A Casablanca, un marché mystérieux où les souhaits se réalisent

2009-10-23

Illusion, superstition et commerce se combinent au "marché du gri-gri" de Casablanca. Quels que soient les problèmes des clients, un énigmatique achab a la solution magique à proposer.

Texte et photos par Hassan Benmehdi pour Magharebia à Casablanca – 09/10/23

Au marché de Derb Soltane au Maroc, on trouve des potions magiques pour tout, de la recherche de l'âme soeur à celle d'un meilleur travail.

Des choses étranges se passent au souk Jmiâa de Derb Soltane, à Casablanca.

Les personnes qui souhaitent se marier, divorcer, trouver un travail, gagner la confiance de leur patron, obtenir une augmentation, remporter une élection, réaliser un bon chiffre d'affaires, réussir en sports, soigner une infirmité ou trouver le véritable amour se tournent vers les vendeurs de rêves du Marché du Gri-gri et leurs formules magiques.

"Nous avons tout ce qu’il faut pour vos attentes, ambitions et angoisses", expliquent aux clients les achaba (apothicaires) du marché "magique" de Jmiâa d'une voix rassurante et apaisante, depuis une centaine d'années.

Ce vieux souk marocain abrite des vendeurs de produits médicinaux fabriqués à partir de peaux et de dents d'animaux, de pelures de fruits, de plantes en poudre, d'herbes séchées et même d'ingrédients encore plus étranges originaires du monde entier.

Sur ce marché composé d’une cinquantaine de petites baraques, la chasse aux clients est permanente du fait de la forte concurrence. Les produits et les formules sont vendus par des intermédiaires très persuasifs ou par les achaba eux-mêmes.

"Venez uniquement voir", disent-ils. "Venez voir même si vous ne voulez rien acheter."

Les achaba – en majorité des hommes de moins de 50 ans – sont connus pour leur regard pénétrant. Un regard presque hypnotisant qui a la capacité magique d'attirer les clients potentiels.

Abdelkbir, la quarantaine, vend des Al Ächoubs (des produits médicinaux traditionnels) depuis plus de vingt ans. Il explique à Magharebia que le métier de achab nécessite de l'audace pour attirer les passants et leurs vanter les produits et leurs utilités.

"Les clients sont en général timides et n'osent pas souvent s'adresser à nous pour leurs besoins", explique-t-il. "Prendre l'initiative de les appeler ou les faire parler reste une manière pour nous de les encourager à vaincre leur timidité et nous parler sans tabous."

Dans sa petite baraque de quelques mètres seulement, Abdelkbir estime répondre à un besoin ultime de ses clients. Il vend des rêves.

"Nous serons là tant que la société continuera de s'adresser à nous", nous affirme-t-il.

Le prix des potions magiques va de quelques dirhams à plus de 20 000.

Comme nombre d'achaba du souk Jmiâa, Abdelkbir a hérité son commerce de son père.

"Mon père était un vendeur de produits médicinaux traditionnels et en même temps un guérisseur à Ouarzazat, et c’est le destin, comme on dit, qui m’a poussé à devenir achab."

Il y a quantités de raisons pour lesquelles les Marocains font confiance aux achab. Pour de nombreuses personnes confrontées à des conditions économiques difficiles, les services mystiques des médiums et des guérisseurs semblent apporter une solution légitime.

Les voeux d'argent font toujours recette. En fait, explique Abdelkbir, "depuis que l'on a commencé à parler de la crise financière, nous voyons de plus en plus de gens venir demander de l'aide".

L'un de ces clients est Ahmed, salarié du textile au chômage, qui a dépensé une très grosse partie de ses économies chez les achaba. "Au-delà de la perte de mon emploi, c’est surtout la crainte de perdre ma petite famille qui m’a poussé à chercher des solutions, sur les conseils d’un ami, chez les achaba", explique le jeune homme.

"Cela me coûte une fortune, mais malheureusement j’y crois", ajoute-t-il.

Les tarifs dépendent des solutions recommandées, et même de l'attitude des clients, a appris Magharebia. Ils vont de quelques centaines à 20 000 dirhams.

Pour Lalla Khadija, une mère de famille de Derb Soltane, le remède idéal n'a coûté que quelques dirhams. "Pour le rhumatisme, j’ai consulté un achab, qui m’a prescrit une recette efficace", explique-t-elle.

Certains clients fortunés viennent même des pays du Golfe pour acheter ces formules spéciales et des produits médicinaux.

"Je reçois des femmes de toutes les catégories socio-professionnelles déterminées à aller jusqu'au bout et peu importe le prix, l’essentiel est la réalisation de l’objectif fixé", nous déclare un "herboriste", comme il aime à se qualifier.

Pour les hommes, explique-t-il, les demandes sont en général "liées aux histoires de coeur".

Un vieil achab se tient devant des centaines de produits exposés en plein air. Ces potions magiques sont censées soigner des maladies comme la syphilis et la tuberculose. L'homme, âgé d'une cinquantaine d'années, vend également des formules pour d'autres maladies.

"Beaucoup de gens viennent nous solliciter pour des problèmes liés à l’impuissance ou à des difficultés érectiles", explique-t-il. "Il s’agit de clients qui souhaitent la discrétion et qui préfèrent recourir à nos services qu’à ceux des médecins, parce que la discrétion est plus grande."

Confronté à ce problème délicat, Hamid, cadre dans une banque de Casablanca, est venu chercher l'aide d'un achab sur le souk Jmiâa. En se rendant sur ce marché, Hamid espérait obtenir une formule pour surmonter des problèmes d'impuissance. "C'est ce que j'ai fait", explique-t-il.

L'avancement personnel est un autre motif de visite assez répandu. "Des hommes et des femmes très instruits, tels que des ingénieurs, des docteurs, des universitaires, ou encore certains députés et des maires nous rendent visite, surtout à la veille des consultations électorales, à la recherche d’un pouvoir qui peut faire changer le destin, les protéger contre le mauvais sort ou jeter un mauvais sort sur quelqu'un", explique un autre apothicaire à Magharebia.

De nombreux hommes choisissent de consulter des achaba pour leur discrétion.

Il existe d'innombrables potions parmi lesquelles les clients désespérés peuvent choisir. La Boua (pour chasser la malédiction) se vend à partir de dix dirhams ; le Habbat Zelloum (pour gagner la confiance des autres) à plus de deux cents dirhams ; le Habbat al âichk (pour rendre une personne folle amoureuse) coûte environ trois cents dirhams ; l'Aïn N’ssar (lpour chasser le mauvais oeil, notamment des jaloux) se vend à plus de deux cents ; l'os de Bakha (pour rendre une personne plus obéissante) à 1 200 dirhams ; la Darbanna (pour séparer deux amoureux au profit d’une autre personne) coûte cinq cents dirhams, et les prix varient pour le Al Jalb et le Al Kouboul (pour être apprécié et aimé de tous).

"Notre métier est d’aider les gens à se soigner. Les gens s’adressent librement à nous et nous font confiance du fait qu’ils trouvent des solutions à leurs problèmes", explique un jeune achab. Sa réponse est laconique lorsqu'on lui demande si ces formules ne sont pas nocives pour la santé de ses clients. "Quand je suis en face d’un cas compliqué, je conseille d’aller voir ailleurs, notamment un médecin", affirme-t-il.

"Les vrais achaba ne sont pas des charlatans", souligne ce jeune homme. "Ce sont des professionnels qui aident une importante partie de la société à se faire soigner à moindre coût’’.

Mais tout en accusant les achaba de chicanerie et de fausses promesses, les critiques reconnaissent que cette habitude de recourir à des remèdes particuliers ou à des potions magiques fait partie de l'histoire du Maroc. Les achaba attireront des clients tant que l’analphabétisme et l’ignorance continueront d'exister au Maroc, explique Mohieddine Kamal, un sociologue de Mohammadia. Si les gens restent disposés à payer ces vendeurs de rêves, explique-t-il à Magharebia, "ce business devenu très lucratif continuera à faire des victimes".

"C’est connu, la misère des uns fait toujours la richesse des autres", ajoute-t-il.

Hanaa Bennis, étudiante à l'université de Casablanca, a étudié les facteurs émotionnels et psychologiques qui sous-tendent cette activité. "En général, les gens font souvent n’importe quoi et confient leurs problèmes et soucis à n’importe quand ils doivent faire face à une détresse psychologique. Les charlatans sont les premiers à saisir cette opportunité pour arnaquer les patients", explique-t-elle.

"Mais en-dehors des charlatans", souligne-t-elle, "certains achabas ont hérité la sagesse de leur parents."

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comments

سارة En ligne 27 il y a plusieurs jours

Voilà ce à quoi vous les marocains vous êtes bons : la sorcellerie et les ensorcellements. C'est ce qui vous a toujours conservé dans l'arriérisme. Il n'y a de pouvoir et de volonté que par Dieu Tout-Puissant. Demandez l'assistance de Dieu ; assez d'absurdités et de mythes.

سميرة الفاسية En ligne 26 il y a plusieurs jours

Il n'y a de pouvoir et de volonté que par Dieu. Pas d'amour, pas de consentement, pas d'action, rien de matériel dans cette vie, sauf par Dieu, le Coran et la tradition du Prophète. O Seigneur, guide-nous sur le bon chemin.

ساخط En ligne 26 il y a plusieurs jours

Si ces apothicaires pouvaient résoudre la crise économique, le monde entier serait venu leur rendre visite. Ce sont des paroles vaines à la façon marocaine

asklou En ligne 25 il y a plusieurs jours

Ce que vous dites est bien, hhhh.

مؤمن 1 من تونس En ligne 25 il y a plusieurs jours

Pour pouvoir progresser, il faut que nous dépassions certains mythes, que nous comptions que sur Dieu seul et sur les traditions de Son honorable prophète.

abdlahakim En ligne 24 il y a plusieurs jours

C'est une honte pour le Maroc et c'est inacceptable dans un Etat Islamique.

sofian En ligne 24 il y a plusieurs jours

Salam. Il n'y a de pouvoir et de volonté que par Dieu. Le Salut des musulmans, c'est le Coran, et rien d'autre que le Coran. La sorcellerie existe, mais elle n'affecte personne hormis si Dieu l'a décidé. Notre guérison, c'est de nous en tenir à nos valeurs morales et à la prière. La raison de tout cela, avant tout, c'est l'ignorance. Les marocains sont insousciants. Je ne parle pas en général ; je m'adresse plutôt à nos ennemis en religion. Les musulmans ne font pas confiance à la sorcellerie, ils n'abadonneraient pas leur Seigneur bien-aimé et ne se dirigeraient pas vers des êtres humains comme eux pour réaliser leurs rêves. J'ai 20 ans. Je suis encore sidéré par cette nation. Mais la dernière chose qu'il faut toujours faire, c'est prier pour que le peuple soit guidé. Je pense que si nous restons dans cette situation, notre société restera marginalisée, en particulier quand nous constatons qu'il y a une catégorie de personnes qui sont devenues nos idoles dans la société, et qui sont des numéros 1 au rang de l'ignorance. Alors que dire des autres ? De plus, si ils réalisent vraiment les souhaits des gens, alors qu'ils réalisent aussi leurs propres problèmes. C'est Dieu qui accorde la vie et la subsistance. J'espère qu'il y aura du bon dans l'avenir. De plus, même les hommes jeunes croient vraiment dans de tels mythes. C'est un problème grave. Nous devons le résoudre aussi rapidement que possible. Nous resterons sinon sous-développés. Vous devez d'abord résoudre d'autres problèmes. Ceux-là paraissent futiles. Ils ont des aspects plus négatifs. L'état doit tenter de résoudre ces questions et il doit lutter contre ce phénomène.

malak En ligne 23 il y a plusieurs jours

Il n'y a de pouvoir et de volonté que par Dieu. Que Dieu vous guide tous. Les gens perdent du temps et de l'argent à la colère de Dieu. De toute façon, je suis mère d'une fillette de six ans. Je sens un certain vide dans ma vie. J'aimerais avoir une idée sur la manière de prendre des cours dans le stylisme de mode ou dans la confection de pâtisseries raffinée, à la fois pour remplir mon temps et m'aider matériellement. J'attends votre réponse. Ok, merci beaucoup.

nadia tetouan En ligne 22 il y a plusieurs jours

Il n'y a de pouvoir et de volonté que par Dieu. O Seigneur c'est énorme. C'est ce qui nous mènera au fond du gouffre. Notre société est encore prisonnière des mythes. Si elle veut sa liberté, elle doit accoucher d'elle-même.

othmane cha3cha3 En ligne 22 il y a plusieurs jours

Ce ne sont que des bêtises bien inutiles.

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