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2012-04-23

La Tunisie célèbre la Journée mondiale du livre

Par Houda Trabelsi pour Magharebia à Tunis – 23/04/12

"Que penseriez-vous si nous nous retrouvions sur l'Avenue Habib Bourguiba non pour crier, manifester ou scander des slogans politiques, mais juste pour lire ensemble ?". Telle a été l'invitation lancée aux Tunisiens par les organisateurs de "Lire" pour marquer la Journée mondiale du livre, le 23 avril.

L'invitation à ce rassemblement du 18 avril à Tunis mentionnait que chacun devait apporter ses propres livres ou ses magazines dans les cafés ou autres lieux publics, "pour y lire silencieusement ensemble pendant une heure".

"Faisons de cette journée la première manifestation culturelle silencieuse sans connotation politique dans cette artère symbolique, pour prouver que nous sommes un peuple qui lit, car ceux qui ne lisent pas ne changeront pas l'Histoire", ajoutait cette invitation.

A ces mots et répondant à cette invitation d'un genre nouveau en Tunisie, des centaines de citoyens se sont rassemblés le long de l'Avenue Habib Bourguiba à Tunis, le mercredi 18 avril, apportant leurs livres, leurs romans et leurs magazines, dans un mouvement symbolique pour fêter la Journée mondiale du livre 2012.

Nas Décaméron, groupe artistique et littéraire du centre culturel Ibn Khaldoun de Tunis, a été l'instigateur de cette initiative. Il organise également chaque semaine un salon pour parler d'un roman paru dans le monde. Kamel Riyahi, membre de ce groupe, présidait cette initiative "Lire".

"Le plus important est de donner au livre la place qui lui revient dans ce pays", a expliqué Riyahi, un écrivain. "En réponse à l'appel lancé par Nas Décaméron il y a plusieurs mois, nous avons distribué un ensemble de livres publiés par Walidoff Publications, car nous croyons en l'importance du livre et en son rôle dans une société ouverte, démocratique et civile."

Selon un sondage sur la lecture en Tunisie réalisé en 2010, plus de vingt pour cent des personnes interrogées ont déclaré ne pas avoir lu un seul livre durant toute leur vie, et parmi ceux qui ont lu, soixante pour cent ont indiqué lire moins de cinq livres dans l'année.

Pour nombre de participants à cette manifestation, ce fut une occasion de participer à cette montée post-révolutionnaire de la lecture en Tunisie, contrastant en cela avec les interdictions de livres prononcées dans le passé par le régime de Ben Ali.

"C'est l'initiative la plus merveilleuse dans notre monde arabe depuis la révolution", a déclaré l'écrivain et romancier marocain Zoulaikha Missaoui Lakhdar.

"Ce que j'ai vu hier sur l'Avenue Habib Bourguiba n'a pas été seulement un évènement passager ni une perte de temps, comme l'ont prétendu à tort certains ; c'était plutôt quelque chose de bien plus profond, plus noble et magnifique", a déclaré Latifa Hnia à Magharebia.

"J'espère que cet évènement deviendra une date fixe pour la réconciliation avec le livre, avec soi-même et avec l'autre, quelles que soient ses différences", a-t-elle ajouté. "Seul le savoir est capable de rendre possible la réconciliation entre toutes les composantes de la société tunisienne."

Mourad Amdouni, un jeune homme, a remercié les organisateurs de Nas Décaméron pour cet évènement, affirmant : "Nous espérons que notre célébration de la Journée mondiale du livre, le 23 avril, sera à la mesure de l'importance de cet évènement", avant de suggérer : "Et si chacun d'entre nous donnait un livre à un enfant ? Personnellement, je donnerai une collection importante de livres à des élèves, à la Maison Bourguiba, c'est un devoir pour nous tous."

Certains ont estimé que le taux de lecture en Tunisie était très faible, et ont été ravis de voir faire quelque chose pour remédier à ce problème.

"C'est une excellente chose", a déclaré le journaliste Khaled Najah. "Nous devons nous efforcer de faire de la lecture une habitude pour les Tunisiens. La lecture devrait être partout ; sur les places, sur les plages, dans les rues, dans les parcs et dans les jardins."

"C'est une bonne initiative", a-t-il ajouté. "La manifestation d'aujourd'hui ne reflète pas l'image d'un peuple qui lit, mais d'un peuple qui veut ou doit lire."

Asma Riden, également journaliste, a ajouté : "Oui, c'est triste. Ma génération ne lit pas."

Et Rim Hallouli de conclure : "Cette initiative reflète le désir d'un peuple qui aspire au mieux, à se libérer du joug des autres, à la connaissance, et au progrès."

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