2011-02-07
La Tunisie en proie aux rumeurs
Par Houda Trabelsi pour Magharebia à Tunis – 07/01/11
Des gangs de pillards pénètrent dans les maisons pour tuer et voler les gens. L'eau du robinet est si polluée que la population fait la queue pour obtenir des bouteilles d'eau potable. La femme de l'ancien Président appelle à la vengeance depuis l'étranger.
Ce type de bruits enfle en Tunisie depuis le départ, le 14 janvier, de l'ancien Président Zine El Abidine Ben Ali. Certains sont effrayants, incitant les habitants à rester chez eux et à cesser toute activité quotidienne.
"Ces rumeurs me font rire, parce qu'elles se moquent vraiment de l'intelligence du peuple tunisien", dit Lamia Biltaid. "De telles rumeurs hollywoodiennes n'ont pas fait et ne feront pas peur aux fils de la Tunisie, qui ne renonceront pas à leur quête de véritable liberté."
Ces rumeurs sont un moyen d'absorber la colère des Tunisiens envers l'ancienne famille dirigeante, estiment certains observateurs. L'une d'elle concerne l'histoire de la mort supposée d'Imad Trabelsi, le frère de Leila Ben Ali.
Certaines autres, comme l'incendie d'une synagogue dans le sud, ont même été relayées par des agences de presse internationales.
Roger Bismuth, le responsable de la communauté juive de Tunisie, réfute ces bruits, affirmant que "il n'y a aucune synagogue à Hamma dans [la province de] Gabès, dans le sud de la Tunisie".
"Il y a une tombe qui porte le nom d'un rabbin, qui est un lieu visité", explique-t-il, ajoutant que "une guérite gardant 'la tombe' a été vandalisée et quelques chaises volées".
"Il n'y a pas eu, à aucun moment, d'incidents lors desquels des Juifs ont été attaqués, ni même aucun commentaire insultant durant toute la révolution", déclare Bismuth, dont la communauté comprend quelque 1 600 personnes.
"De telles rumeurs visent à créer un état de trouble entre les Tunisiens et les Juifs tunisiens", déclare Perez Trabelsi, recteur de la synagogue de Ghariba à Djerba. "Nous ne quitterons pas la Tunisie, et ceux qui sont à l'origine de ces bruits ont pour but de semer le chaos."
Selon le psychiatre Abdelwaheb Mahjoub, "les rumeurs sont généralement utilisées au service de quelqu'un pour faire passer un message ou consolider un principe donné". Il suggère que certaines d'entre elles ont pu être utilisées par la police pour convaincre la population qu'elle ne peut vivre sans sécurité.
"Les personnes normales jouent un rôle dans la propagation et dans l'amplification de ces rumeurs, pour justifier leurs propres craintes et peurs", ajoute-t-il.
Selon la journaliste Hayat Ghanmi, "les rumeurs ont contribué aux récents évènements, notamment après le 14 janvier, constituant un terreau pour certains journalistes et médias qui cherchaient à attirer l'attention, ou même dans leur recherche de la vérité."
Elle souligne que le rôle des médias dans l'octroi d'informations précises et dans le dévoilement des fausses informations est crucial à ce stade pour éviter le chaos.
"Des informations honnêtes et crédibles sont la seule source permettant aux Tunisiens d'obtenir des informations sur tous les évènements, avec une entière confiance", ajoute-t-elle.
On constate chez les Tunisiens un manque persistant de confiance envers les médias, bien que certains observateurs soulignent que les médias tunisiens après la révolution ont bénéficié de plus grandes libertés.
"J'ai tendance à faire confiance à Facebook et non aux médias tunisiens qui étaient encore, il y a à peine un mois, la voix de l'ancien régime et qui sont aujourd'hui miraculeusement libérés après la fuite de Ben Ali", explique Mouna Elabdi.
"Je pense que c'est ce manque de crédibilité des médias aux yeux des tunisiens qui a contribué en grande partie à la prolifération de ces rumeurs, qui sont destinées à propager la peur dans la population", ajoute-t-elle.
Dans le même esprit, Mounir Belhaj affirme que "certains groupes ont utilisé Facebook pour servir leurs propres intérêts étroits et pour diffuser de fausses informations."
"Le rôle des médias est devenu important pour informer les gens et leur permettre d'être plus forts et plus conscients de la manière d'obtenir leurs informations, de manière à ne pas tomber dans le piège des rumeurs", explique Darine Belghaeib.
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![[Reuters/Louafi Larbi] De nombreux Tunisiens sont inquiets des rumeurs qui se répandent dans le pays au lendemain de la révolution.](/awi/images/2011/02/07/110207Feature3Photo1-271_179.jpg)
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