'a rien compris Ceci dit, cela confirme l'ampleur des réseaux de trafic de drogue en algerie Pas loin que dimanche les services de gendarmerie de la commune de Souahlia à Tlemecen ont mis la main sur cinq tonnes de kif traité. Dans cette region l'algerie a des mesures draconiennes prises au niveau des frontières algéro-marocaines, plus de 85% de la drogue saisie provient du Maroc et 15 % de certains pays africains via Tamanrasset. Au total 110tonnes depuis 2012 que dans les frontieres entre le maroc et l'algerie . Aller va voir ailleur monsieur

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    Lafendi 2012-11-17

    Ce que je constate c'est qu'à chaque fois je relis des pensées de nos maîtres penseurs d'outre-mer. Je ne puis exprimer ma désolation devant nos représentants et qui ne cessent de parler de terrorisme sans toutefois se poser l'épineuse question pourquoi et comment est né ce terrorisme? Nous ne cessons de mettre en exergue la démocratie sans se poser la question quel rapport y a t-il entre notre société qui est arabo-musulmane et cette doctrine qui vient d'un autre monde auquel nous n'avons aucun lien ni religieux, linguistique, traditionnel etc. J'aurai préféré que nos représentants au lieu de faire les aras de l'occident exitent un peu leurs méninges pour trouver une politique où tout le peuple trouvera son compte. Je terminerai ce commentaire par un passage de A. Ibn khaldoune quand il nous éclaircit la voie juste et efficace pour qu'on puisse gouverner: "Mais quand les Arabes oublièrent leur religion, ils n'eurent plus de rapport avec la politique et ils retournèrent à leur désert originel. Les Arabes ne peuvent régner que grâce à quelques structures religieuses de prophétie ou de sainteté. Leurs aspirations tendent rarement vers un seul but. Il leur faut l'influence de la loi religieuse par le prophétie ou la sainteté pour qu'ils y modèrent à eux-mêmes et qu'ils perdent leur caractère hautain et jaloux". Joignant à cela et ce qui confirme cette théorie ce qu'a dit J-J rousseau :" Toute justice vient de Dieu, lui seul en est la source; mais si nous savions la recevoir de si haut nous n'aurions besoin ni de gouvernement ni de lois". Mais dans tout cela est-ce que les véritables dirigeants du monde en l'occurrence les sionistes nous accorderons t’ils cette issue qui va contre leur idéologie et surtout l'Islam. Que ces responsables cessent de blaguer.

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