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2011-12-15

Le chômage des jeunes, un défi à relever pour le nouveau gouvernement tunisien

Par Monia Ghanmi pour Magharebia à Tunis – 15/12/11

Malgré les mesures prises par le gouvernement intérimaire tunisien et les promesses faites par les partis politiques, le chômage continue à augmenter, exacerbé par les grèves répétées, les sit-ins et le déclin des investissements et du tourisme.

Un récent rapport de l'Institut national de la statistique révèle que 18,3 pour cent des Tunisiens étaient au chômage au mois de mai, contre 13 pour cent l'année précédente. Cette étude, rendue publique le 9 novembre, estime le nombre de chômeurs à plus de 700 000, alors qu'ils étaient moins de 500 000 en 2010.

Le chômage des jeunes diplômés empire également, passant de 157 000 personnes en mai 2010 à 217 000 au mois de mai 2011.

Ce rapport indique par ailleurs que le taux de chômage fluctue en fonction des régions tunisiennes. C'est le centre-ouest qui enregistre le plus mauvais chiffre (28,6 pour cent), suivi par le sud-ouest (26,9 pour cent), le sud-est (24,8 pour cent), alors que les taux de chômage les plus bas se retrouvent dans la région du nord, où ils oscillent entre 17,3 et 17,8 pour cent.

Cette hausse est en grande partie attribuable à la perte de 137 000 emplois dans les secteurs de l'agriculture et du tourisme au cours de l'année dernière, selon Habib Fourati, directeur du Centre des statistiques démographiques et sociales.

Le secteur du tourisme, qui assure 6 pour cent du PIB, a été gravement touché par les agitations post-révolutionnaires, subissant une baisse sans précédent de 33,3 pour cent au cours des dix derniers mois, selon l'Office national du tourisme tunisien. Les investissements ont chuté de 27 pour cent au cours des neuf derniers mois, selon l'Agence tunisienne de promotion des investissements étrangers.

Dans un rapport publié au mois de septembre dernier, portant sur l'emploi en Tunisie, l'Organisation internationale du travail (OIT) a attribué ce taux élevé à une croissance économique ralentie, qui a à son tour entraîné des pertes d'emploi, ainsi qu'à des défaillances structurelles inhérentes au marché du travail. Ce rapport fait état des difficultés rencontrées lors de la création d'emplois hautement spécialisés, qui viennent s'ajouter à celles relatives aux emplois à compétences moyennes.

L'économie a notamment subi un début de faible croissance au cours du premier trimestre de l'année, estimée à 1,5 pour cent, après une période de récession début 2011. Ces chiffres pourraient prendre la forme d'une forte baisse de 7,9 pour cent du PIB enregistrée au cours des trois premiers mois de l'année.

Mustapha Nabil, gouverneur de la Banque centrale, a déclaré à l'AFP qu'il était nécessaire que l'économie tunisienne réalise un taux de croissance dépassant sept pour cent, afin d'être en mesure de résorber le chômage et de créer suffisamment d'emplois pour absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail.

Au vu de la crise économique actuelle, cela pourrait prendre beaucoup de temps, en particulier dans la mesure où le taux de croissance économique en Tunisie devrait avoisiner zéro, voire être négatif, sur la base d'estimations annoncées à la fin du mois dernier par Nabil. Il a souligné la baisse des recettes dans des secteurs importants de l'économie tunisienne, comme le tourisme et l'exploitation des phosphates, à laquelle viennent s'ajouter une forte hausse des importations et une baisse des exportations.

L'OIT estime que la réduction du chômage exigera l'adoption d'un nouveau modèle de développement, et l'élaboration d'une politique nationale basée sur différents axes : la libéralisation de tous les potentiels en termes d'investissement, le renforcement de la transparence, la lutte contre la corruption, la poursuite du développement du marché financier et une plus grande souplesse dans les restrictions imposées aux investissements.

"Malgré les problèmes et les crises subis par l'économie tunisienne, la situation actuelle lui permet de se développer et de promouvoir la création d'emplois, en particulier à destination des jeunes", indique le rapport de l'OIT.

Mais pour l'instant, le fort taux de chômage continue à affecter de nombreux diplômés de l'université, parmi lesquels Ahlem Ouerghmi, qui a obtenu son diplôme de comptabilité en 2007.

"Depuis que j'ai quitté l'université, je m'efforce de ne compter que sur moi-même pour trouver du travail, sans tenir compte des promesses roses avancées par le gouvernement et les partis politiques. Mais la baisse du nombre d'emplois, renforcée par l'augmentation du nombre de demandeurs, me complique encore davantage les choses", explique-t-il.

Wassilla Naouali, spécialiste en psychologie sociale, met en garde contre les problèmes pouvant résulter d'un chômage persistant chez les jeunes, affirmant que celui-ci pourrait les conduire à des violences religieuses extrémistes, parfois même au terrorisme, pour manifester leur désappointement et dans l'espoir de réaliser leur rêves et leurs aspirations.

Naouali réclame des solutions urgentes et des plans permettant de contenir le problème du chômage, ou tout du moins, d'en minimiser l'impact.

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