2010-10-15
Les rapeurs marocains de H-Kayne en quête de gloire de hip-hop
Interview par Naoufel Cherkaoui pour Magharebia à Rabat – 15/10/10
Magharebia : Comment vous êtes-vous rencontrés ?
H-Kayne : Nous étions tous quatre des amis d'enfance. Du fait du manque de spectacles et de divertissement là où nous habitions, nous nous sommes intéressés aux vidéos de musique, notamment depuis le lancement de chaînes de télévision par satellite comme MTV.
Par la suite, nous avons suivi la vague du rap aux Etats-Unis. Nous avons étudié les messages transmis par cette musique et avons estimé qu'elle reflétait également ce que nous connaissions ; nous avons donc adopté ce type de musique et avons commencé à faire du rap.
![[Naoufel Cherkaoui] Il aura fallu des années d'acharnement pour que les artistes de hip-hop de H-Kayne puissent réaliser leurs rêves. Aujourd'hui, ils espèrent être un exemple pour la jeunesse du Maghreb.](/awi/images/2010/10/15/101015reportagephoto1-271_179.jpg)
[Naoufel Cherkaoui] Il aura fallu des années d'acharnement pour que les artistes de hip-hop de H-Kayne puissent réaliser leurs rêves. Aujourd'hui, ils espèrent être un exemple pour la jeunesse du Maghreb.
![[Naoufel Cherkaoui] H-Kayne aimerait voir plus de salles de concert pour les jeunes fans de musique marocains.](/awi/images/2010/10/15/101015reportagephoto2-271_179.jpg)
[Naoufel Cherkaoui] H-Kayne aimerait voir plus de salles de concert pour les jeunes fans de musique marocains.
Magharebia : Qu'est-ce qui vous a permis de commencer dans l'industrie musicale ?
H-Kayne : Notre premier objectif était de travailler dur pour nous sortir de la situation que nous connaissions, parce que nous sommes issus de familles assez pauvres. Malgré cela, nous avons tous des diplômes d'enseignement supérieur, ce qui nous a permis de surmonter les difficultés.
En outre, nous voulions faire un rap purement marocain et créer un mélange, en associant notre musique et la musique occidentale. Et nous avons adopté notre dialecte local.
Magharebia : Il semble que la musique a été le moyen d'accéder à une vie meilleure.
H-Kayne : Bien sûr, nous pensions qu'un jour, nous pourrions nous sortir de la vie pauvre que nous connaissions. Nous rêvions de vivre la vie de stars du rap comme Tupac, d'avoir de grosses voitures et de voyager en permanence pour donner des concerts.
Notre situation financière est bien meilleure que ce qu'elle était par le passé, et nous possédons désormais notre propre studio d'enregistrement.
Magharebia : Vous pouvez donc vivre de votre musique ?
H-Kayne : Ces cinq dernières années, nous avons pu compter sur les recettes de notre musique, et nous pouvons donc nous concentrer entièrement sur elle. Au départ, nos familles ne voulaient pas accepter que nous fassions de la musique, dans la mesure où nous possédons tous des diplômes universitaires. Ils souhaitaient que nous trouvions des emplois dans nos domaines de compétence.
Magharebia : Que pensez-vous de l'emploi de certains mots vulgaires dans certainess chansons de rap marocaines ?
H-Kayne : Nous avons débuté notre carrière musicale en 1998. A l'époque, il était rare d'utiliser de telles expressions. Cela a commencé à un moment où le système politique n'était pas encore ouvert.
Il y a alors eu une vague de rapeurs qui ont voulu s'imposer en utilisant des mots vulgaires dans leurs chansons, de manière à créer une sorte d'enthousiasme et d'atteindre la célébrité. C'est légitime, mais ils ne devraient pas imposer de telles chansons à tous dans les médias. Ceux qui souhaitent les écouter devraient acheter leurs albums, mais de tels albums devraient être strictement réservés aux adultes.
Quant à nous, nous ne voyons pas l'utilité d'utiliser de telles expressions dans les paroles de nos chansons ; nous exprimons et transmettons nos messages sans avoir recours à des expressions peu nécessaires.
Magharebia : Y a-t-il une ligne que vous refusez de franchir ? Un sujet que vous n'abordez pas en écrivant vos chansons ?
H-Kayne : Nous n'exerçons pas d'auto-censure dans notre créativité. Chacun de nous a son style particulier, qui tient à son éducation, à son niveau de culture et à sa manière de penser.
Nous parlons essentiellement de sujets inspirés par la réalité dans laquelle nous vivons et par ce que nous connaissons. Par exemple, l'immigration clandestine, le chômage des jeunes, les guerres, la ville de Meknès dont nous sommes originaires… Nous ne pouvons pas parler de sujets qui n'ont rien à voir avec notre vie quotidienne, parce que nous sommes de jeunes citoyens de notre pays.
Magharebia : Comment expliquez-vous le grand succès de votre chanson "Issawa Style" ?
H-Kayne : C'est une bonne chanson [appuyer ici pour écouter], qui est sortie au bon moment, considérant que la scène artistiques avait besoin d'un travail qui représente la nouvelle vague du rap au Maroc. Cette chanson est un bon équilibre en termes de mixage musical. C'est une véritable chanson de rap marocain selon les règles du rap américain, avec le rythme électronique de la musique issawa marocaine pour maintenir l'équilibre, parce que le thème musical principal est en général joué sur le ghaita, un instrument traditionnel.
Magharebia : Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
H-Kayne : Nous mettons la touche finale à notre studio, et préparons le tournage d'une vidéo pour deux des chansons de notre nouvel album. De plus, chacun de nous prépare un travail en solo, parce que nous avons tous d'autres intérêts musicaux que le rap.
Magharebia : Quel est l'état de la musique pour les jeunes au Maroc ?
H-Kayne : Ce type de musique doit encore se battre pour imposer sa présence avec des moyens limités. Des efforts sont faits, mais des problèmes restent encore à résoudre, comme la préservation de la propriété intellectuelle et le statut des professionnels. Nous espérons que le statut de ce type de musique qui corresponda aux jeunes, qui constituent la plus grande partie de la soéciété marocaine en termes de nombres, s'améliorera à l'avenir.
Magharebia : Quelles sont les perspectives pour la jeunesse marocaine ?
H-Kayne : Il y a une évolution importante de cette tranche d'âge que nous pouvons toucher directement, mais il faut faire bien plus. Par exemple, nous devons résoudre le problème du chômage parmi les jeunes. Dans le secteur des loisirs et des spectacles, des concerts sont organisés uniquement en été par suite de l'absence de salles adéquates.
Les jeunes Marocains ont du talent. Il faut en tenir compte. Chaque jour, nous rencontrons des jeunes qui n'ont besoin que d'encouragements et de se sentir importants, parce que la majorité des jeunes se sentent marginalisés. Malgré tout cela, l'espoir demeure et nous ne devons pas baisser les bras.
Nous sommes le meilleur espoir qu'il faut s'attacher à ses espoirs, nous avons changé notre situation après des années de combat.
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