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2012-01-19

Une magistrate libyenne déclare que le changement prendra du temps

Entretien par Nohad Topalian pour Magharebia à Beyrouth – 19/01/12

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Naima Mohamed Jebril, magistrate à la cour d'appel de Benghazi et présidente de la Commision de soutien à la participation des femmes au processus décisionnaire en Libye, veut endosser une grande responsabilité dans la réalisation de la justice transitoire et de la réforme législative.

Elle a présidé la délégation libyenne à la conférence "Réforme et transition vers la démocratie", qui s'est tenue les 15 et 16 janvier à Beyrouth, où elle a rencontré Magharebia qui l'a interrogée sur le rôle des femmes, ses opinions sur les manifestations actuelles et sur les efforts en faveur du désarmement des anciens combattants.

Magharebia : La semaine dernière encore, il y a eu des échanges de coups de feu entre des groupes rivaux à proximité de Gharyan. Quelles mesures ont-elles été prises pour sécuriser les armes en Libye et contrôler les milices ?

Jebril : Il ne fait aucun doute que les groupes révolutionnaires et le volume des armes sèment la peur et préoccupent une grande majorité des Libyens. Mais l'Etat, le Conseil national de transition (CNT) et le gouvernement provisoire ont commencé à préparer les programmes nécessaires pour réhabiliter les révolutionnaires et les réintégrer dans la construction de l'économie et du développement social, après quoi ils joueront leur rôle dans le fonctionnement du nouvel Etat.

Au départ, la révolution avait une nature pacifique, mais le régime de Kadhafi l'a militarisée lorsqu'il l'a attaquée et a commencé à la liquider en utilisant des chars et des mitrailleuses, ce qui a poussé les révolutionnaires à s'armer, et ils ont alors gagné. Le plan d'intégration annoncé le 24 décembre 2011 donne les moyens d'intégrer environ 20 000 révolutionnaires dans l'armée et la police, de les réhabiliter et de répondre à leurs demandes en faveur d'une vie digne. Par ailleurs, les élèves retourneront à leurs études. Mais ce plan exigera un certain temps, parce que nous nous trouvons dans une période de transition sensible et critique.

Supprimer un dictateur est chose facile, mais réaliser un véritable changement et en faire une réussite prendra du temps. Concernant les armes, certains groupes révolutionnaires ont commencé à les rendre. La seule chose qui soit acceptable pour nous est de mettre un terme à ce phénomène en retour de garanties légales en faveur de l'activation et de l'application du plan.

Magharebia : Que pensez-vous des récentes manifestations en Libye réclamant des réformes et des créations d'emploi plus rapides ?

Jebril : C'est un très bon signe, témoin d'une démocratie réelle. Les manifestations et les sit-ins sont un droit légitime, tant que les revendications restent pacifiques et réalistes. Nous traversons une période transitoire sensible, et nous nous préparons pour les élections parlementaires. Le plafond des attentes doit donc être réaliste parce que nous rêvons tous de construire un nouvel Etat démocratique doté d'institutions et d'une constitution. Mais nous prenons néanmoins conscience que cela prendra du temps, et que cela réclamera un changement des valeurs et des modes de pensée dominants.

Les sit-ins sont un phénomène sain et excellent, qui répond aux déviations par rapport au cours établi par la révolution de la part du CNT ou du gouvernement. De tels phénomènes sont nécessaires, et le CNT n'est pas inquiet, expliquant qu'ils viennent compléter et guider son rôle.

Magharebia : Le nouveau gouvernement libyen a néanmoins été accusé de manque de transparence. Que doit-il faire pour gagner la confiance populaire ?

Jebril : C'est vrai et clair pour tout le monde. La Commission générale de la transparence a donc été mise en place pour assurer cette transparence. Nous demandons au CNT de nous entretenir chaque semaine des décisions qu'il prend et de parler de manière transparente de la dépense des fonds. Nous demandons aussi au gouvernement de tenir une conférence afin d'annoncer toutes les décisions qu'il est amené à prendre, dans une transparence complète. Plus important encore à ce stade, nous soulignons la nécessité du dialogue, actuellement absent, avec les organisations de la société civile.

Concernant la Commision de soutien à la participation des femmes au processus décisionnaire en Libye, nous avons présenté un document signé par toutes les organisations de la société civile, dans lequel nous réclamons l'implication de la société civile dans le comité qui sera chargé d'esquisser le code électoral. Mais notre demande, assortie de la nomination de cadres spécialisés dans des domaines vitaux, n'a pas été prise en considération.

C'est la contradiction dont nous faisons maintenant l'expérience, et c'est la précarité de la période transitoire que nous vivons actuellement, en l'absence de transparence et d'une loi transitoire sur la justice qui puisse permettre de réaliser la justice et l'égalité. Le dialogue et l'implication de la société civile inspirent la confiance, à la fois dans le pays et à l'étranger.

Magharebia : Comment décririez-vous la situation des femmes libyennes actuellement ?

Jebril : Elles ont eu une plus grande présence dans la révolution du 17 février et elles luttaient même avant cette date, sous le régime de Kadhafi. Les femmes représentent la moitié de la population en Libye, et elles ont atteint un haut niveau en termes d'études universitaires. Elles sont descendues dans les rues avant les hommes durant la révolution, mais malheureusement, leur rôle s'est restreint et il se limite aujourd'hui à la société civile. Tout cela est dû aux idées sur la société, à la vision de la femme dans la société, ainsi qu'aux mentalités et aux clichés socioculturels.

Maintenant qu'existe la conviction que le pouvoir décisionnaire ne reviendra seulement qu'aux hommes, les femmes travaillent dans le cadre de la Commision de soutien à la participation des femmes au processus décisionnaire pour faire passer le quota de femmes de 10 à 30 pour cent, de manière à renforcer leur rôle politique.

J'espère bâtir une société dans laquelle les rôles seront intégrés, les droits et les devoirs égaux, afin de vivre dans une véritable société démocratique.

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  1. Anonymous_thumb

    Liby 2012-1-21

    combien de temps cela prendra t il? Combien de siècles?

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  2. Anonymous_thumb

    mohamed EL BAKI 2012-1-21

    On ne peut que souhaiter au peuple libyen que de retrouver les chemins de la réconcilliation,de la cohésion nationale et une véritable démocratie. Souhaitons lui également un redressement industriel,économique,commercial et de progrés partagé au profit de tout le peuple libiyen. Une nouvelle ère doit s'ouvrir pour un avenir meilleur. La construction de cet avenir doit se faire sans haine,sans rancune et sans vengeance.

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  3. Anonymous_thumb

    amazigh 2012-1-21

    votre journaliste du maghrebia a oublier de pose une question tres importante et le peuple amazigh de lybie que deviens dans cette nouvelle lybie?

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  4. Anonymous_thumb

    amazigh de lybie 2012-1-21

    la lybie est amazigh et ce nest pas le quatar du moyen orient qui va changer les choses et tant que la langue et la culture amazigh n'est pas reconnu ,il n;yaura pas de paix

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