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2011-10-07

La pacotille, source de revenu pour de jeunes Marocains

Texte et photos par Maria Tahri pour Magharebia à Casablanca – 07/10/11

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Les vendeurs des rues font depuis longtemps partie du paysage économique du Maroc, mais pour certains de ceux qui travaillent dans cette "économie informelle", la pacotille représente un véritable trésor.

Les vieux articles et les objets abandonnés leur fournissent un revenu. Ces commerçants itinérants savent que pour chaque article jeté ou cassé, il y a un acheteur potentiel.

"C'est mon gagne-pain quotidien", explique Abdul Hadi, un vendeur des rues, montrant les objets qu'il a alignés sur le trottoir. De vieilles bouteilles de ketchup vides, des pots de mayonnaise et de moutarde, des récipients en plastique pour l'huile ou l'eau minérale, de vieux vêtements : ce sont des marchandises, pas des détritus. Et les gens sont prêts à payer pour les avoir.

Un autre vendeur, Mohamed Ibrahim, explique tout conserver chez lui, des jeux qui ne marchent plus aux tasses cassées, pour les revendre par la suite. Il garde des boîtes vides, des vis en fer et d'autres objets particuliers qu'il récupère dans les poubelles.

"Nous ne faisons de concurrence à personne, pas même aux marchands ambulants, parce que ce que nous vendons est différent de ce qu'ils proposent et parce que nous n'en tirons pas de gros profits", explique ce père de trois enfants à Magharebia.

"Nous ne gagnons que quelques centimes chaque jour, juste assez pour satisfaire nos besoins et ne pas avoir à mendier."

Sur le trottoir d'en face qui s'étend le long du célèbre marché Souk El Kouriaa à Casablanca, Abdullah vend de vieux emballages de CD. Même si beaucoup sont fendus, les gens les achètent.

D'autres vendeurs se tiennent derrière des boîtes en carton et en bois remplies de clés rouillées, de cadres de photos, de jouets cassés et de nombreux objets qui semblent de prime abord n'avoir ni utilité ni emploi. Ces vendeurs des rues marocains sont d'une race différente de ceux qui vendent des légumes ou des vêtements. Leurs clients cherchent ce qu'ils ne peuvent trouver dans les magasins ni sur les étales des marchés traditionnels.

Ici, la ferraille se vend.

Mustafa pere de famille examine une pile de clous et de boulons. "Il manque une petite vis au couvercle de la cocotte-minute que ma femme utilise pour cuisiner", explique-t-il. "Elle ne peut plus s'en servir, parce qu'elle ne peut plus serrer le couvercle. Je chercher donc une petite vis pour remplacer celle qu'on a perdue."

"Je pourrais acheter une nouvelle casserole pour quelques milliers de dirhams, mais si je peux trouver la bonne vis ici, elle ne me coûtera que deux ou trois dirhams", explique-t-il.

Farid n'a pas encore atteint la trentaine, mais il doit subvenir aux besoins de son père à la retraite, de sa vieille mère et de plusieurs jeunes frères. Il a travaillé comme portier, représentant-placier et garde de sécurité dans un bâtiment de Casablanca, mais s'est retrouvé au chômage. Un jour, un ami lui a proposé de l'accompagner dans une décharge publique. Tout a son utilité, lui avait expliqué cet ami.

Il a suivi son conseil et s'est lancé. "Désormais, je garde tout, jusqu'à ce que quelqu'un vienne me l'acheter", explique Shaab.

"Je récupère des récipients en verre, les lave et les nettoie pour les vendre sur le marché", explique-t-il à Magharebia. "Le prix est très bas, mais il est important pour moi, parce que je ne veux pas rester inactif et passer mon temps à me lamenter sur mon sort."

"Un jour peut-être, je devrai avoir recours à d'autres moyens pour gagner de l'argent, mais pour le moment, je préfère travailler ici. C'est bien quand quelqu'un trouve exactement ce qu'il cherche", ajoute-t-il avec un grand sourire.

Une femme s'intéresse à une vieille machine à faire des jus de fruits, sans couvercle, tandis qu'une autre examine un vieux réveil. Il a encore les chiffres et les aiguilles, mais elle et le vendeur discutent d'une remise de prix. Après tout, dit-elle, il peut continuer à marcher ou tomber définitivement en panne au bout de quelques jours. Pas moyen de le savoir avant de rentrer chez elle.

Le marché à la ferraille n'est pas seulement fréquenté par les défavorisés. Des gens de tous les milieux sociaux y viennent parce qu'ils ne trouvent souvent pas ce qu'ils recherchent ailleurs.

"Nécessité est mère de l'invention", explique Ibrahim Guidoum, l'un de ces marchands. "Certains jeunes cherchent un article particulier. Ils ne savent parfois pas comment il s'appelle, mais ils savent que c'est ce qu'ils veulent dès qu'ils le voient."

Il ajoute : "Ceux qui fréquentent les marchés à la ferraille viennent pour trouver des fils, des appareils, des outils, et tous les articles de maisons qu'ils ne peuvent trouver en magasin, où lorsque les prix des pièces de rechange sont trop élevés."

Rabia, une salariée, explique se rendre au marché à la ferraille sans aucune gêne, pour y trouver quelque chose de valable à un prix bas, ou un article permettant de réparer un appareil de cuisine.

"J'adore fréquenter ces marchés au petit-bonheur-la-chance", explique-t-elle à Magharebia. "Ils me procurent le plaisir de faire du shopping et de chercher la perle rare."

Une récente étude lancée par le ministère du Commerce a montré que le Maroc compte quelque 238 000 vendeurs des rues, dont 90 pour cent sont des hommes. Et dans la mesure où 70 pour cent d'entre eux n'ont jamais dépassé l'école primaire, leurs options d'emploi sont limitées.

Abdul Razzaq est comme beaucoup de ses pairs qui vendent des marchandises dans la rue. Il avait désespérément besoin d'un travail, mais les portes se fermaient devant lui et il avait presque perdu tout espoir de vie. Un jour, son oncle lui a proposé de l'accompagner au marché.

En un an, il en absorbé les secrets de la profession et est devenu autonome grâce à la collecte et à la revente de ferraille.

Le gouvernement marocain accorde une attention particulière à ces marchands ambulants. Le ministre des Affaires économiques Nizar Baraka a expliqué à Magharebia qu'une aide se profile à l'horizon : "L'essentiel est d'assurer la transition du secteur informel au secteur formel, c'est que nous comptons faire."

Les autorités locales s'efforcent de réglementer les vendeurs des rues au Maroc en mettant à leur disposition des endroits spécifiques, explique Abdul Razzaq.

"Récemment, les pouvoirs publics ont affiché une certaine indulgence, car ils comprennent notre situation et le chômage qui nous frappe", explique-t-il.

"Nous espérons obtenir un espace permanent", explique ce jeune vendeur de ferraille. "Cela nous aiderait à gagner notre vie sans devoir tomber dans la mendicité ou le vol, ni tomber dans des problèmes dont nous pouvons nous passer."

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  1. Anonymous thumb

    frank 2012-3-11

    Merci pour le conseil ! Cela m'a beaucoup aidé !!:)

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    سارة 2011-10-19

    La conclusion de l'article n'est pas au niveau désiré. Où est donc le gouvernement qui s'occupe de cette catégorie de la société ? Concernant les autorités locales, elles ne font que piller, voler, et heurter les sentiments des voleurs des rues.

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    noureddine elbouzarazi 2011-10-16

    L'information est juste mais la fin est un mensonge. Les autorités n'aident personne dans la classe ouvrière. Elles font la guerre à cette catégorie sous le prétexte d'organiser les marchés et les rues. On vit dans une société discriminatoire. C'est triste, ce n'est pas gai.

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    Claude 2011-10-14

    ... Sans oublier la pollution des fonds marins en particulier la méditerrannée ... Jusqu'à un passé très récent les contenaires de déchets radioactifs étaient immergés dant la mer , on nous dit aujourd'hui que cette pratique n'a plus cours ! Premièrement qui prouve que cette pratique n'a plus cours ? Secondo quid des milliers de containers immergés ? La durée d'isolation est semble t'il de trente ans dans le meilleur des cas, et après ? les fonds marins et en chaine tout l'environnement marins et cotier de toute la méditerrannée sera irradié ... Qui a le droit de faire cela ?

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    Idriss 2011-10-8

    Des gens vivent de la récupération de féraille au Maroc ...d'autres,au Nigéria et ailleurs en Afrique,adultes et enfants ,survivent en récupérant ce qui peut l'ètre, sur des montagnes d'immondices en provenance d'Europe,sous l'étiquette "matériel recyclable",pèle-mèle se mélangent appareils électroniques hors d'usage avec leurs composants hautement toxiques à portée d'ètres humains qui en ignorent la nocivité , déchets en tout genre dont la société de consommation occidentale ne sait plus gérer et se débarasse sur les populations déjà suffisament accablées par la misère ... Il y a les populations du sahel qui récupèrent les matériaux radioactifs (bois,ferrailles) des mines d'AREVA - FRANCE d'exploitation de l'uranium à ciel ouvert qui polluent définitivement l'environnement de toute la région (sol,eau,air)... Le tiers-monde est considéré comme la poubelle de la société de consommation occidentale . Est ce que les Organisations internationales de l'ONU sont conscientes que ce désastre est de leur responsabilité ? Qu'il leur faudra en rendre compte . Question que se pose le terrien que je suis : Que vaut ce modèle (occidental)incapable de résoudre les problèmes qu'il crée et dont il se débarasse sur les plus faibles , en l'occurence la gestion calamiteuse des déchets en général et NUCLEAIRE EN PARTICULIER ? Combien de planètes (en termes de ressources)faudrait il aux futurs sept milliards de terriens , si ces derniers devaient tous adopter "le mode de consommation occidental" comme tente de l'imposer la mondialisation délirante que nous observons ? La folie de cette "gouvernance mondiale" est toute entière exprimée dans ces deux questions de pure bon sens ... On comprend comment se fabrique une guerre mondiale , ça ne sera que la troisième ...

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