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2011-11-29

Les salariés de Benghazi expriment une colère contenue

Par Asmaa Elourfi pour Magharebia à Benghazi – 29/11/11

Pendant des années, les professionnels libyens se sont sentis négligés sous l'ancien régime. Après le succès du soulèvement, ils voient une occasion de faire connaître des doléances longtemps contenues.

"Je travaille depuis vingt ans, mais après la révolution, nous avons estimé que nous devions faire connaître nos revendications, parce que nous n'avons constaté aucun changement par rapport à une époque révolue", a déclaré Salima Omar, employé au Centre d'assistance sociale de Benghazi. "Nous exigeons nos droits et voulons voir notre dignité restaurée."

Les salariés du secteur de la santé, les professionnels des médias et les salariés de la base navale manifestent depuis quelques jours à Benghazi, demandant la fin de la corruption administrative et de meilleures conditions de travail.

"Nous voulons un changement positif", a expliqué Rajaa Al-Jamal, directrice de l'Unité d'information au Centre pour les handicapés. "Les chefs de département, en particulier ceux qui sont en contact avec le public et sont supposés responsables des soins et de l'attention à lui apporter, doivent être remplacés. Malheureusement, le temps a montré qu'ils ne connaissent rien en matière d'éducation des enfants, d'assistance sociale ou de handicaps. De nombreuses erreurs sont commises dans ces centres."

"Pour améliorer le niveau du centre et pouvoir offrir à notre pays ce qui se fait de mieux, nous devons éradiquer la corruption", a-t-elle ajouté.

Mabrouk Ali Saad, employé au Fonds de solidarité du Centre des affaires des handicapés, explique avoir souffert "de l'oppression, de la persécution et d'un salaire inadapté". Les manifestants demandent "le remplacement de l'ensemble de l'administration", a-t-il ajouté.

"Il y a une pénurie de matériel médical, ainsi que d'autres fournitures", a expliqué Souad Hamad Saad, technicien sanitaire au Centre d'épidémiologie. "Même les climatiseurs ne sont pas disponibles en été ou en hiver. Aucune maintenance n'est assurée sur le bâtiment."

L'absence de moyens de transport empêche les personnels médicaux de soigner leurs patients à domicile, indique Aida Al-Arabi, une infirmière.

"Nous voulons changer l'administration parce qu'elle est incapable d'assurer les produits de première nécessité", insiste-t-elle.

Des salariés des médias, des intellectuels et des écrivains se sont récemment rassemblés devant le bâtiment du conseil municipal de Benghazi. Ils ont présenté une liste des personnes qu'ils souhaitent voir diriger le secteur des médias. De plus, ils ont souhaité un certain nombre de mesures administratives pour permettre d'améliorer les performances des médias en ce moment critique de l'histoire de leur pays.

Les personnels navals et les officiers de Benghazi manifestent eux aussi, pour condamner ce qu'ils estiment être une marginalisation de l'armée par le Conseil national de transition. Nombre d'entre eux affirment ne pas avoir perçu leur salaire et souffrir d'une pénurie d'approvisionnements.

"Cela fait cinq mois que nous ne sommes plus payés", a déclaré un officier. "Nous comptons plus de 25 martyrs, dont les familles bénéficient à peine d'une quelconque attention. Nous ne savons toujours pas quand nous serons payés. On nous répète en permanence "la semaine prochaine", mais en vain. Nous demandons seulement à être payés."

"L'un de nous, le plongeur Tawfik Al-Fakhery, est mort lors d'une opération à Syrte, laissant derrière lui une famille sans aucun soutien", a expliqué Jalal Mohamed Abdel Qader. "De nombreuses personnes sont traitées à l'étranger. Malheureusement, l'armée se trouve marginalisée parce qu'elle est dirigée par un civil. Elle doit l'être par un officier. Les civils ne connaissent rien aux règles de l'armée."

Ahmad Abidi, employé sur la base navale, a déclaré quant à lui : "Nous voulons juste qu'ils nous accordent leur attention. Les gens ici vivent des situations difficiles. Il faut que cette question soit réglée une fois pour toutes."

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