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2011-02-17

L'Italie et la Tunisie examinent la crise des harragas

Par Iheb Ettounsi pour Magharebia à Tunis – 17/02/11

Que ce soit à la recherche d'un emploi ou de la sécurité, ce sont plus de 5 500 harragas tunisiens qui sont arrivés en Italie au cours des derniers jours. Le ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini est arrivé à Tunis le mardi 15 février pour parler de cette vague d'immigration post-révolutionnaire.

Il a assuré au Premier ministre tunisien Mohammed Ghannouchi que la police italienne ne serait pas envoyée en Tunisie pour lutter contre cet afflux de migrants.

"L'Italie apporte un soutien politique total à la révolution pacifique en Tunisie, qui transformera ce pays en un Etat démocratique", a-t-il déclaré.

Pour sa part, Ghannouchi a demandé au ministre italien de "bien traiter les immigrants tunisiens, et d'organiser leur retour dans des conditions sûres, progressives et volontaires".

La Tunisie a également demandé que "l'aide d'urgence soit décrétée, de manière à mettre en oeuvre des projets de développement dans les régions pour réduire les flux d'émigration, ainsi qu'une aide logistique en aidant les garde-côtes tunisiens et en leur fournissant les outils et les équipements de surveillance de manière à lutter contre cette émigration. Le quota annuel de voyages réguliers vers l'Italie doit également être revu à la hausse."

Les deux hommes ont décidé que l'armée tunisienne répondrait à la crise, et que l'Italie fournira des matériels. Frattini s'est engagé à continuer à "accorder de l'aide à la Tunisie, sous diverses formes, comme des équipements de haute technologie pour permettre à l'armée tunisienne de gérer un réseau de radars de surveillance, ainsi que des lanceurs à grande vitesse et des dispositifs dont se serviront les Tunisiens".

Les patrouilles du Frontex européen resteront dans les eaux internationales, dans le "plein respect de la souveraineté de la Tunisie", a déclaré le ministre italien.

Dans un communiqué publié mercredi, le ministère de la Défense a déclaré que "l'armée tunisienne a récemment contré plusieurs tentatives d'immigration clandestine. Elle a secouru 677 personnes et continue de rechercher les passagers qui se trouvaient à bord de deux bateaux qui se sont retournés au large des côtes de Zarzis, la semaine dernière."

L'armée a fermé tous les points de sortie par lesquels les citoyens pouvaient s'infiltrer en mer le long des côtes de Gabes, postant des gardes dans cette ville, ainsi qu'à Alzarat et à Zarzis.

La visite de Frattini est intervenue quelques jours après que son collègue italien de l'Intérieur Roberto Maroni eut déclaré qu'il demanderait l'autorisation de déployer "des forces pour intervenir en Tunisie pour bloquer ces flux de migrants".

Cette remarque avait provoqué un tollé chez les tunisiens, les responsables politiques et les citoyens ordinaires la considérant comme le signe d'une ingérence étrangère. Le gouvernement provisoire avait catégoriquement rejeté cette proposition. Le porte-parole du gouvernement, Taieb Baccouche, avait déclaré dimanche que son pays n'autoriserait aucune force militaire sur son territoire.

"La Tunisie n'est pas le policier affecté à la surveillance des côtes italiennes", avait déclaré Ahmed Inoublie, secrétaire général du parti d'opposition de l'Union démocratique unioniste, à Magharebia. "L'Italie peut défendre son propre littoral et ses eaux territoriales, et répondre au problème en utilisant ses propres moyens, sans aucune aide de la Tunisie."

Le gouvernement provisoire a toutefois fait part de sa disponibilité à oeuvrer à une solution "basée sur le respect des droits de l'Homme, de la dignité, et sur le principe du développement en collaboration".

Pour sa part, la responsable de la politique étrangère de l'Union européenne, Catherine Ashton, a déclaré lundi lors d'une conférence de presse en Tunisie que l'Union "suit de près le problème de l'immigration clandestine en Tunisie".

Depuis le début de la révolution, l'économie tunisienne a perdu 3,52 milliards de dollars. Ce chiffre devrait augmenter par suite des grèves à répétition et des agitations politiques. Le chômage a plus que doublé, à 2,5 fois, selon les chiffres officiels.

"Si j'en ai l'occasion, je partirai", a déclaré Taoufik, un habitant du vieux quartier de Souika. "On ne trouvait déjà pas de travail quand le pays était stable, comment pourrions-nous en trouver maintenant ?"

Des milliers de diplômés des universités tunisiennes se sont rués vers les ministères, pour exiger des solutions urgentes.

"La situation est très alarmante", a expliqué Jiad. "Les vols, les cambriolages et le chômage sont en constante augmentation."

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