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2008-12-18

Entretien avec Sanaa Benachour

Interview par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis—18/12/08

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L'Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) a défini trois objectifs principaux lors de son dernier congrès en octobre, a déclaré sa nouvelle présidente Sanaa Benachour : lutter contre la dégradation de la condition économique des femmes en Tunisie, promouvoir l'égalité et lutter contre l'extrémisme religieux.

Mme Benachour, 53 ans, fille du célèbre érudit religieux Sheikh Al Fadhel Benachour, s'est entretenue avec Magharebia des objectifs de son association et de la manière dont "la diffusion des libertés publiques, y compris la liberté d'opinion et d'expression" est la meilleure manière de contrer le fondamentalisme.

Magharebia: Maintenant que vous êtes élue présidente, quels sont les dossiers urgents que vous envisager de traiter ?

Sanaa Benachour: Je voudrais d'abord, si vous le permettez, préciser le fonctionnement de notre association. C'est en effet dans le cadre de commissions collégiales que se traitent les dossiers, et dans le cadre du congrès et des assemblées que se fixent les priorités. Le travail est donc de nature collective. La présidente a un rôle de coordination, non de direction politique.

Nos priorités pour le mandat prochain sont de trois ordres : mettre davantage l'accent sur la précarité économique et les atteintes aux droits économiques et sociaux des femmes comme facteur aggravant les violences à leur encontre. Nous avons pu toucher du doigt, à travers notre centre d'écoute et d'orientation des femmes victimes de violences, cette dimension du problème qui cible en particulier les femmes : la question du logement, d'un foyer de halte ou de repos, le chômage, les conditions d'emploi, la sous-traitance, les revenus bas et les salaires minimum, les inégalités des droits successoraux, etc.

La deuxième priorité est en lien avec l'environnement politico-culturel général, qui se caractérise par les replis culturels, la montée des conservatismes religieux, les politiques autoritaires qui menacent les droits des femmes. C'est la raison pour laquelle nous allons nous consacrer à créer les voies de la communication, de l'échange et de la transmission culturelle, notamment par la formation. Nous voulons élargir la base de l'adhésion aux valeurs universelles d'égalité entre les sexes, de droits humains et de libertés fondamentales que véhicule le projet féministe et pour laquelle nous nous sommes engagées dans le cadre de notre association.

Le troisième axe consistera à renforcer les capacités de lobbying de notre association pour l'égalité, la non-discrimination, les droits, la citoyenneté. Malgré des avancées juridiques notables, la condition politique, économique, sociale et culturelle des Tunisiennes demeure encore bien précaire. C'est autour de ces multiples poches d'inégalité et de discrimination des droits que notre association se propose de se mobiliser.

Magharebia: Où en êtes-vous en matière d'égalité des droits d'héritage ?

Benachour: L'égalité dans le droit successoral continue d'être un mot d'ordre mobilisateur. En 2006, nous avons fait coïncider la revendication de l'égalité successorale avec le 50ème anniversaire du Code du Statut des Personnes. Pour ce faire, nous avons développé un argumentaire et un plaidoyer en quinze points que nous avons tenté en vain de faire adopter par les autorités publiques. Trois principaux axes y sont développés : des arguments sociologiques, des arguments juridiques et des arguments tirés de notre histoire culturelle. Nous demandons qu'il soit mis fin à aux privilèges masculins et religieux qui caractérisent encore le système successoral et en font un droit en porte à faux avec le principe d'égalité de tous devant la loi.

Nous sommes encore loin du compte, mais notre satisfaction est que sur cette question, nous sommes aujourd'hui, les femmes du Maghreb, solidaires. La revendication, si elle n'est pas formulée dans les mêmes termes par les différentes composantes du mouvement autonome des femmes du Maghreb, est partagée entre elles. C'est autour de ce thème qu'aura lieu à Tunis au mois de janvier le séminaire maghrébin sur l'égalité dans l'héritage. Parmi les questions qui y seront traitées, celles de définir notre stratégie d'action.

Magharebia: Comment endiguer le fondamentalisme ?

Benachour: A mon sens, la seule réponse est la démocratie, le respect de la règle de la loi, des libertés publiques, dont les libertés d'expression et d'opinion, la garantie des droits et de l'égalité entre les sexes. La politique d'instrumentalisation des mécanismes de la démocratie sans la démocratie, de répression et de verrouillage des libertés n'est pas une réponse. C'est même le contraire qui se produit : les frustrations alimentent les replis.

Comment endiguer le fondamentalisme quand aucune voix dissidente ou un tant soit peu critique ne peut se faire entendre ? Comment endiguer le fondamentalisme quand à longueur de colonnes de journaux, c'est un concert monocorde d'autosatisfaction et de déni de la réalité ? Comment endiguer le fondamentalisme quand la société civile se bat encore pour se faire reconnaître son droit à l'existence autonome ? Je peux multiplier encore et encore les interrogations.

Magharebia: Parlez-nous du prix que vous avez reçu en France.

Benachour: Le 10 décembre, à l'occasion du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, notre association [a reçu] le Prix des Droits de l’Homme 2008 de la part de la Commission Nationale Consultative de la République Française. Ce prix vient couronner un des axes de notre action contre les violences : celui de mettre en place au-delà du simple soutien psychologique et juridique, une cellule d’écoute et d'orientation des femmes victimes de violences et de violations des droits économiques et sociaux. Ce prix contribuera sans doute à renforcer les capacités du centre en vue d’apporter la réponse la plus adéquate aux besoins et aux attentes des femmes.

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    Anonymous 2011-5-31

    Il semble que vous ne publiez sur ce site que les choses qui sont alignées à votre démocratie et à vos absurdités !

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    BELDI 2011-5-30

    L'Histoire qui se souviendra de votre père et de votre grand-père vous maudira, vous et votre frère Ayad, pour la discorde que vous avez semé au nom du progrès et de la modernité. Personne n'est puni pour les actions commises par autrui. Je prends Dieu comme témoin que vous ne faites pas partie de ceux au sujet desquels Dieu dit "Quant aux croyants dont les enfants auront adopté la foi, Nous les réunirons à leur descendance". Mais vous faites partie de ces gens qui descendent du fils de Noé quand ce dernier lui a dit "O mon fils, embarque avec nous, et ne reste pas avec les infidèles !" Le fils lui a répondu :"Je vais grimper en haut d'une montagne : Cela me sauvera des éléments". Noé a dit :"En ce jour, rien ne peut nous sauver, par le commandement d'Allah, rien sinon pour ceux pour lesquels il a de la Miséricorde" ! Lisez l'Atahrir Wa Tanwir pour voir le vide.

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    Fatma 2011-5-12

    Bravo Madame Ben Achour!!! Toute institution doit évoluer, pour ne pas disparaître. Certains principes religieux admis et appliqués il y a 1500 ans ne peuvent plus être imposés de nos jours. Par exemple la punition qui consiste à couper la main de celui qui vole. Sachant que c'est l'esprit de l'homme qui guide sa main, ne serait-il pas plus judicieux d'éduquer les esprits, plutôt que de couper des mains, et faire des handicapés?

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    Abderrazek 2011-4-15

    Sana Ben Achour suivant les pas d'Iyadh Ben Achour. Leur slogan : Etre différents des autres, pour devenir célèbres.

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    Hédia karray-Grislain 2011-2-13

    certains commentaires donnent froid dans le dos!!!! ces femmes sont aussi j'imagine pour la lapidation et le fouet pour les femmes!!! Quelle horreur!!

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    ذكرى 2010-11-30

    Le travail des femmes est nécessaire pour qu'elles puissent prouver leur existence.

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    Ellen 2010-11-20

    Bravo Madame à vous et votre association. en tant que femme, je suis certaine que notre libération sur tout les plans est la seule voie à plus de bonheur sur la planète; Un pays qui ne permet pas aux femmes d'avoir les mêmes droits aux H et aux F est un pays qui ne peut décoller économiquement. avec les femmes, il n'y aurait plus de guerre. Vive les femmes aux pouvoirs à condition qu'elles développent leur propre manière d'être sans copier les hommes. je suis contre les traditions surtout religieuse qui bien que ayant perdu tout leur sens, continue d'être appliquées sans analyse. ex : pourquoi les H marchent ils devant les F ? et bien parce que dans le désert c'était important que l'H sorte en premier pour vérifier qu'il n'y avait pas de danger :-) Il prenait soin de sa famille. Mais aujourd'hui dans un mall est ce nécessaire ? non bien sur. la tradition n'ayant plus de sens devrait donc disparaitre. Et bien non elle est dans les moeurs et continue d'être transmise sans compréhension.

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    hussein 2009-3-7

    Il n'y a pas de commentaire.

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    Ksaier elyess 2009-2-12

    je crois qu'on a besoin d'une auto critique nous les hommes... je vous soutiens Mme ben achour

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    معتزّ بدين الله 2008-12-26

    La paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur vous. A l'auteur du commentaireديني هو يقيني “Ma religion est ma conviction.”. Que Dieu vous récompense pour tout le bien, qu'il accorde le repos à vos parents et qu'il vous conserve sur le bon chemin. A Mme Sana Benachour, avec tout le respect que je vous dois, cessez votre guerre contre la religion de Dieu. Repentez-vous devant Dieu avant de retourner vers Lui, vous resterez devant Lui pour être jugée, et Dieu Tout-Puissant vous demandera : "Connaissez-vous mieux que Dieu ? Que répondrez-vous alors ? Je vous laisse le dire. Rien ne sera d'aucune aide pour vous, ni le Tahar Hadad, ni votre prix en France ou quoi que ce soit d'autre. Enfin, je vous remets en mémoire la parole d'Omar Ben Khattab,que Dieu le bénisse, quand il est entré à Jérusalem : "Nous sommes des gens qui avons été honorés par Dieu avec l'Islam, et si nous cherchons l'honneur dans autre chose que l'Islam, Dieu nous humiliera". Pour terminer, je demande à Dieu Tout-Puissant d'ouvrir le coeur de la soeur Sana pour qu'elle accepte les ordres de Dieu, pour qu'elle se protège, elle et ses disciples, des empoisonneurs occidentaux qui complotent le vice pour nous. Que Dieu nous guide tous vers le droit controversé par la force de Sa volonté, car Il est capable de cela. Avant de dire au revoir, je vous renvoie à cet article “Comparaison entre la vision islamique complémentaire de l'homme et de la femme et sa rivale, la vision laïque ” dans lequel l'auteur souligne le haut-rang de la femme dans l'Islam et met à nu les complots de la laïcité contre elle http://www.saaid.net/female/0137.htm. La paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur vous.

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    ديني هو يقيني 2008-12-20

    Au nom de Dieu. La paix et la prière soient sur le messager de Dieu. Je vous sollicite et je vous appelle de la voix la plus forte, levez vos mains vers la charia islamique. Levez vos mains vers les règles ordonnées par Dieu Tout-Puissant, Ses recommandations et ses commandements contenus dans Son Livre saint, dans les versets de l'héritage de la Sourate Anissae : "Ce sont les limites données par Allah, et celui qui obéira à Allah et à Son Apôtre, Dieu le fera entrer dans ses jardins au-dessous desquels coule une rivière, pour y demeurer ; et c'est là le grand achèvement". Dieu dit la vérité. Alors comment pouvons-nous transgresser les limites de Dieu dans l'héritage et demander une égalité injuste et inéquitable entre l'homme et la femme ?!!(Au fait, je suis une femme, mais j'accepte les ordres que Dieu nous a donné à nous, les femmes). Nous devrions appeler les sociétés à offrir tous les droits aux femmes, sans réduction et sans excès. Mais cela devrait se faire selon les règles de Dieu Tout-Puissant. Vous devriez tirer les leçons de ce qui se passe aujourd'hui en Egypte. On a accordé le droit aux femmes de divorcer de leurs maris au nom de la loi Khola. Le résultat en est que les rapports tombent de partout, affirmant que l'Egypte est à la tête des pays du monde en terme de divorce. Ô vous, écoutez. Dieu qui vous a créés connaît mieux votre intérêt que vous. Alors cessons l'occidentalisation et les étrangetés. Vous êtes devenus plus occidentaux que l'Occident lui-même. Vous vous qualifiez vous-mêmes et vos frères moudjahidins en Palestine et en Irak de terroristes. Vous reniez les textes et les règles de votre religion. Alors cessez vos futilités et éveillez-vous, par Dieu. Ne restez pas à glisser derrière une minorité qui tente de vous tromper. Ô Seigneur j'ai transmis mon message, ô Seigneur sois mon témoin.

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    Taha Ben Khoud 2008-12-20

    Je voudrais tout d'abord saluer Mme Benachour pour ses commentaires et son analyse, et exprimer des pensées diverses qui pourraient aider à développer une dimension objective parmi les déclarations intellectuelles. J'ai maintenant 43 ans et je me souviens encore d'un moment mémorable alors que j'étudiais à l'école secondaire. Notre professeur de géographie était en train de commenter l'évolution saine et positive des efforts menés par le pays et visant à accorder à la moitié de la société le droit de s'exprimer et de s'émanciper. Une fille était fière de M. Habib Bourguiba, ancien Président tunisien, et argumentait que Bourguiba serait à l'origine de cette émancipation. Le professeur a réagi en envoyant un message clair et une réponse. "Les droits sont le résultat -et l'affaire- des volontés et n'ont jamais été offerts par un tiers". Je suis d'accord sur le fait que les femmes en Tunisie doivent travailler à améliorer leur situation, mais personne n'arrête l'évolution positive et saine qu'elles vivent aujourd'hui dans un pays libéral comme la Tunisie. Je voyage toujours avec des invités venant des Etats-Unis, du Canada et d'Europe, et je dis à tout le monde que les femmes tunisiennes n'ont pas besoin qu'on prenne leur défense, elles sont capables de le faire toutes seules et elles peuvent profiter d'endroits pour exercer cette volonté.

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