2009-12-30
Quand les stratégies d'Al-Qaida se retournent contre elles-mêmes et tuent des musulmans
Une analyse de Camille Tawil à Londres-30/12/2009
L'assassinat simultané de quatre Ministres issus d'un Gouvernement "apostat" devait se transformer en une revendication de "victoire" sur un nouveau champ de bataille.
Mais ce qui est ressorti à l'Hôtel Shamo de Mogadichio, le 23 décembre, n'a aucunement été une source de fierté, même pour ces membres de l'opposition de la ligne dure islamiste, désireux de renverser le Gouvernement du Président de transition, Cheikh Charif Cheikh Ahmed.
Cette ligne dure, menée par les Moudjahidins Harakat al-Shabaab et le Parti de l'Islam, ont rapidement démenti toutes les accusations gouvernementales prononcées à leur encontre sur leur éventuelle implication dans l'attentat-suicide qui a tué pas moins de 22 personnes. Parmi eux, de nombreux étudiants qui fêtaient leur diplôme acquis à l'école de médecine.
Mais ils sont peu en Somalie à prendre les paroles de démenti de l'opposition islamiste au sérieux. Ce crime portait la marque des plus farouches opposants du Président Ahmed, et ces derniers avaient déjà mené de tels attentats-suicides visant les ministres et les officiels du Gouvernement. Mais cette fois, parmi les victimes de l'explosion de l'hôtel, de jeunes musulmans et de jeunes musulmanes, qui avaient refusé de capituler face à la guerre civile quotidienne qui détruit la capitale, s'évertuant au contraire à poursuivre leurs études.
Puis leur route a croisé celle d'un kamikaze, qui pensait faire acte de martyre, et qui est parvenu à ôter à la Somalie un groupe formé de ses plus prometteurs hommes et femmes.
L'attentat de Mogadiscio est une répétition d'actes similaires perpétrés presque quotidiennement par des groupements adhérant à l'idéologie d'Al-Qaida et qui clament accomplir le Djihad contre les "infidèles" ou les "apostats". Deux facteurs nuisent toutefois à ces groupes : des pratiques qui produisent l'effet inverse que celui qui était recherché, et qui éloignent l'opinion publique plutôt qu'ils n'en gagnent la reconnaissance.
Et c'est précisément ce qui est arrivé à Mogadiscio après le "massacre des médecins". Des centaines de citoyens sont descendus dans les rues de la capitale somalienne pour manifester contre le mouvement Al-Shabab, l'accusant d'être à l'origine du carnage et de son instigateur, malgré les démentis apportés par le groupe.
Quelques jours après l'incident de Mogadiscio, c'est Bagdad qui a été le théâtre d'une série d'explosions coordonnées qui ont coûté la vie à au moins 120 irakiens. Même les opposants au Gouvernement d'Irak n'ont pu se targuer du fait que des attentats de ce type, qui tuent principalement des citoyens innocents et qui sont revendiqués par la branche irakienne d'Al Qaida (connue sous le nom d'Etat Islamique d'Irak), réunissent le soutien populaire.
Peut-être Abou Musab al-Zarqawi, ancien leader d'Al Qaida en Irak, mort en 2006, illustre-t-il le mieux le "caractère aléatoire" constaté lors de nombreux attentats perpétrés par ceux qui se considèrent comme des Djihadistes, tuant des dizaines d'innocents pour tout étranger ou soldat irakien initialement visé.
La majorité des vitimes d'Al Qaida sont musulmanes
Une étude publiée ce mois-ci par le Centre de Lutte contre le Terrorisme de l'Académie Militaire américaine de West Point montre que la grande majorité des victimes d'attentats revendiqués par l'Al Qaida sont des musulmans et non des occidentaux.
L'étude, basée sur des sources proches des médias arabes afin d'éviter d'éventuelles accusations de partialité prise contre les musulmans dans les médias occidentaux, affirme que les occidentaux ne comptent que pour 15% du nombre total des morts (qui s'élève à 3010) enregistrées au cours d'opérations menées par Al Qaida entre 2004 et 2008. Ce pourcentage tombe même à 2% (12 morts sur 661) entre 2006 et 2008, ce qui signifie que 98% des victimes sont musulmanes.
Ces chiffres démontrent clairement que l'organisation d'Oussama Ben Laden échoue à atteindre son objectif proclamé, qui est de lutter contre les occidentaux, la majorité de ses victimes étant ses coreligionnaires.
Les leaders d'Al Qaida sont apparemment conscients de la menace que fait planer ce problème, au vu de ce que l'organisation peut perdre en termes de soutien populaire dans les pays musulmans. Le premier à avoir ouvertement fait part de son inquiétude a été le Docteur Ayman Al-Zawahiri, second d'Al Qaida, qui a écrit à ce sujet à Abu Musab Al-Zarqawi en Irak, en juillet 2005, le mettant en garde contre les effusions de sang, notamment les massacres filmés.
A la suite de ces attentats, Al-Zarqawi avait reçu une lettre d'avertissement de la part des leaders d'Al Qaida au Waziristan, au Pakistan, qui suggérait son remplacement à la tête de la branche d'Al-Qaida en Irak.
Mais la mort d'Al-Zarqawi n'a pas mis un terme au torrent de critiques proférées contre Al-Qaida. L'organisation était largement accusée de faire couler le sang des musulmans dans des opérations menées contre les infidèles, à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Irak.
Cela a apparemment obligé Al-Zawahiri à affirmer que l'organisation n'avait pas pour intention de tuer des musulmans.Lors d'un célèbre dialogue en ligne, en 2007, il disait :"Nous n'avons pas tué d'innocents, ni à Bagdad, ni au Maroc, ni en Algérie ou partout ailleurs. Et si un innocent est tué au cours d'opérations menées par des Moudjahidins, c'est le résultat d'une erreur involontaire, ou c'est une nécessité, comme dans le cas d'al-tatarrus".
Le principe d' al-tatarrus, produit par les savants musulmans au Moyen-Age, n'influence plus guère l'opinion dans le monde islamiste, ni même celle des Djihadistes.
Même si de nombreux Djihadistes n'écartent pas la validité de ce principe - qui permet le meurtre de musulmans s'il permet d'atteindre des "infidèles" - ils rejettent toutefois la manière dont il a été utilisé au cours d'opérations menées dans de nombreux pays islamiques ces dernières années.
Ces Djihadites reconnaissent indubitablement que les musulmans ont constitué la majorité des victimes lors des attentats de 2003 à Casablanca, dans les explosions multiples perpétrées en Arabie Saoudite en 2003 et 2004, lors des attentats d'Istanboul en 2003, dans les explosions en Algérie en 2007, en plus d'un grand nombre d'autres opérations dans de nombreux pays islamiques.
Les leaders du Groupe Islamique Combattant libyen (LIFG), emprisonnés en Libye, ont consacré de longs passages de leur dernier rapport - intitulé "Etudes Rectificatives de la Doctrine du Djihad, de l'Hesba et de du Pouvoir", à l'opposition au concept de l'excès dans la religion et sur la dénaturation du concept de Djihad, au point où il permet des opérations de meurtres sans restriction aucune.
Avant l'étude fournie par le LIFG, d'autres rapports avaient déjà été publiés par des leaders djihadistes comme le Docteur Fadl (Sayyed Imam Al-Sharif),ancien commandant du Groupe égyptien de Djihad avant que le Docteur Al-Zawahri n'en prenne la tête en 1993. Dans son écrit intitulé "La rationnalisation du Djihad en Egypte et dans le Monde", le Docteur s'était concentré sur ce qu'il considérait comme une mauvaise compréhension du concept de Djihad, utilisé pour justifier des actions illégales de meurtres selon la loi de la Charia. Il avait spécifiquement nommé Al-Qaida, reprochant à l'organisation de procéder à de telles activités. Les leaders du Groupe Combattant, d'un autre côté, évoquent ces mêmes concepts sans ne nommer personne.
Il n'est pas clair de savoir jusqu'à quel point le Djihadiste critiquera les pratiques employées par Al-Qaida. Mais il apparaît vraiment qu'un "effet boule de neige" se forme jour après jour, car la critique ne s'arrête plus aux opérations menées par l'organisation dans les pays islamiques, et qu'elle s'étend aussi à celles perpétrées dans les pays occidentaux.
L'été dernier, un des plus grands leaders du mouvement Djihadiste-Salafiste au Maroc, Cheikh Muhammad Al-Fayzazi, a envoyé une lettre depuis sa prison marocaine à sa fille en Allemagne, dans laquelle il annonce son opposition à tout attentat terroriste "au nom du Djihad" en Europe en général, et en Allemagne en particulier. Il déclare également que ceux qui perpétuent de tels attentats sont des "traîtres" à la religion islamique.
La position de ce cheikh marocain éminent, qui purge une peine de 30 ans de prison dans son pays en liaison avec les attentats de Casablanca en 2003 (dans lesquels il nie toute implication), est d'une grande importance, l'homme étant considéré comme une autorité respectée dans les cercles Djihadistes. De plus, il se place en opposition totale par rapport aux menacées proférées par Al-Qaida de mener de nouveaux attentats en Allemagne, après les explosions de 2004 à Madrid et les attentats de Londres en 2005, qui avaient coûté la vie à des centaines de civils innocents.
Camille Tawil est un journaliste libanais spécialisé dans les groupes islamistes. Il est l'auteur de deux livres, "L'Histoire des Djihadistes arabes", et du "Mouvement Islamiste Armé en Algérie - du Fis au GIA". Il a écrit cette analyse. Al-Shorfa
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![[AHMAD AL-RUBAYE/AFP/Getty Images] Des irakiens dégagent les décombres sur le site de l'explosion qui a eu lieu le 8 décembre à proximité du Ministère des Finances. C'est Al-Qaida qui a renvendiqué la responsabilité de cet attentat qui a coûté la vie à au moins 120 personnes.](/awi/images/2009/12/30/091229-feature-1-photo-271_179.jpg)
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"Le journalisme a été assassiné pour la communicat 2012-9-30
"Quand les stratégies d'Al-Qaida se retournent contre elles-mêmes et tuent des musulmans." Une analyse de Camille Tawil à Londres-30/12/2009 ... Ce n'est pas une "analyse" mais juste l'écho servile éhonté de la propagande hégémoniste occidentale portée par leurs médiats menteurs complices de tous les crimes contre les peuples. Qui dit 'propagande' dit 'tissu de contre vérités pour maquiller des intérèts prédateurs' ... En l'occurence, el qaida ne change pas de stratégie comme le suggère camille tawil mais poursuit la mission pour laquelle elle a été crée : massacrer les musulmans, humilier et asservir les survivants et faire faire le sale job par des énergumènes dégénérés qui aiment le fric d'où qu'il viennent plus que leur dignité et qui prouvent chaque jour qu'ils n'ont ni foi ni loi , des mercenaires ...
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Fayçal 2012-4-10
A Moroccan Patriot je visite rarement maghribia et je viens de découvre tes commentaires que j'approuve complètement bravo !
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Thinking out loud 2010-1-8
Je voudrais aussi ajouter que le terrorisme pourrait être considéré comme un terme raciste. Si vous regardez la majorité des actions menées dans le monde qui sont estimées comme des actes terroristes par définition, 80% sont conduites par des musulmans. N'est-ce pas raciste, ça ? Alors nous devrions arrêter tous d'utiliser le mot de terrorisme ! Malheureusement, maintenant, quand ce mot est utilisé, les gens pensent automatiquement aux musulmans. C'est une honte que 10% de personnes dans le monde musulman commettent ces actions de terro....., je veux dire ces actions hasardeuses de violence, et que les 90% restant du monde musulman ait trop peur pour dire quoi que ce soit ou faire quelque chose contre cet état de fait. Ou sont-ils .........
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Moroccan Patriot 2010-1-6
Le mot Djihad a été pris en otage par les terroristes et leurs sympathisants. Par terroristes, je me réfère bien sûr à ceux qui utilisent des drones et des jets F-18 pour abattre par centaines des civils innocents. Par sympathisants, je me réfère à la large majorité de la Presse qui critique et condamne sans pitié ceux qui défendent leurs familles et leurs terres contre les intentions des envahisseurs étrangers, qui veulent voler les ressources naturelles, reléguer les populations indigènes au rang de citoyens de seconde classe, et contre toutes les intentions et les desseins de mener des génocides contre des femmes et des enfants innocents au cours d'une croisade impie. Tuer, c'est mal. Le terrorisme, c'est mal. Peu importe qui le pratique. Il n'y a aucune justification dans l'Islam permettant le meurtre des innocents, même si vous tuez celui qui est coupable. Si vous posez un explosif, que vous tuez 99 soldats et un seul civil innocent, vous devrez en répondre devant Dieu - pour la douleur que vous avez causé à ce seul individu.
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