2008-09-22
Les Algériens s'interrogent sur un projet de loi augmentant le salaire des parlementaires
Par Said Jameh pour Magharebia à Alger – 22/09/08
La chambre basse du parlement algérien a approuvé un projet de loi controversé lors d'une session spéciale du 17 septembre, qui permettra, s'il est adopté, d'augmenter le salaire des députés en activité de plus de cinquante pour cent. Cette proposition a déclenché une vague de réactions très diverses au sein des partis et de l'opinion publique.
Aux termes de cette nouvelle loi, les salaires versés aux membres du parlement seraient revalorisés, passant de 230 000 dinars par mois à plus de 360 000, des chiffres plus conformes à ceux des salaires des hauts responsables de l'administration. Le gouvernement a défendu son projet de loi, citant le Code de la fonction publique qui autorise des augmentations de salaires pour 1,5 million de fonctionnaires, y compris le Président et les membres de son gouvernement.
Cette augmentation est une mesure "juste et logique", explique Mahmoud Khoudari, Ministre des Relations avec le Parlement, et est destinée à "renforcer la position et le rôle des parlementaires au sein de la société".
Le Parti des Travailleurs a réfuté de telles justifications, suggérant, si ce projet de loi est adopté, que cette augmentation risque de modifier la motivation des parlementaires, la faisant passer du sens des responsabilités politiques à la poursuite de l'enrichissement personnel.
De plus, affirme Louisa Hanoune, la secrétaire générale du Parti des Travailleurs, cette augmentation risquerait d'éloigner un peu plus les parlementaires élus de citoyens souffrant déjà d'une baisse de leur pouvoir d'achat, qualifiant cette décision de "scandale" et de "trahison envers le peuple".
Elle a fermement critiqué le manque de débat ouvert sur la question, accusant le gouvernement de prendre une décision unilatérale.
Un avis que partagent les représentants du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD). Le député Boubeker Dergueni a affirmé que cette décision d'augmenter les salaires en des temps économiques difficiles pour les Algériens était une mauvaise décision.
Le gouvernement, a ajouté M. Dergueni, se doit de créer un climat démocratique permettant aux députés de faire leur travail, et non de prendre une mesure qui leur permettra de "se remplir les poches".
Les partisans de cette mesure ont dénoncé ces positions comme une "hypocrisie politique", affirmant que personne ne voudrait "refuser une augmentation de salaire".
Ahmed Issaad, membre du Mouvement pour la Société de la Paix (MSP), a déclaré lors d'un entretien avec Magharebia que cette augmentation était une tentative de rééquilibrer la balance entre les salaires des parlementaires algériens et ceux perçus par leurs homologues tunisiens et marocains. Il a cité une étude portant sur cinquante parlements africains, qui classe les salaires algériens dans les trois derniers, moins que ceux en vigueur dans certains des pays d'Afrique les plus pauvres.
M. Issaad a affirmé que cette augmentation permettra aux parlementaires de mieux répondre à leurs obligations et aux nombreuses demandes des électeurs, dans la mesure où leurs interventions impliquent dans certains cas le paiement des factures d'eau et d'électricité pour certains citoyens.
Miloud Chorfi, du Rassemblement National Démocratique (RND), a déclaré à Magharebia que cette augmentation de salaire est une décision naturelle et habituelle, qui s'inscrit dans le cadre des augmentations accordées à tous les salariés de la fonction publique.
Said Bouhedja, responsable de la communication avec les médias du Front de Libération Nationale (FLN), a affirmé que les parlementaires ont des obligations dont de nombreux citoyens n'ont pas conscience et que cette augmentation, loin de couper le lien entre les élus et leurs électeurs, le renforcera au contraire.
Cette augmentation n'a pas échappé à la critique de l'opinion publique. Nombre de citoyens ont fait part de leur surprise, étant donné l'image négative du rôle joué par les parlementaires dans la défense des intérêts des citoyens.
Salim Elamar, employé dans un cabinet comptable privé, explique qu'il serait plus intéressant de faire bénéficier les citoyens d'une telle augmentation plutôt que les députés, qui ne font que défendre les mesures gouvernementales.
Il a indiqué que cette augmentation était destinée à inciter les parlementaires à "approuver les amendements constitutionnels nécessaires devant être déposés sur le bureau du parlement avant la fin de l'année", qui permettront au Président Abdelaziz Bouteflika de briguer un troisième mandat.
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![[Said Jameh] Un vote par la chambre basse du parlement algérien visant à augmenter le salaire des députés de plus de cinquante pour cent a donné lieu à des réactions très mitigées dans l'opinion publique.](/awi/images/2008/09/22/080922feature1photo-271_179.jpg)
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