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2011-11-24

La polémique enfle concernant les propos évoquant le califat

Par Houda Trabelsi pour Magharebia à Tunis – 24/11/11

L'évocation du califat par le Premier ministre tunisien Hamadi Jebali ce mois-ci continue d'attirer l'attention.

"Nous vivons l'avènement d'un sixième califat," a déclaré Jebali le 13 novembre dernier au théâtre municipal de Sousse. Le secrétaire-général du mouvement Ennahda s'exprimait alors devant une foule de sympathisants venus célébrer la victoire du parti islamiste lors des élections de l'assemblée constituante tunisienne.

Jebali est toutefois revenu plus tard sur sa déclaration, affirmant, "Je ne prône pas un Etat avec le califat pour système de gouvernance. Je m'emploierai plutôt à préconiser un régime républicain démocratique."

Il a ensuite expliqué, lors d'une conférence de presse, que la polémique déclenchée par ses commentaires provenait du fait que ses propos avaient été amputés et sortis de leur contexte, leur octroyant un sens tout à fait différent de ce qu'il avait voulu dire et créant ainsi une confusion.

Jebali avait invité les défenseurs d'Ennahda à construire un Etat avec le califat pour système de gouvernance, déclarant à ses sympathisants "Mes frères, vous vivez un moment historique, un moment divin, une nouvelle étape civilisationnelle si Dieu le veut dans le 6ème califat. Une grande responsabilité nous attend et le peuple nous a fait confiance non pas pour gouverner mais pour le servir."

Cherchant à contenir la polémique politique, Jebali a alors déclaré qu'Ennahda prônait "le régime républicain, démocratique qui tire sa seule légitimité du peuple à travers des élections libres, transparentes, respectant les libertés, les droits et l’alternance pacifique au pouvoir".

Jebali a ensuite expliqué qu'Ennahda s’emploiera à réaliser ces objectifs "comme un choix irréversible dans la future constitution, en réponse aux principes de la révolution, et aux aspirations de notre peuple pour la construction d’une société démocratique, pluraliste et civile".

Lors de son discours du 13 novembre, Jebali ne s'adressait qu'à ses sympathisants et il ne s'agissait "pas d'un discours politique, ni du discours d'un dirigeant politique", rapporte Samir Dilou, un membre du bureau exécutif d'Ennahda, responsable des relations extérieures du parti.

"Le Mouvement ne considère pas le système du califat comme un fondement de l'Islam. Ennahda s'est engagé à construire un Etat civil et une république moderne," a-t-il ajouté.

Mais l'explication donnée par Ennahda n'a pas suffi à mettre fin à la polémique. Selon Mohsen Marzouk, secrétaire général de l'Institution arabe de la démocratie, "Hamadi Jebali doit rendre des comptes pour chaque parole qu'il prononce". "Un tel discours pourrait avoir des conséquences très négatives sur notre société, dans cette sensible période de transition", a-t-il ajouté.

Naoufel Zaatour, un militant du Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT), fait part de préoccupations semblables. "Un observateur, face aux discours du Mouvement Ennahda, voit clairement de quoi il retourne. Le masque ne cesse de tomber, révélant leur vrai visage, le salafisme. Mais, sous la pression de la scène politique, ils remettent leur masque pour dissimuler leurs véritables intentions," dit Zaatour.

La journaliste Bouthaina Kermani a déclaré à Magharebia que, bien qu'elle ne défende pas Ennahda, il serait préférable que tous "cessent de relever les erreurs des autres et de se tendre des embuscades les uns aux autres".

"Cela ne fait qu'attiser les flammes de la sédition. Pour l'amour de Dieu, laissons de côté ces arguments inutiles. Il y a des problèmes bien plus urgents et bien plus importants que le califat," dit-elle. "Nous devrions cesser de rendre des jugements sur les intentions et les lapsus des autres."

Ridha Belhaj, porte-parole du mouvement banni Hizb ut-Tahrir, a accueilli favorablement l'appel de Jebali, le qualifiant de "repentir politique".

"Chercher à construire un califat est une cause légitime. Tous devraient partager ce même objectif, afin d'unifier le discours parmi les musulmans," a ajouté le porte-parole du parti salafiste.

Exprimant un autre point de vue, Abdlatif Abidi, membre du bureau politique d'Ettakatol, a déclaré que son parti était "engagé envers le système républicain". Abidi a ajouté qu'Ettakatol, membre de la coalition gouvernante, s'opposerait catégoriquement à toute tentative visant à mettre en péril les avantages acquis par la révolution.

L'électeur Mohamed Sgaier a déclaré à Magharebia qu'il avait voté pour Ennahda "en se basant sur un programme clair, celui d'un Etat ayant un régime parlementaire".

"Je n'ai pas voté pour eux pour qu'ils mettent en place les fondations d'un califat ou de tout autre système. Je suis préoccupé par les déclarations des dirigeants d'Ennahda. J'ai l'impression d'avoir fait le mauvais choix," dit-il.

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