2011-03-04
Les troubles au Maghreb repoussent les limites des manifestations légitimes
Par Siham Ali pour Magharebia à Rabat – 04/03/11
Une Marocaine de 25 ans s'est immolée par le feu après avoir été chassée d'un bidonville où elle vivait avec ses deux enfants. L'immolation de Fadoua Laroui, le 21 février à Fquih Ben Salah, est la dernière manifestation à ce jour d'une série de mouvements suicidaires au Maghreb qui alertent la région.
Ces immolations suscitent dans l'opinion publique à la fois compassion et consternation. Nombreuses sont les personnes qui pensent que ceux qui ont recours au suicide fuient la réalité au lieu de tenter de résoudre les problèmes de la vie.
"C'est vrai que l'Etat assume une grande responsabilité dans l'amélioration des conditions de vie des citoyens", explique Hakima Louzi. "Mais, ceux qui souffrent doivent réfléchir à ceux qui les entourent avant de prendre une décision qui pourrait détruire toute une famille."
Selon le sociologue Ali Chaâbani, le phénomène qui est apparu après le suicide par le feu de Mohamed Bouazizi, déclencheur de la révolution tunisienne, est destiné à attirer l'attention.
"Cela n'a plus l'effet escompté", dit-il. "Il s'agit tout simplement d'un suicide qui a des répercussions négatives sur la famille. Les enfants de Fadoua sont victimes de ce qu'elle a fait. Les responsables doivent s'attaquer aux facteurs conduisant à ces situations."
Les responsables religieux de la région qualifient ce phénomène d'haram, disant qu'il est contraire aux enseignements de l'Islam. L' lmam Abdelbari Zemzemi déclare qu'il s'agit d'un acte interdit qui ne fait rien pour résoudre les problèmes, ne faisant que les exacerber.
Il souligne un autre aspect lié aux mouvements de protestation : les actes de vandalisme. Les manifestants qui se livrent à des destructions de biens sont en contradiction avec eux-mêmes. Alors qu'ils manifestent contre l'injustice, ils perpétuent cette dernière par leurs actes de sabotage et de destruction.
Il précise que quiconque exige ses propres droits ne peut parallèlement léser les intérêts des autres.
Pour traiter ce problème, les parents doivent inculquer à leurs enfants le sens des responsabilités et du respect des droits des autres, explique Chaâbani. Il ajoute que les enfants ne font pas l'apprentissage de la culture de la protestation et du dialogue pacifique basés sur le respect de la loi.
"L'Etat, c'est la société. Tout le monde est appelé à participer à la préservation des biens communs. Si par exemple, on casse les fenêtres d'une école, ce sont les enfants scolarisés qui en subissent les conséquences", souligne-t-il.
"La citoyenneté passe en premier lieu par le respect des droits des autres", conclut-il.
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![[Reuters/Youssef Boudlal] Les manifestants au Maroc souhaitent de meilleures conditions sociales et économiques.](/awi/images/2011/03/04/110304Feature3Photo1-271_179.jpg)
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