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2007-08-12

Rencontre avec Zhor Chekkafi, première femme à la tête d'un parti marocain

Interview réalisée par Imane Belhaj pour Magharebia à Casablanca – 12/08/2007

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La création récente du Parti Socialiste Démocratique (PSD) a suscité l'intérêt du public en étant le premier parti du pays dirigé par une femme. Il a dorénavant une grande visibilité dans le paysage politique du Maroc dans la course aux élections législatives du mois de septembre.

Zhor Chekkafi, Secrétaire-Générale du Parti Socialiste Démocratique (PSD) a parlé à Magharebia du rôle de la femme dans la politique marocaine, et de la bataille en cours menée pour modifier les opinions ancrées. Elle affirme que le PSD croit fortement en la transition démocratique qui se déroule actuellement au Maroc, et déclare que le parti doit envoyer un signal fort à la classe politique du pays : les femmes représentent la moitié de la société, et doivent participer au processus politique.

Magharebia: Comment ressentez-vous le fait d'être la première femme à diriger un parti politique ? N'est-ce pas une énorme responsabilité qui pèse sur vos épaules ?

Chekkafi: C'est une responsabilité difficile parce qu'elle relève de l'honnêteté par dessus tout. En tant que femme, je ne pense pas que cette responsabilité diffère de celle d'un homme. Mais nous savons que les femmes ont d'autres responsabilités, au foyer et avec les enfants ; ce phénomène a pour résultat que les responsabilités sont doubles. Si les femmes avaient les mêmes opportunités que les hommes, en termes d'éducation et de pratique, elles seraient alors poussées à la limite maximale de leurs responsabilités. Grâce à Dieu, aujourd'hui chaque femme assume un certain travail, et elle donne le meilleur d'elle-même à honorer la responsabilité qui lui a été donnée. En ce qui me concerne, j'espère me montrer à la hauteur de ma tâche et ne pas décevoir ceux qui m'ont fait confiance, parce que mon unique objectif est de servir mon pays.

Magharebia: Quand avez-vous eu l'idée de créer un nouveau parti, avec une femme au poste de Secrétaire-Générale ?

Chekkafi: L'idée s'est présentée dans l'urgence après les élections municipales de 2003. Personne ne pensait alors à un parti dirigé par une femme. J'ai été la seule femme à me rendre aux réunions qui débattaient de la création du parti. Après, d'autres femmes sont venues, et le travail commençait à grossir. Au début de l'année 2006, l'idée était complètement concrétisée. Malgré tout, nous voulions nous différencier par rapport aux autres partis. Mettre une femme au poste de Secrétaire-Général était la manière de nous distinguer que nous recherchions. J'ai été choisie parmi trois ou quatres autres femmes, non parce que j'étais la meilleure, mais parce que c'était moi qui avait le plus d'expérience dans le travail politique, que j'avais graduellement pratiqué.

Magharebia: Vouluez-vous effectivement que ce parti soit féminin ? Et vouliez-vous un parti afin de combattre la domination masculine en politique ?

Chekkafi: Cette idée selon laquelle un parti puisse être un 'parti de femme' m'apparaît comme une provocation, parce que je crois en une égalité des sexes absolue. Et en ce qui concerne la 'lutte contre la domination masculine', je n'ai aucun complexe à ce sujet. J'ai toujours été soutenue par des hommes dans toutes les étapes de ma vie professionnelle et politique. Et même, je trouve que notre société marocaine soutient souvent les femmes, parce qu'elle est raffinée et civilisée. Le meilleur exemple en est ma victoire au cours des élections municipales de 1997, où je me présentais face à cinq hommes et où j'ai gagné, avec une différence de 120 voix. Cela constitue une preuve que le Maroc, même dans les zones rurales, commence à apprécier le rôle et les compétences de la femme. C'est pourquoi les marocains sont prêts à soutenir les femmes, si elles possèdent le niveau de compétence désiré.

Malgré tout, le vrai problème réside dans le fait que nos partis nationaux ne font rien pour soutenir les femmes ou pour les présenter lors des élections. C'est pourtant contraire à l'égalité et à la démocratie qu'ils revendiquent dans leurs discours. En pratique, les femmes sont toujours absentes. Même la demande du mouvement des femmes qui réclamait un quota n'a eu aucun effet, même si j'ai moi-même des réserves sur le quota parce que je le trouve humiliant pour les femmes. Nous avons lutté très durement pour, au final, obtenir un quota qui n'excède pas dix pour cent, et ce plutôt que d'avoir combattu pour que les partis nomment enfin des femmes cadres, et qu'elles aient des compétences à grande échelle.

Magharebia: Mais sans quota, les femmes n'auraient aucune chance ?

Chekkafi: Il aurait été mieux de mettre la pression sur les partis, et de les boycotter en tant que femmes, parce que cela aurait eu pour conséquence d'éloigner la moitié de la société. Ces partis ne pourraient plus rien faire sans cette moitié. Je n'ai jamais été satisfaite de cette manière de traiter les femmes. Mais je respecte la lutte de mes soeurs et leur opinion relative à la discrimination positive, même si je pense qu'il n'y a rien de pire qu'une discrimination, qu'elle soit 'positive' ou 'négative'.

Magharebia: Comment votre parti se positionnera-t-il vis à vis des femmes et de la jeunesse ?

Chekkafi: Nous sommes pour l'égalité absolue entre les sexes. Nous croyons en les capacités, les compétences, et la faculté de donner. Il est vrai que la majorité est encore masculine chez nous, mais nous voudrions que les jeunes (moins de 40 ans) puissent représenter 50% de nos membres, hommes et femmes confondus. De manière générale, plusieurs membres du parti ont moins de 50 ans, et n'ont aucune expérience politique. Ils sont juristes, ingénieurs, hommes d'affaires, il y a aussi des femmes journalistes et professeures qui ont tous en commun le désir de changement. En conséquence, nous les avons poussé en avant et nous leur avons donné des rôles qui leur permettent de s'engager en politique.

Magharebia: Demanière générale, comment évaluez-vous le rôle des femmes au Parlement marocain ?

Chekkafi: Les femmes ont toujours fait preuve d'un travail sérieux et responsable. Elles ont aussi prouvé leur capacité à traiter les questions les plus difficiles. Le fait que les femmes aient atteint un niveau de maturité politique est la raison pour laquelle les hommes se sont efforcés de les marginaliser. Les femmes ont fait des contributions importantes lors des sessions parlementaires, mais, comme je viens de le dire, elles se sont trouvées opposées à une mentalité masculine qui n'acceptait pas de leur donner une chance de travailler, ou de tenter de participer aux processus de prises de décisions.

Magharebia: Avez-vous une idée de la carte politique de l'après 7 septembre, jour des élections ?

Chekkafi: Nous ne pouvons faire aucune prédiction, mais nous espérons que les prochaines élections nommeront des gens sérieux qui tenteront de promouvoir les secteurs de base, ceux qui sont à la base du progrès pour le citoyen ; plutôt que des gens qui perpétueront les différences et feront disparaître l'esprit de citoyenneté chez les enfants et dans la jeunesse, ce qui pourrait se transformer en bombe à retardement - nous devons nous soucier d'eux en tant qu'êtres humains.

Magharebia: Y a-t-il des partis que vous trouvez proches de vos principes et de vos attitudes, avec lesquels vous pourriez songer à une alliance à l'avenir ?

Chekkafi: Jusqu'à présent nous n'avons encore déterminé aucune possibilité d'alliance, en particulier parce que nous ne nous considérons pas comme un parti de gauche, de droite ou du centre. Nous sommes plutôt simplement un parti démocratique, ni plus, ni moins. Nous voulons voir les choses de manière réaliste et nous ne voulons pas être qualifiés d'infantiles.

Magharebia: Pensez-vous vous aussi que le Parti de la Justice et du Développement est favori pour les élections à venir ?

Chekkafi: Je crois que c'est un peu exagéré. Je n'accorde pas de crédit aux sondages ni aux enquêtes d'opinions qui font de la publicité gratuite. La réalité est que les islamistes sont présents dans l'arène, nous ne pouvons le nier, mais ils ne connaissent pas mieux que quiconque les calculs politiques.

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  1. Anonymous thumb

    ريان 2014-6-16

    Dieu attend mais ne néglige jamais. Ce qu'a fait Chekkafi à la population de Douar Chekakfa dont elle est originaire, ce qu'a fait cette année Zhor Chakkafi, seuls les Israéliens peuvent le commettre à l'égard des Palstiniens . Elle a attaqué la population du village avec un groupe de voyous, elle souillé leurs corps par la force, menaçant par ses positions et ses relations à Rabat pour supprimer le village de la surface de la terre. J'espère que le lecteur de ce commentaire ne l'éliminera pas et laissera Chekkafi répondre à cette question. Craignez-vous Dieu dans ce que vous faites ? Dieu est au-delà de tout. Donnez leurs droits aux pauvres, O leader des droits partisans !

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    حمو العربي 2014-5-27

    La meilleure chose dite par le secrétaire-général du parti "Nous ne nous considérons pas comme un parti de gauche, de droite ou du centre. Nous sommes plutôt simplement un parti démocratique, ni plus, ni moins. Nous voulons voir les choses de manière réaliste et nous ne voulons pas être qualifiés d'infantiles." Oui, cela veut dire un parti pour tous, pour l'intérêt public de tous les fils de la patrie... Ce parti me représente certainement.

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    Anonymous 2007-8-29

    En 1982, en France, le gouvernement socialiste (avec Pierre Mauroy et Yvette Roudy) instaure le caractère officiel de la célébration de la journée de la femme le 8 mars. suite et fin ! nous avons encore du chemin à faire courage, nous avons une grande responsabilité l'éducation et tout passe par là. Cordialement anna

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    Lamrini 2007-8-12

    "En tant que femme, je ne pense pas que cette responsabilité diffère de celle d'un homme. Mais nous savons que les femmes ont d'autres responsabilités, au foyer et avec les enfants ; ce phénomène a pour résultat que les responsabilités sont doubles" Avec tous mes respects aux femmes, les hommes au Maroc font plus de travaux que leurs femmes : ils font aussi la cuisine (si leurs femmes travaillent)ou ils apportent "des bonnes" pour les aider et ce sont eux qui les payent, ils vont au souk, ils emmènent les enfants à l'école, ils payent les factures d'eau, d'électricité et du téléphone,ce sont sont eux qui se chargent de toutes les dépenses à la maison et de l'achat de la voiture et de la maison, ils achètent de l'or à leurs chères femmes, ils sont obligés d'entendre et de réaliser avec un baton magique ce qui disent leurs chères femmes même s'ils ont un salaire maigre sinon elles vont se mettre en colère et cela pourra se traduire par pas mal de chose, parmi elles je cite la femme ne veut pas coucher avec son mari ou la mise en quarantaine..............etc

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    EL BAKI Mohamed 2007-8-12

    Hommes,femmes,mêmes droits et mêmes devoirs,l'égalité et la parité dans toutes les administrations,services,entreprises, partis politiques , organisations syndicales et dans la vie associative je suis pour.Félicitations à Madae Zhor CHEKKAFi pour son élèction en tant que Secrétaire Générle du PSD.Un exemple à suivre.C'est l'intêret général du pays qui compte et non l'ambition personnelle.Au Marocen particulier et dans l'ensemble des pays du Grand Maghreb,des femmes s'investissent dans différens domaines qui étaient "réservés" aux hommes.Les mentalités changent,et pour aller vers le progrés nous avons besoins de toutes et tous... Mohamed EL BKI, Retraité S N C F/Conseiller municipal. Militant politique,sndicaliste et associatif.

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    acharif moulay abdellah bouskraoui 2007-8-12

    Cher soeur Zhor Chekkafi ,je suis pas un homme de politique mais je voudrais simplement vous souhaitez bonne chance et vous presenté mes sincères felicitations car vous doné l'exemple de la femme marocaine qui merite tout le respect dans un pays de droit et qui sous legide de SM Mohamed6 fait des pats de geant vers un avenir promettant à tous les marocains .bonne chance et j'espère que vous serez l'exemple pour d'autres.

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