2009-11-24
Les frictions footballistiques tendent les relations entre l'Algérie et l'Egypte
Par Mouna Sadek pour Magharebia à Alger – 24/11/09
Lorsque l'Algérie a battu l'Egypte en éliminatoire de la Coupe du Monde la semaine dernière, les supporters des Fennecs ont fait la fête, ceux des Pharaons ont pleuré, et des accusations de violence de la part des deux camps ont fusé. Mais alors que retombe un peu la frénésie de l'après-match, beaucoup se penchent sur les véritables enjeux : les liens autrefois très étroits entre les deux pays.
"Maintenant que le boucan du match se termine et qu’il éclate en poussière sur une véritable tragédie, il apparaît que le résultat est la perte de tous ceux qui ont véritablement cru en l’unité arabe et qui ont longtemps vécu sous les étendards de la fraternité et du rêve arabe", écrivait le journal égyptien el-Wafd dans son éditorial du jeudi 19 novembre.
La crise diplomatique qui a suivi la rencontre de Khartoum a culminé le 17 novembre, lorsque le Président égyptien Hosni Moubarak a averti que l'Egypte traitera "fermement" ceux qui "s'en prennent à ses ressortissants".
"Le bien-être de nos citoyens à l'étranger relève de la responsabilité de notre pays, nous nous assurerons que leurs droits seront respectés et rejetons les violations (...) qui sont commises à leur égard", a déclaré M. Moubarak dans un discours devant le parlement.
L'Egypte a convoqué l'ambassadeur d'Algérie Abdelkader Hadjar à deux reprises, et rappelé Abdel Aziz Seif Nasr, son ambassadeur à Alger, jeudi dernier. L'Algérie a fait de même vendredi, pour protester contre la "campagne médiatique" égyptienne contre l'Algérie, a déclaré le ministère algérien des Affaires étrangères.
Mourad Medelci, le ministre algérien des Affaires étrangères, a demandé à l'ambassadeur d'Egypte "de transmettre aux autorités de son pays l’incompréhension et la grande préoccupation des autorités algériennes devant l’escalade de cette campagne médiatique".
Les autorités algériennes ont mis en place une cellule de gestion de crise au sein du ministère de la Solidarité pour rapatrier les ressortissants algériens confrontés à des menaces et à des intimidations en Egypte. Au-delà de cette mesure, ont déclaré des responsables gouvernementaux, l'Algérie ne souhaite pas réagir aux "provocations égyptiennes".
La tension avait commencé à s'installer dès le caillassage des bus des joueurs algériens au Caire par des supporters égyptiens. Par mesure de représailles, des Algériens en colère s'en étaient pris le 15 novembre aux locaux de la compagnie de téléphonie mobile Djezzy Orascom, perçue comme le symbole de la présence commerciale égyptienne en Algérie.
La situation s'est tellement envenimée que les Egyptiens vivant en Algérie, une centaine selon l’AFP, ont dû être rapatriés le 15 novembre du fait des attaques dont ils faisaient l'objet. Les responsables égyptiens dénoncent à leur tour les agressions commises contre les supporteurs égyptiens au Soudan, mais les autorités soudanaises ont réfuté de graves actes de violence. Le 17 novembre, les autorités soudanaises se sont plaintes à l'ambassadeur d'Egypte à Khartoum d'une "campagne de presse égyptienne" faisant état de fausses informations sur des accrochages violents après-match.
Certes quelques accrochages ont eu lieu dans la nuit dans la capitale soudanaise entre supporters des deux camps, selon un porte-parole de la police de Khartoum Abdel Majid Tayeb, mais seules quatre personnes ont été légèrement blessées. Les autorités égyptiennes, elles, font état de vingt-et-un Egyptiens blessés, mais le ministre égyptien de la Santé Hatem el-Gabali a qualifié ces blessures de légères.
Le Secrétaire général de la Ligue arabe Amr Moussa, s'exprimant à l'ouverture de la session du Forum économique mondial à Dubaï le 21 novembre, a demandé aux deux pays de retrouver leur calme. Il a qualifié ces frictions de simple "[f]itna (désaccord) qui a entraîné une nervosité incontrôlable dans deux grands pays".
Selon lui, les autorités soudanaises, algériennes et égyptiennes ont eu des entretiens en profondeur pour "contenir cette crise dangereuse, qui devra être réglée dans les plus brefs délais".
M. Moussa a rappelé les liens étroits qui lient les deux pays, ajoutant que "la qualité de coopération actuelle ne doit pas être mise en cause ou affectée par ce qui s'est passé".
Certaines voix dans les médias, que beaucoup ont accusé d'attiser les feux de la violence, appellent maintenant au calme.
L'éditorialiste du quotidien égyptien Al-Ahram écrit que, bien qu'il ne puisse "justifier ni excuser les comportements condamnables de quelques supporters algériens", ces évènements "ne doivent pas prendre des proportions démesurées car il s’agit d’actes isolés et qu’on ne doit pas blâmer le peuple algérien". L'union égyptienne des éditeurs, avec le soutien d'intellectuels et d'écrivains égyptiens, a publié lundi un communiqué appelant à la fin des hostilités entre les deux pays "frères".
Pour leur part, de nombreux Algériens continuent de manifester leur joie dans la rue. Mais beaucoup s'inquiètent des récentes frictions.
"Je trouve complètement stupide de faire la guerre à cause d’un jeu", a ainsi déclaré Nouredine, gardien de sécurité et grand supporter des Verts. "Des deux côtés, les gens sont devenus complètement fous."
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![[Fayez Nureldine/AFP/Getty Images] La foule était présente le 9 novembre à l'aéroport international Houari Boumediene d'Alger pour accueillir les supporters de retour de Khartoum.](/awi/images/2009/11/24/091124Feature2Photo-271_179.jpg)
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