2008-02-14
Les arrestations dans le cadre du complot d'assassinat au Danemark réalimentent la controverse sur les caricatures
Jamel Arfaoui et Imane Belhaj ont contribué à cet article – 14/02/08
La récente arrestation de trois hommes impliqués dans un complot d'assassinat du caricaturiste danois Kurt Westergaard – connu pour ses caricatures publiées en 2005 montrant le prophète Mahomet comme un terroriste – a déclenché un large éventail de réactions au Maghreb, allant du silence à la condamnation.
Les services danois de renseignement et de sécurité ont annoncé mardi 12 février ces arrestations, identifiant les suspects comme étant deux Tunisiens et un Danois d'origine marocaine. Des sources de sécurité ont indiqué que ces trois hommes avaient été arrêtés dans la ville de Aarhus, dans l'ouest du pays, après une surveillance prolongée.
Ces caricatures avaient à l'origine été publiées dans l'édition du 30 septembre 2005 du quotidien danois Jyllands-Posten, déclenchant une telle vague de protestations dans le monde entier que de nombreux intérêts danois avaient été violement pris pour cible. Les missions diplomatiques danoises avaient été fermées à Damas et à Beyrouth, et plusieurs personnes avaient été tuées au Nigeria, en Libye et au Pakistan.
![[Getty Images] Vue du bâtiment à Aarhus, au Danemark, où deux Tunisiens et un Danois d'origine marocaine ont été arrêtés mardi 12 février sur des soupçons de tentative d'assassinat du caricaturiste danois Kurt Westergaard, auteur de l'une des caricatures controversés du prophète Mahomet publiées en septembre 2005.](/awi/images/2008/02/14/080214feature1photo-271_179.jpg)
[Getty Images] Vue du bâtiment à Aarhus, au Danemark, où deux Tunisiens et un Danois d'origine marocaine ont été arrêtés mardi 12 février sur des soupçons de tentative d'assassinat du caricaturiste danois Kurt Westergaard, auteur de l'une des caricatures controversés du prophète Mahomet publiées en septembre 2005.
![[Getty Images] Un imam tente de clamer les manifestants devant l'ambassade du Danemark à Beyrouth, lors des affrontements violents du 5 février 2006. L'avocat tunisien Lazhar Al-Akrami a déclaré à Magharebia que "tuer sous le prétexte que les caricaturistes ont manqué de respect au prophète Mahomet est stupide".](/awi/images/2008/02/14/080214feature1photo2-271_179.jpg)
[Getty Images] Un imam tente de clamer les manifestants devant l'ambassade du Danemark à Beyrouth, lors des affrontements violents du 5 février 2006. L'avocat tunisien Lazhar Al-Akrami a déclaré à Magharebia que "tuer sous le prétexte que les caricaturistes ont manqué de respect au prophète Mahomet est stupide".
Les médias du Maghreb ont reproduit une déclaration de Abdelhamid Al Hamdi, porte-parole du Conseil Islamique Danois, dans laquelle il affirme que les Musulmans du Danemark rejettent la violence. Il précise que le dernier mot reviendra à la justice, qui doit encore faire la lumière sur cette affaire, y compris l'admissibilité des charges à l'encontre des accusés.
Condamnant ce projet d'assassinat, le conseil a souligné que les divergences doivent être traitées par les voies légales et a appelé les responsables politiques et les médias à faire preuve de raison et à ne pas utiliser les récents événements pour envenimer la situation.
Lorsque les médias locaux ont rapporté l'affaire, certains observateurs ont condamné ceux qui comptaient perpétrer cet assassinat, tandis que d'autres critiquaient les journaux danois qui ont republié ces caricatures après les arrestations de mardi.
Le sociologue marocain Ali Foudail a expliqué à Magharebia que les événements survenus au Danemark avaient déjà remis l'affaire des caricatures sur le devant de la scène, et que leur réimpression ne résoudrait rien. "Il est le Prophète, la plus noble de toutes les créations divines – il n'est pas seulement un chef d'Etat. Par conséquent, les Musulmans ne peuvent tolérer l'insulte à son égard. Les Danois auraient dû laisser le dossier clos pendant que l'enquête suit son cours."
Younis, un étudiant marocain, explique : "Les Danois ont exagéré leur réaction à la nouvelle, en décidant de republier ces caricatures blessantes. Je ne sais pas pourquoi certains demandent aux Musulmans de faire preuve de prudence et de self-control quand leur religion et leur prophète sont peu respectés, alors qu'en même temps, ils provoquent consciemment nos sentiments au nom de la liberté d'expression."
Cet étudiant affirme que les Marocains "condamnent le meurtre sous toutes ses formes", mais que certains "ennemis de l'Islam profitent de la faiblesse des Musulmans pour les provoquer, afin de pouvoir ensuite les qualifier de terroristes".
Les autorités danoises ont fait savoir que le ressortissant danois sera relâché après son interrogatoire et que les deux Tunisiens seront expulsés.
Ces expulsions ont déclenché de vives critiques de la part des militants danois des Droits de l'Homme. Christoffer Badse, avocat de l'Institut Danois des Droits de l'Homme, a déclaré à l'AFP qu'il trouvait "profondément troublant que les raisons de ces expulsions ne soient pas jugées par un tribunal indépendant."
Me Franz Wenzel, qui représente d'un des Tunisiens, a affirmé à la télévision danoise : "Il est incompréhensible que nous puissions relâcher l'un des trois suspects dans cette affaire, un citoyen danois, pour manque de preuve, tout en expulsant deux étrangers sans en connaître la raison ni leur donner une chance de se défendre devant un juge."
L'avocat tunisien Lazhar Al-Akrami a déclaré à Magharebia qu'il s'attendait à ce que les deux expulsés soient interpellés aux termes de la législation antiterroriste adoptée en Tunisie en 2003.
"Si cet acte est avéré", a-t-il déclaré, "ce sera une honte. Tuer sous le prétexte que les caricaturistes ont manqué de respect au prophète Mahomet est stupide."
Pour Me Al-Akrami, il s'agit d'une incompréhension entre les sociétés musulmane et chrétienne. "Je ne pense pas que ces caricaturistes soient opposés à l'Islam en tant que tel – ils ont plutôt une notion différente de la manière de traiter les questions religieuses."
Sofiene Ben Hmida, journaliste et membre du comité directeur de la Ligue Tunisienne pour la Défense des Droits de l'Homme, a déclaré à Magharebia qu'il redoutait l'impact négatif que ces arrestations pourraient avoir sur les autres Musulmans vivant à l'étranger. "J'espère que ces fanatiques psychopathes ne seront pas assimilés à notre civilisation. Ces excentriques ne doivent pas être confondus avec la majorité des immigrants résidant en Europe."
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chaimae 2008-2-15
Nous remercions votre honneur pour cette information rare et que Dieu accorde la victoire aux justes.
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