2012-07-27
Al-Qaida attire les jeunes Africains au Mali
Jemal Oumar et Raby Ould Idoumou à Nouakchott et Mouna Sadek à Alger ont contribué à cet article pour Magharebia – 27/07/12
La prise du nord du Mali par les islamistes radicaux et leurs alliés d'al-Qaida est plus qu'une crise locale. Des centaines d'enfants ouest-africains sont aujourd'hui transformés en combattants armés.
Alors que la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), les Nations unies et l'Union africaine discutent du possible déploiement d'une force militaire africaine conjointe dans la région, le MUJAO, issu des rangs d'al-Qaida, recrute des dizaines d'adolescents sur l'ensemble du continent.
Dans le cas le plus récent, des jeunes âgés de moins de 16 ans ont été emmenés au Mali depuis la ville burkinabée de Gourma.
"Ils ont été rassemblés dans un bâtiment de la police islamique à Gao en attendant que leurs pairs de plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, comme le Sénégal et la Côte d'Ivoire, les rejoignent", a expliqué le quotidien sénégalais Rewmi dans son édition du lundi 23 juillet. "Ils ont reçu des armes lourdes et des uniformes militaires khaki."
Selon le commandant de la "police islamique" à Gao, "il y a plus de deux cents jeunes, et nous en attendons bien plus."
Ces jeunes ont été répartis dans deux camps d'entraînement pour y "suivre une formation militaire et religieuse", a indiqué ce commandant à l'AFP le 18 juillet.
Il aura fallu moins de deux jours au MUJAO pour recruter ces jeunes Africains et les envoyer au Mali.
"Il y a des Maliens, des Somaliens, des Ivoiriens, des Sénégalais, des Ghanéens, des Gambiens, des Mauritaniens, des Algériens, des Guinéens, des Nigériens, tous les Musulmans sont ici", a dit Bilal Hicham, un Nigérien commandant une "katibat" du MUJAO au Mali.
"Le djihad doit se propager dans toute l'Afrique de l'Ouest", a déclaré ce leader d'une brigade du MUJAO à Gao.
Confrontés à une sévère pénurie de nouveaux membres, les groupes terroristes se tournent désormais vers le recrutement d'enfants.
Selon le journaliste Omar Al Rajel, nombre de ces jeunes recrues proviennent des quartiers de "Derbea" et de "Ble Far Andy" à Tombouctou. Les terroristes expliquent aux jeunes recrues qu'ils ont besoin d'eux pour faire appliquer la charia.
"Le MUJAO et les autres groupes islamiques ont effectivement commencé à recruter des jeunes de dix ans à Tombouctou", a raconté Mohamed Cissé, un chauffeur de Mopti, à Magharebia.
"La plupart des gens ont déjà quitté Tombouctou, et la ville ne compte plus que quelques familles sans aide", affirme-t-il. "Je pense que ces familles ne peuvent partir parce que leurs fils sont dans des camps d'entraînement, et il se peut également qu'elles reçoivent une aide financière des djihadistes."
Nina Walet Ntalo, ancienne ministre dans le gouvernement mis en place de manière unilatérale par le Mouvement national pour la libération de l'Azaouad (MNLA), a expliqué à Magharebia qu'elle avait eu la confirmation que "les groupes radicaux islamistes ont ouvert un camp à Gao pour recruter et entraîner des enfants et des jeunes âgés de moins de 15 ans".
"Le recrutement d'enfants et de jeunes est sur toutes les lèvres des habitants de la ville", a-t-elle ajouté.
Baba Ahmed, correspondant de Jeune Afrique dans le nord du Mali, a fourni de nouveaux détails, indiquant que le MUJAO avait commencé à recruter des enfants et des jeunes de l'ethnie Songhai, en particulier au sein des milices Gouda Isou de Gao.
S'exprimant sous condition d'anonymat¸ un autre journaliste malien a déclaré que "le recrutement des enfants se déroule à grande échelle à Tombouctou, où des enfants de moins de 18 ans sont utilisés en renfort."
"Lorsque j'ai demandé à un membre du Conseil juridique de la charia d'Ansar al-Din la raison pour laquelle ils recrutaient des enfants, il m'a dit : 'la charia islamique nous demande de faire porter aux enfants une part de la responsabilité des difficultés de la vie'."
Ansar al-Din, allié à al-Qaida, a même lancé des campagnes de sensibilisation à la radio de Tombouctou invitant les jeunes à rejoindre le djihad et à soutenir les insurgés dans le nord du Mali.
La Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) a affirmé le 13 juillet que le nord du Mali vivait "l'enfer" depuis les six derniers mois.
A Gao, Tombouctou et dans les régions environnantes, "plus de cinquante cas de viol ou de tentative de viol ont été signalés", notamment des viols en masse de femmes et de jeunes filles mineures", indique ce rapport de la FIDH.
Des témoins et des témoignages de victimes font également état d'exécutions sommaires et de vandalisme systématique commis sous le contrôle de "groupes armés dans les principales villes du nord", a expliqué Suheir Belhassen, le président de la FIDH.
Le MUJAO se trouve aux avant-postes de ces groupes. Le "Bataillon des masqués" d'al-Qaida, dirigé par le terroriste international en fuite Mokhtar Belmokhtar (alias "Laaouar") et la brigade "Tariq Ibn Ziyad" d'Abou Zeid opèrent également ouvertement au Mali.
D'autres organisations internationales des droits de l'Homme tirent également la sonnette d'alarme à propos du recrutement forcé des enfants dans le nord du Mali. Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) a indiqué le 6 juillet qu'il disposait de preuves montrant que quelque 175 jeunes garçons se trouvaient aux mains des groupes terroristes armés.
"Les enfants du nord sont témoins ou victimes de violences", a confirmé Théophane Nikyema, représentant de l'UNICEF au Mali, le 6 juillet. Outre le recrutement forcé de mineurs, des enfants ont été violés, abusés sexuellement, et même tués, a-t-il expliqué.
"La fermeture de la grande majorité des écoles de la région constitue un autre motif de préoccupation, car cela concerne près de 300 000 enfants dans le seul secteur de l'éducation primaire", a ajouté Nikyema. "Les enfants déscolarisés sont encore plus exposés au recrutement, à la violence et à l'exploitation."
Mais le problème s'étend bien au-delà du nord du Mali, et l'Algérie est bien décidée à contenir cette menace.
Lundi 23 juillet dans la soirée, des hélicoptères de l'armée algérienne ont bombardé un convoi terroriste à proximité de la frontière avec le Mali. Selon le quotidien Echorouk, douze combattants du MUJAO ont été tués lors de cette attaque aérienne près de la ville de Tin Zouatine, dans la province de Tamanrasset.
Ce convoi venait, semble-t-il, du nord du Mali.
Le 7 juillet, cinq membres du MUJAO ont remis leurs armes aux forces de sécurité, toujours à Tamanrasset.
"Le Mali connaît une anarchie totale dans le couloir qui s'étend du Tchad au Sahara occidental, en passant par le Niger, le Mali et la Mauritanie, et les extrémistes islamiques continuent d'y alimenter le chaos", a expliqué récemment Mohamed Ould Salek, un responsable sahraoui, au magazine politique italien Limes.
"C'est dans cette région que les conflits, les attaques et les enlèvements sont les plus nombreux, et certains se terminent très mal", a-t-il ajouté.
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![[AFP/Issouf Sanogo] Bilal Hicham (au centre), leader d'une brigade du MUJAO, s'apprête à rencontrer les jeunes recrues du Burkina Faso à leur arrivée à Gao, le 17 juillet 2012.](/awi/images/2012/07/27/120727ReportagePhoto1-271_179.jpg)
![[AFP/Issouf Sanogo] Des combattants du MUJAO devant le poste de la police islamique à Gao, le 16 juillet.](/awi/images/2012/07/27/120727ReportagePhoto2-271_179.jpg)
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ambroise 2012-8-12
Les groupes armés font venir des jeunes du Nigeria, du Sénégal, du Burkina Faso, de Mauritanie, de Côte d'Ivoire et d'au-delà pour participer à la lutte au Mali .......... Avec les pétro-dollars qataris .......
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