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2011-04-27

Les Tunisiens inquiets de la popularité des sites pornographiques

Par Monia Ghanmi pour Magharebia à Tunis – 27/04/11

Un cyber-espace sans aucune censure est apparu au lendemain de la révolution tunisienne. Pour les jeunes, un web totalement ouvert est excitant. Pour les parents qui envisagent les dangers d'une consultation sans limite, c'est un cauchemar.

La société d'information sur l'Internet Alexa a révélé le mois dernier que les sites pornographiques sont désormais les plus consultés en Tunisie.

"Ma femme et moi passons toute la journée au travail, hors de la maison, et nous ne trouvons pas le temps de surveiller l'usage que nos enfants font de l'Internet", explique Hassan Marrii, qui autorisait autrefois ses enfants à surfer dans le cyber-espace parce que les sites pour adultes y étaient interdits.

"Il n'est pas possible de savoir quels sites nos enfants consultent, notamment maintenant où tout est ouvert et accessible", regrette-t-il.

Une préoccupation reprise par Leila Jerbi, qui déclare que les Tunisiens doivent prendre en compte "les besoins de la jeunesse et ne pas les diriger vers des sites web immoraux".

"C'est vrai que nous voulons la liberté, mais une liberté responsable, et non un chaos qui ne pourra que faire du mal aux autres", ajoute-t-elle.

"De tels sites ne peuvent que porter atteinte à nos valeurs et à notre moralité en tant que société, et à dérouter les jeunes par rapport à leurs racines arabes et islamiques", dit Hammadi Dachraoui.

Pour Naceur Sghaeir, la meilleure solution a consisté à interrompre le service chez lui pour "préserver la moralité de mes enfants et l'unité de la famille". Mais il indique que cette solution n'est que provisoire, ajoutant que le gouvernement doit à nouveau censurer ces sites.

Plusieurs groupes sur Facebook ont appelé à la remise en place de l'interdiction des sites classés X.

Baya Houas reconnaît que les restrictions gouvernementales seraient plus efficaces que le contrôle parental, dans la mesure où les enfants peuvent avoir recours à des cybercafés pour échapper à la surveillance de leurs parents. Elle a demandé que l'Agence tunisienne de l'Internet procède au codage de ces sites.

D'autres font valoir que cette interdiction ne conduira qu'à une augmentation de la demande, et que la solution devrait prendre la forme de programmes de sensibilisation et de conseils aux parents.

"La censure du gouvernement est terminée", affirme Mohamed Marzoug. "Il est maintenant temps que les parents assument leurs responsabilités pour leurs enfants en les guidant et en les orientant vers des sites sains et utiles."

Dans le cadre du débat en cours, le président de l'Association tunisienne de l'Internet et du multimédia (ATIM) Moez Souabni déclare dans un communiqué à la presse à Sabah que la décision de censurer les sites pornographiques ne peut être prise qu'en réponse à une pétition de la part des personnes concernées et présentée au procureur, expliquant le refus de rendre ces sites web accessibles.

Jusqu'alors, l'Agence nationale pour la sécurité de l'information (ANSI) va founir aux parents les mécanismes de contrôle de l'usage de l'Internet pour les enfants.

Une source informée de l'ANSI a expliqué à Magharebia que les parents sont désormais en mesure d'obtenir des programmes qui leur permettent de fermer les sites indésirables et de voir quels sites leurs enfants ont consultés.

Mais certains jeunes s'opposent à l'idée de réinstaurer l'interdiction des sites classés X.

"Chacun est libre, et il n'est pas nécessaire d'imposer les opinions d'untel aux autres", dit Louay Lachhab, un étudiant. "Nous, les jeunes, sommes par ailleurs conscients des choses et nous savons faire la différence entre ce qui est bien et ce qui est mal. Nous savons ce qui est bon pour nous."

Wissem Mahfoudhi, un autre étudiant, insiste sur le fait que "il doit exister une censure personnelle et non une censure généralisée imposée à l'individu".

"Si le gouvernement poursuit dans cette voie et censure les sites web pornographiques, il commencera à censurer d'autres sites sous le prétexte de la protection, comme cela était le cas auparavant", met-il en garde.

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