2012-03-21
La Tunisie fête la liberté de l'internet
Par Mona Yahia pour Magharebia à Tunis – 21/03/12
Les Tunisiens ont fêté une Journée nationale de la liberté de l'internet afin de rendre hommage à un blogueur décédé après avoir été incarcéré et torturé sous l'ancien régime. Cette journée, observée le 13 mars, reste cependant un sujet de controverse pour certains blogueurs, qui affirment qu'il faut faire encore davantage pour assurer la protection des libertés civiles.
Cette fête a donc permis de rendre hommage à Zouheir Yahyaoui, un cybermilitant qui avait lancé le blog "TUNeZINE". Yahyaoui avait été emprisonné pour avoir publié un message dans lequel son oncle, le magistrat Mokhtar Yahyaoui, pressait le Président Zine El Abidine Ben Ali de garantir l'indépendance du système judiciaire. Après presque un an et demi passé en détention, Yahyaoui avait été relâché. Mais il était mort le 13 mars 2005 des suites des tortures qu'il avait subies au cours de son incarcération.
"Durant toutes ces années de souffrance, les blogueurs se sont toujours accrochés à leur patriotisme et ont continué à chérir la liberté à travers leur lutte contre la dictature", a reconnu le Président tunisien Moncef Marzouki.
Prenant la parole devant un groupe de blogueurs, de journalistes et d'experts réunis au Palais de Carthage, Marzouki a ajouté que "de nombreux blogueurs ont su bouleverser le mythe du régime et révéler ses mensonges, en utilisant leurs claviers et motivés par leur détermination et leur dignité".
Sur le blog webdo.tn, Jasmine explique qu'elle n'a pas participé à cette journée parce que la liberté de l'internet est une cause nationale qui devrait être consacrée dans la constitution. "L'hommage rendu à Zouheir Yahyaoui peut prendre la forme d'un accès plus large à l'internet, de l'enseignement aux élèves des écoles des raisons de son combat, ou du baptême d'une rue à son nom", ajoute la blogueuse.
Hana Trabelsi, blogueuse et journaliste, a déclaré sur une chaîne de télévision publique qu'elle n'est pas satisfaite parce que "ceux qui ont torturé Zouheir Yahyaoui n'ont pas encore eu à rendre compte de leurs agissements. Rien n'a non plus été demandé concernant la censure 'Amar 404'."
"Je me souviens encore de Ben Ali quand il célébrait la Journée des droits de l'Homme et celle de la liberté de la presse, même si rien de tout cela n'existait", ajoute-t-elle.
Sous Ben Ali, la Tunisie occupait un rang médiocre dans les indices mondiaux portant sur la liberté de la presse et de l'internet. "Amar 404", le message qui apparaissait lors du blocage d'un site, était un code notoire à travers tout le pays. Les solutions de contournement, par l'utilisation de serveurs proxy, étaient devenus populaires en Tunisie.
Le juge Mokhtar Yahyaoui a été l'un des premiers à avoir proposé la tenue de cette journée. "C'est un hommage rendu à la liberté, pour laquelle nous avons combattu longtemps", a expliqué ce magistrat. "C'est aussi une journée qui sert à rendre justice à tous les journalistes et à tous les blogueurs, notamment à ceux qui ont consenti de nombreux sacrifices et ont beaucoup souffert au nom de la liberté de l'internet".
Sophien Shawarbi, blogueur et chef du Groupe de sensibilisation politique pour la société et l'éducation de la jeunesse, écrit sur sa page Facebook que "Zouheir Yahyaoui restera dans les coeurs de tous les internautes. Il les a encouragés à poursuivre leur combat, jusqu'à ce que le rêve qu'il nourrissait devienne réalité et que la tyrannie soit évincée. Les blogueurs tunisiens sont encore sincères dans leur engagement, et ils continueront à défendre la liberté d'expression, malgré toutes les tentatives visant à l'anéantir".
L'ancien directeur de l'Institut de la presse, Mohamed Hamdan, a écrit pour sa part sur sa page Facebook que cette journée a permis de mettre en exergue le rôle essentiel joué par l'internet dans la lutte contre le despotisme et en faveur du succès de la révolution.
"Le 13 mars est maintenant célébré comme la Journée nationale de la liberté de l'internet, en hommage à tous ceux qui ont sacrifié leurs vies et ont été emprisonnés parce qu'ils utilisaient l'internet comme outil de lutte pour la démocratie", écrit Hamdan, ajoutant que cette journée a également marqué la fin du chapitre des persécutions découlant de l'usage de l'internet en Tunisie.
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