2012-04-19
Controverse sur la peine de mort en Tunisie
Par Monia Ghanmi pour Magharebia à Tunis – 19/04/12
La Tunisie est actuellement le théâtre d'un débat en profondeur sur la peine de mort. Les militants des droits civiques souhaitent son abolition, tandis que les partisans de la charia insistent sur sa nécessité pour dissuader la criminalité.
En Tunisie, vingt et un crimes sont passibles de la peine capitale, par pendaison ou par peloton d'exécution. Cette peine n'a toutefois pas été appliquée depuis 1991, lorsqu'elle l'avait été à l'encontre d'un homme accusé du viol et du meurtre d'un enfant.
La plupart des personnes impliquées dans ce débat sont bien conscientes que la charia islamique demande la mort dans les affaires de meurtre. Mais les vingt autres lois de ce livre portent sur d'autres types de crimes comme les atteintes à la sécurité, les agressions contre des fonctionnaires, le viol assorti de violences, la trahison, la mutinerie et le sabotage du réseau ferroviaire.
"C'est une peine très dure et inhumaine", a déclaré Lotfi Azzouz, directeur d'Amnesty International Tunisie. "Comme la torture, la peine de mort est une grave atteinte physique et mentale aux personnes. Il est impossible de mesurer la douleur physique entraînée par la mort d'un être humain ou les souffrance psychologiques occasionnées par la prise de conscience préalable de sa propre mort."
La section tunisienne d'Amnesty International a demandé à l'assemblée constituante d'abolir la peine capitale, affirmant qu'elle porte ombrage à l'image de la "nouvelle Tunisie".
La directrice de cette ONG, Sondés Garboug, a fait valoir que l'un des droits fondamentaux garantis par l'ensemble des traités et conventions internationales est "le droit à la vie". Elle a ajouté que cette peine n'est "pas dissuasive" pour les criminels, et que la plupart des pays qui l'ont déjà abolie ont enregistré en réalité une baisse du taux de criminalité.
Mais certains Tunisiens se montrent encore très hésitants quant à l'abolition de la peine de mort.
"Je pense que le plus grand obstacle qui empêche l'abolition de la peine capitale est la charia islamique, qui approuve et utilise cette forme de punition", a expliqué Abdallah Louati. "De nombreuses personnes considéreraient cette abolition comme une atteinte au Saint Coran et un non-respect des valeurs de l'Islam."
Al-Imam Mohammed al-Saghir al-Faleh ne cache pas sa surprise au vu de l'augmentation du nombre d'appels de la part d'organisations des droits de l'Homme qui souhaitent l'abolition de cette peine. Il estime que ces appels reviennent à abolir le verset du Coran qui précise que "la loi de l'égalité est prescrite dans les affaires de meurtre".
"En tant que Musulmans, comment pourrions-nous souhaiter son abolition lorsque le Coran lui-même nous l'impose ?", s'interroge-t-il. "Le Code civil ne saurait apporter un quelconque changement aux règles édictées par la charia."
Un avis partagé par Said Mechi, qui affirme : "Nous ne pouvons accepter l'abolition d'un article de la charia islamique en faveur d'un criminel qui a commis un crime contre des personnes."
Habib Khedhir, représentant d'Ennahda à l'assemblée constituante et rapporteur général de la nouvelle constitution, rejette également l'idée d'abolir la peine capitale.
"S'il est prouvé qu'un criminel a commis un crime puni par la mort, je soutiendrai l'application de cette peine", a-t-il affirmé.
Pour marquer le premier anniversaire de la révolution tunisienne, le Président tunisien Moncef Marzouki a commué les condamnations à mort de 122 criminels en peines de prison à perpétuité.
Alors que le débat sur le sujet reste très vif, nombreux sont ceux qui considèrent en fait ce geste présidentiel comme le prélude à l'abolition de la peine de mort dans le pays.
Après tant d'années sans exécution en Tunisie, certains osent demander son abolition pure et simple, a déclaré le juge Mokhtar Yahiaoui à Magharebia.
Mais ils se heurteront à une très forte opposition, a-t-il mis en garde, notamment de la part des partisans de l'application de la charia.
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![[AFP/Fethi Belaid] Peu de temps après sa prise de fonction, le Président tunisien Moncef Marzouki a commué les peines de plus d'une centaine de prisonniers condamnés à la peine capitale.](/awi/images/2012/04/19/120419Feature1Photo1-271_179.jpg)
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Muslim 2012-4-30
La peine de mort est une barbarie d'un autre âge , nombre de citoyens ne supportent pas l'idée qu'un être humain soit éxécuté froidement au nom du peuple , en leur nom ... Tant que la séparation du religieux et du politique ne sera pas opérée constitutionnellement cette barbarie perdurera comme aux USA et ailleurs mais là c'est conforme au système qui ne consacre l'égalité des hommes qu'en théorie dans les discours ... leurs couloirs de la mort sont remplis de blacks pauvres , ils trouvent ça normal . Les peuples pauvres eux aussi sont dans le couloir de la mort , à la merci de leur interprétation capricieuse de "leurs intérèts vitaux" qui fera tomber de leurs cieux des tonnes de missiles à têtes à uranium apprauvi sur des dizaines voire des centaines de milliers de civils innocents . Ceux là sont des condamnés à morts , sans jugement , éxécutés froidement , aveuglément , impunément ... DANS TOUS LES CAS ... TOUS LES CAS ... LA PEINE DE MORT EST UNE BARBARIE ! AFFECTIONNEE PAR LES BARBARES !!!
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محمد حسين - تونس 2012-4-19
Je suis contre la peine capitale et j'appelle à son abolition dans la loi tunisienne pour de nombreuses raisons, dont celles qui sont citées dans l'article, avancées par le président d'Amnesty International en Tunisie. Je considère que certaines règles de la charia islamique ne sont pas obligatoires, et nous en avons abandonné certaines de la même manière parce que qu'elles étaient obsolètes, comme les femmes esclaves et la polygamie. On doit aussi renoncer à d'autres pratiques comme l'inégalité entre l'homme et la femme lors des témoignages et de l'héritage, il faut renoncer à l'autorisation de battre les femmes et aux punitions physiques comme couper les mains et les jambes de côtés opposés.
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