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2009-10-20

Un candidat à la présidentielle en Tunisie vise le pluralisme en politique

Entretien par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 20/10/09

Mohamed Bouchiha ne se fait pas d'illusions sur la prochaine élection présidentielle en Tunisie : il estime que le Président Zine El Abidine Ben Ali l'emportera dimanche 25 octobre. Mais le secrétaire général du Parti de l'unité populaire (PUP) maintient néanmoins sa candidature. Il se présente contre plusieurs autres candidats, parmi lesquels le Président sortant, Ahmed Innoubli de l'Union démocratique unioniste (UDU), et Ahmed Ibrahim, du Mouvement Ettajdid. L'objectif de Bouchiha est de renforcer la prédilection des Tunisiens pour la concurrence et le pluralisme.

Magharebia : Tous les observateurs s'attendent à une victoire facile du Président Ben Ali lors des prochaines élections. Mais vous avez néanmoins décidé de vous présenter. Êtes-vous un aventurier ?

Bouchiha : Comme vous l'indiquez, les observateurs s'attendent dans leur grande majorité à ce que l'actuel Président Zine El Abidine Ben Ali remporte les prochaines élections. Mais cela ne veut pas dire pour autant que ma candidature soit une pure aventure, et ceci pour plusieurs raisons, dont la plus importante est que cette candidature a été la décision du Parti de l'unité populaire. La ligne du parti n'est en rien déterminée par un esprit d'aventurisme. Il a pris cette décision bien qu'il soit parfaitement conscient de l'actuel équilibre des pouvoirs.

Cela signifie que ma candidature poursuit des objectifs qui ne sont pas tous liés à une victoire aux élections. Il sont plutôt liés au fait que la démocratie ne peut exister sans une concurrence aux élections, même si les candidats appartiennent à des partis minoritaires, parce que ce qui importe en fin de compte, c'est de souligner le droit à la différence et à faire connaître des programmes, des visions et des conceptions différents.

Magharebia : Certains pensent que votre candidature n'est qu'une façade, pour donner l'apparence que les élections présidentielles sont pluralistes. Que leur répondez-vous ?

Bouchiha : Je leur dirais que ces allégations sont sans fondemant, parce que ma candidature à des objectifs politiques bien définis, notamment le fait de souligner le droit à la concurrence. Notre plateforme électorale est totalement différente de celle du candidat du parti au pouvoir. Cela prouve, en soi, que nous prenons cette candidature très au sérieux.

Magharebia : Quels objectifs pratiques poursuivez-vous ?

Bouchiha : Poser les fondements de la règle du partage du pouvoir par une alternance pacifique n'est pas une tâche aisée. Ce n'est pas quelque chose que vous inventez du jour au lendemain. Nous avons affaire à des traditions anciennes. Néanmoins, nous sommes convaincus que les décennies à venir témoigneront d'un changement dans l'équilibre des pouvoirs politiques. L'opposition pourra envisager la présidence, même si ce n'est pas le cas lors de ces élections. Nous croyons sincèrement que notre engagement éthique en faveur des électeurs nous oblige à affirmer nos objectifs pour cette phase et à les actualiser au vu de l'état actuel de la situation, en termes d'équilibre des pouvoirs.

Magharebia : Quelles sont vos promesses les plus importantes aux électeurs ?

Bouchiha : Nous proposons un programme électoral complet, qui s'articule sur la notion de l'équilibre entre les pouvoirs au niveau politique, ainsi que l'équilibre entre l'Etat et la société civile, sur les plans économiques et sociaux, par la réaffirmation du secteur public, la lutte contre l'évasion fiscale, le renforcement de l'égalité fiscale et le maintien des équilibres entre les diverses institutions.

Magharebia : Le chômage est un problème sérieux pour des milliers de jeunes en Tunisie. Quelles solutions envisagez-vous à ce problème ?

Bouchiha : Nous estimons que le chômage est un problème réel, que les efforts actuels n'ont pas réussi à résoudre. Nous pensons que la clé se trouve dans la poursuite du développement du climat de l'investissement et dans l'activation du rôle de l'Etat, notamment dans les affaires intérieures. De même, nous souhaitons plus de rigueur dans les mesures incitatives offertes aux investisseurs sans un quelconque impact positif sur les opérations en retour.

Magharebia : Que pensez-vous des libertés en Tunisie ?

Bouchiha : Les droits de l'Homme ont enregistré certains progrès en termes de législation et de l'état réel des affaires. Nous estimons toutefois que ce qui a été accompli doit être préservé en offrant aux institutions de la société civile une meilleure chance de renforcer les droits de l'Homme.

Magharebia : Comment jugez-vous les médias en Tunisie ?

Bouchiha : Les médias tunisiens ont encore un long chemin à parcourir pour pouvoir être en mesure de refléter les progrès accomplis par la société tunisienne. Nous pensons qu'il est nécessaire que la radio et la télévision mettent l'accent sur le concept de pluralisme.

Magharebia : Comment votre campagne électorale est-elle financée ?

Bouchiha : La campagne bénéficie des ressources financières publiques prévues par la loi.

Magharebia : Faites-vous confiance à l'Observatoire national des élections mis en place par un décret du Président Ben Ali ?

Bouchiha : Nous estimons que cet observatoire est responsable et crédible. Après les élections, nous ne manquerons pas d'évaluer ses performances, en espérant que le résultat de cette évaluation sera positif en termes d'impartialité de son président et de ses membres.

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