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2012-05-16

Réouverture des écoles de l'Azaouad sur fond de charia radicale

Par Jemal Oumar pour Magharebia à Nouakchott – 16/05/12

Les groupes armés présents dans le nord du Mali obligent les populations captives à adopter leur interprétation salafiste de la charia. Principale cible : les enfants des écoles.

Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et ses alliés d'Ansar al-Din ont réouvert les écoles à Tombouctou et à Gao le 7 mai, mais les élèves ont réintégré un système scolaire qui leur était inconnu avant le coup d'Etat du mois de mars.

"Les islamistes ont imposé un système de séparation entre les filles et les garçons dans les salles de classe", a indiqué le Journal du Mali. "Les élèves sont également séparés en équipes, les garçons étudiant le matin et les filles le soir".

Les islamistes ont également décrété que les écoles ne pouvaient désormais plus enseigner la philosophie et la biologie.

"Outre la suppression de certaines matières et la ségrégation entre garçons et filles, les islamistes ont contraint les jeunes écolières à porter des vêtements islamiques qui les obligent à se couvrir totalement la tête et le corps", a expliqué à Maghrebia Abou Bacrin Cissé, représentant du ministère de l'Education à Tombouctou.

En réponse, certaines familles ont retiré leurs enfants de l'école, certains élèves ont refusé de passer leurs examens dans de telles conditions, tandis que d'autres ont toutefois dû "accepter le statu quo parce qu'ils n'ont pas d'autre choix", a-t-il précisé.

"Cela n'est pas acceptable", a déclaré le maire de Tombouctou Hallé Ousman en condamnant l'approche pédagogique de ces groupes radicaux. "Cela a été un choc pour les habitants, en particulier pour les parents d'élèves", a-t-il ajouté.

A Gao, la situation n'est pas très différente. Même si garçons et filles sont autorisés à être dans la même salle de cours, les garçons sont assis devant et les filles derrière, a indiqué le quotidien malien L'Express.

Anara Miga, enseignante à Gao, a parlé de son travail depuis la réouverture des écoles fin avril.

"En tant qu'enseignants, nous sommes fouillés chaque jour par Ansar al-Din", explique-t-elle, ajoutant : "Ils craignent que nous n'enseignons des matières qu'ils considèrent comme 'interdites' et 'contraires à la charia divine'".

Pour Abdallah Hamanu, père d'élève à Tombouctou, une telle situation est semblable à "l'époque médiévale". Ces similitudes se manifestent "en termes de restriction de la pensée, de l'interdiction d'enseigner certaines matières au prétexte qu'elles favorisent l'infidélité, et de la mise en place de tribunaux de l'inquisition", a-t-il indiqué.

"C'est un crime contre les enfants", a-t-il conclu.

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