2012-04-27
Fin du sit-in des islamistes tunisiens devant les bureaux d'Al Wataniya
Par Houda Trabelsi pour Magharebia à Tunis – 27/04/12
Les manifestants islamistes ont mis un terme, mercredi 25 avril, à près de deux mois d'un sit-in visant les journalistes tunisiens, après avoir été âprement critiqués par les groupes de défense des droits de l'Homme et à la demande officielle du gouvernement tunisien.
La "Campagne des Tunisiens libres pour le nettoyage des médias de la honte", qui avait lancé un sit-in de protestation le 2 mars devant les bureaux d'Al Wataniya, avait réclamé des réformes susceptibles de "réguler la corruption administrative et financière, et le renvoi de tous ceux qui s'étaient prêtés à la propagande pro-Ben Ali", rapporte l'AFP.
Avant la résolution de ce conflit, les groupes de défense des droits de l'Homme avaient accentué leur pression et appelé de leurs voeux une intervention gouvernementale immédiate, après que le mouvement de protestation salafiste eut sombré, lundi, dans la violence.
Au cours de cette journée, un certain nombre de manifestants participant à cette "purge médiatique" avaient insulté et maudit des femmes journalistes, et placé sur les murs de l'immeuble abritant la télévision nationale une banderole sur laquelle on pouvait lire "A vendre", a raconté à Radio Tunisie Culture Fatine Hafsia, journaliste à Al Wataniya.
Ce qui avait commencé par quelques sifflets a dégénéré en échauffourées qui ont fait cinq blessés dans la journée de mardi, selon l'AFP.
En réponse à ce sit-in de près de deux mois, le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a publié un communiqué dans lequel il condamne fermement le comportement des manifestants. "Ces agressions surviennent dans le sillage de déclarations faites par les leaders d'Ennahda... Rachid Ghannouchi et Ameur Larayedh… concernant la privatisation des médias publics", explique ce communiqué.
Le SNJT a déclaré qu'il tiendra "Ennahda, le ministre de l'Intérieur et le procureur du tribunal de première instance de Tunis pour responsables à part entière des attaques continues et répétées contre des journalistes et des professionnels du secteur des médias", et qu'il prendra "les mesures nécessaires pour protéger les journalistes, faire cesser les attaques dont ils sont victimes et demander des comptes à leurs agresseurs".
Des dizaines de journalistes, de techniciens et de salariés représentant les syndicats de la télévision nationale se sont réunis dans la journée du 23 avril pour condamner la campagne de violence visant leur employeur.
"Ces barbus m'ont attaquée en face de mon lieu de travail, dans les bureaux de la télévision", explique avec amertume Leila Brahem, une technicienne. "Ils ont saccagé ma voiture et nous ne sommes plus en mesure de travailler sous de telles pressions".
"Les attaques menées contre les journalistes de cette télévision d'Etat sont une tentative de s'en prendre à l'une des institutions incarnant la souveraineté nationale", explique pour sa part Walid Hamraoui, un journaliste lui aussi victime d'une agression. "Si cela continue, nous n'aurons que deux options : nous défendre, en raison de la connivence que ces gens entretiennent avec les forces de sécurité, ou arrêter le travail".
Les syndicats de la télévision nationale ont condamné ce qu'ils ont qualifié de "chaos continu, de sabotage et d'agressions menées contre leur institution." Ils ont appelé toutes les parties concernées à assumer leurs responsabilités en prenant les mesures légales nécessaires, et ont brandi la menace d'une grève générale.
Pour sa part, l'Association nationale des jeunes journalistes (ANJJ) a demandé au gouvernement dans un communiqué de "prendre ses responsabilités" et de "mettre un terme immédiat à ces pratiques".
En réponse, le ministère de l'Intérieur a confirmé qu'il contacterait le ministère public pour faire cesser le sit-in.
"Cette démarche a été entreprise afin de préserver la sécurité des travailleurs de la chaîne et celle des manifestants participant au sit-in", a déclaré Khaled Tarrouche, porte-parole du ministère.
La Ligue tunisienne des droits de l'Homme (LTDH) a également publié un communiqué condamnant toutes les formes de violence commises envers des journalistes, des militants des droits de l'Homme et des artistes.
"Nous exprimons notre inquiétude extrême face à la violence aggravée, qui fait planer la menace d'une recrudescence des querelles intellectuelles et l'apparition d'une culture de l'émeute, qui pourrait saper la paix civile, condition indispensable à la réussite d'une transition démocratique", a déclaré la LTDH.
Jaafer Beakhal, militant des droits de l'Homme, a déclaré que le mouvement de protestation n'avait pas été "spontané", affirmant qu'il dérivait davantage d'un "état d'esprit intellectuel et de fondations stratégiques permettant l'établissement d'une opinion unilatérale visant à contenir le secteur entier". Il a ajouté que la communauté politique "comprend la réalité de la situation, sachant que la guerre des médias est la guerre la plus importante en tant que fondement du cours démocratique".
"La bataille est plus globale ; elle est contre les médias, les intellectuels universitaires, les syndicalistes, et contre tous", a-t-il conclu.
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![[Houda Trabelsi] Les journalistes s'expriment après l'attaque menée par des islamistes devant les bureaux de la télévision d'Etat, le 23 avril.](/awi/images/2012/04/27/120427Feature3Photo1-271_179.jpg)
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