2012-06-10
Al-Zawahiri isolé après la mort d'Abou Yahya al-Libi
Analyse de Rajeh Saeed pour Magharebia à Londres – 10/06/12
Avant sa mort en mai 2011, l'ancien leader d'al-Qaida Oussama ben Laden avait conseillé aux autres dirigeants de l'organisation de quitter leurs repaires dans les régions tribales du Pakistan, parce qu'ils n'étaient plus aussi sûrs.
Les conseils donnés à l'époque par ben Laden se sont avérés justes, alors qu'un nouveau haut dirigeant d'al-Qaida, Abou Yahya al-Libi, présumé numéro deux de l'organisation après Ayman al-Zawahiri, a été tué lundi 4 juin dans cette région.
Ce conseil de ben Laden, contenu dans un message retrouvé dans sa maison à Abbottabad, au Pakistan, était le résultat de sa prise conscience du fait qu'al-Qaida subissait de lourdes pertes par suite d'années d'affontements avec les services de sécurité pakistanais et les attaques permanentes des drones sans pilotes, qui ont abattu des douzaines d'anciens leaders du mouvement.
Ayman al-Zawahiri, le successeur de ben Laden, connaissait certainement l'analyse que faisait ben Laden de la situation. Il en souffre aujourd'hui des conséquences alors qu'il voit les autres dirigeants disparaître à un rythme rapide. Cette réduction dans les rangs d'al-Qaida empêche al-Zawahiri de nommer des remplaçants et ne ne lui laisse pas suffisamment de temps pour savoir qui pourrait les remplacer. Le rythme des pertes sous la direction d'al-Zawahiri est peut-être encore plus rapide que du temps de ben Laden.
Al-Libi occupait une position presque unique
Le rôle essentiel joué par al-Libi, et l'importance de sa disparition pour al-Qaida, tiennent à sa connaissance de la sharia, qui lui avait permis de jouer le rôle de leader religieux au sein de l'organisation. Peu de personnes au sein de celle-ci sont assez qualifiées pour occuper de telles fonctions. Al-Libi avait étudié la sharia sous la direction de grands intellectuels en Mauritanie durant les années 1990. Les membres du Groupe islamique combattant libyen l'y avaient envoyé pour y parfaire ses connaissances en matière de jurisprudence religieuse, selon d'anciens leaders du groupe libyen.
Bien qu'al-Libi n'ait pas été connu comme étant membre d'al-Qaida avant son séjour au Pakistan fin 2001, lors du renversement du régime des Talibans en Afghanistan, il était apparu soudainement en 2005 comme un important leader de la nébuleuse terroriste. Après son arrestation au Pakistan et son transfert à la base aérienne de Bagram en 2002, al-Libi et trois autres prisonniers s'étaient enfuis de prison en 2005. Peu après, il avait rejoint al-Qaida et commencé à enregistrer des messages audio et vidéo, acquérant une réputation d'excellent orateur utilisant sa connaissance de la sharia pour justifier la tactique et la politique d'al-Qaida.
Le rôle public d'al-Libi comportait le lancement de fatwas qui tentaient de justifier la position d'al-Qaida sur les crises dans le monde arabe, comme en Somalie, en Irak, en Palestine et au Maghreb.
Il avait été l'un des principaux porte-parole de l'organisation lors des manifestations du Printemps arabe, qui avaient surpris al-Qaida. L'organisation était alors apparue comme un acteur marginal, qui ne jouait aucun rôle dans les manifestations pacifiques qui parvenaient à renverser les régimes de Zine El Abidine Ben Ali en Tunisie, et de Hosni Moubarak en Egypte.
Après la mort de ben Laden, il est apparu qu'al-Libi avait rempli d'autres fonctions pour le compte d'al-Qaida, qui n'étaient pas connues du public, notamment l'obligation faite aux affiliés de l'organisation d'adhérer à sa politique.
L'un de ses actes les plus notables avait été une condamnation sévère écrite conjointement avec un autre leader libyen du mouvement, Atiya Abdel Rahman, destinée à Hakimullah Mehsud, leader des Talibans pakistanais. Cette lettre condamnait les attentats à la bombe et les meurtres que le groupe de Mehsud menaient, notamment les attentats contre des mosquées et sur les marchés publics.
Al-Libi aurait également fait office d'agent de liaison entre la direction d'al-Qaida au Waziristan et ses affiliés au Maghreb et en Somalie.
Al-Zawahiri en difficile posture
Il sera difficile pour al-Zawahiri de remplacer al-Libi, qui était le numéro deux d'al-Qaida, juste après lui. Son rôle était similaire à celui d'un autre Libyen, Atiyah Abdel Rahman, l'agent de liaison pour tous les messages adressés et émanant de ben Laden jusqu'à sa mort en août 2011.
Sa mort pourrait convaincre al-Zawahiri que ben Laden avait raison lorsqu'il considérait le risque que courraient les leaders d'al-Qaida s'ils restaient au Waziristan.
Mais même si al-Zawahiri est convaincu de la justesse de cette vision, il ne lui sera pas facile de retirer le reste des leaders de l'organisation du Waziristan, parce que quitter le Pakistan sera considéré comme l'aveu d'une défaite par al-Qaida dans une région qu'elle utilise comme le bastion de son pouvoir.
Si al-Zawahiri suit les conseils de ben Laden et transfère la direction d'al-Qaida du Pakistan en Afghanistan, rien ne garantit que la situation s'améliorera. Il connaît probablement le sort du Saoudien Sakhr al-Taifi, numéro deux d'al-Qaida en Afghanistan, tué fin mai lors d'une frappe aérienne de l'OTAN dans la province de Kunar.
De manière ironique, ben Laden avait conseillé à ses leaders de déménager au Kunar, affirmant que le terrain très difficile de la région leur offrirait l'abri dont ils avaient besoin.
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![[AFP/IntelCenter] Abou Yahya al-Libi avait acquis son statut au sein d'al-Qaida après avoir diffusé de nombreuses vidéos.](/awi/images/2012/06/10/120610Feature1Photo1-271_179.jpg)
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Anonymous 2012-6-12
Ce chien ne sera pas isolé s'il veut .. C'est a lui qui decide .. Les americains attentend sont arrive ..les prisons sont pleins des gens crimineles comme lui ..Pourqoui veut rester dans l'isolation? .
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