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2008-06-13

Les pays du Maghreb divisés sur la proposition d'Union Méditerranéenne

Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 13/06/08

Un mois avant le sommet de Paris, une rencontre organisée mardi 10 juin dans la capitale libyenne a mis à jour de nombreuses différences entre les leaders du Maghreb sur le projet d'Union Méditerranéenne présenté par la France.

Ce mini-sommet de Tripoli rassemblait les chefs d'Etat de Tunisie, d'Algérie, de Syrie, de Mauritanie, et le Premier Ministre marocain, tandis que le cabinet du Président égyptien Hosni Moubarak parlait d'un calendrier trop chargé pour expliquer son absence.

Dès l'ouverture de cette session consultative de trois heures, le leader libyen Moammar Kadhafi a annoncé son rejet de la proposition d'Union Méditerranéenne, affirmant qu'elle pourrait potentiellement "affecter l'unité arabe et africaine". Et Kadhafi d'ajouter : "Nos pays sont membres de la Ligue Arabe et de l'Union Africaine, et nous n'allons pas hypothéquer cette unité arabe et africaine. S'ils souhaitent la coopération, ils devront passer par le Caire et Addis Abbeba."

Les participants se sont séparés sans publier de déclaration commune, contrairement à ce qui est habituel lors de telles rencontres. Une source diplomatique en Libye, qui a préféré rester anonyme, a déclaré : "Ce sommet a aggravé les désaccords sur la position à prendre concernant cette proposition faite en juillet dernier en Tunisie par le Président français Nicolas Sarkozy."

"D'une part", a poursuivi cette source, "on voit que les responsables tunisiens, marocains et égyptiens sont enthousiastes, ce qu'ont exprimé leurs dirigeants à plusieurs reprises ; mais d'autre part, on voit aussi l'hésitation des Algériens et le rejet complet des Syriens."

Mercredi dernier, le site web Libya Today avait abordé les différences entre les pays arabes concernant la possible répartition des rôles au sein de cette union : "L'Algérie a fait part de son ressentiment après avoir appris que le Caire serait susceptible de partager la présidence conjointe de l'union avec un pays du Nord de la Méditerranée, tandis que le secrétariat général serait basé à Tunis et dirigé par un Marocain."

La France a été prompte à réfuter ces conjectures, que Mme Michèle Alliot-Marie, Ministre de l'Intérieur, a qualifiées de "rumeurs" lors de sa visite en Algérie le mois dernier.

Les autres réserves exprimées par les pays méditerranéens portent sur le processus décisionnaire de cette union et les relations avec Israël.

Malgré ces inquiétudes et le rejet définitif de cette initiative par la Libye, le gouvernement tunisien est favorable à cette union. Mercredi, La Presse a renouvelé la position favorable de la Tunisie envers l'Union Méditerranéenne, soulignant la "nécessité de travailler d'arrache-pied pour renforcer les piliers d'une sphère méditerranéenne de dialogue, de partenariat et de développement conjoint".

Dans une déclaration à Magharebia, Samir Abdallah, ancien membre de la Chambre des Conseillers, a exclu la possibilité que la position du leader libyen puisse avoir un effet durable sur cette union. M. Abdallah a déclaré que ce rejet est conforme "à un point de vue idéologique plutôt qu'à une vision politique réaliste répondant aux intérêts des peuples de la région, qui ont besoin des investissements des pays du Nord pour assurer leur développement et leur prospérité économique et sociale".

Le politologue Borhane Besais ne partage toutefois pas cet avis, affirmant que la position libyenne "ouvre à nouveau le débat sur l'importance de l'Union Méditerranéenne, et ralentira l'impulsion donnée par la France".

"La position de la Libye m'a surpris", a-t-il déclaré, "en particulier dans la mesure où Kadhafi lui-même s'était félicité de ce projet lors de sa récente visite en France. Néanmoins, cette position fera attendre les partenaires méditerranéens, permettra de mener des consultations en profondeur et de préciser les rôles en toute transparence."

M. Besais a ajouté qu'une analyse en profondeur de ce processus permettra aux nations du Maghreb de signer des accords en qualité de partenaires, et non en tant que pays isolés.

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