Ali Merghoub, guitariste du groupe Djezma, parle de l'optimisme, de la musique algérienne et du PANAF
2009-07-03
Les fans de rock entendront Djezma mixer des influences arabes, africaines et maghrébines à la fois dans leur prochain album et lors de plusieurs concerts PANAF prévus le mois prochain. "C'est la diversité qui fait de l'Algérie ce qu'elle est", a expliqué le guitariste Ali Merghoub à Magharebia.
Interview par Mouna Sadek pour Magharebia à Alger – 03/07/09
![]() [Djezma] Le groupe de rock algérien Djezma donnera bientôt une série de concerts en Algérie dans le cadre du Festival panafricain. |
Les fans de musique algériens attendent avec impatience la sortie du nouvel album de Djezma cette année. Par le biais de chansons en arabe, en anglais et en français, les frères Zakaria et Ali Merghoub et le chanteur Nassim M'hamsadji demandent à leurs jeunes fans de conserver leurs espoirs et leurs rêves.
Après la mort de Michael Jackson la semaine dernière, des centaines de fans ont lancé une campagne en ligne pour demander à M'hamsadji – dont beaucoup disent qu'il chante comme Jackson – de participer à un hommage au "roi de la pop". Ce spectacle a été diffusé sur Channel3.
Le chanteur et guitariste Ali Merghoub a rencontré Magharebia à Alger pour parler des débuts du groupe et de ses projets d'avenir.
Magharebia: Comment avez-vous choisi le nom du groupe ?
Ali Merghoub: Djezma signifie "la botte". Le chemin d’une belle carrière est long, mais nous sommes prêts à faire le voyage. Cet esprit nomade tire ses racines du fait que nous n’avions pas un local fixe pour nos répétitions. Le symbole de la botte est par ailleurs une référence au fait que le cuir est une matière noble.
Magharebia: Quelle est l’histoire de votre groupe ?
Merghoub: Djezma est composé de trois membres : Nassim, le chanteur, Zakaria, bassiste, guitariste et claviériste, et moi-même, Ali, bassiste-soliste. Au début des années 2000, mon frère Zakaria et moi avons commencé à taquiner la guitare à travers des reprises qu’on chantait notamment dans les réfectoires universitaires. Puis nous avons rencontré Nassim, qui est devenu notre chanteur. Au fil du temps, le groupe est devenu plus mature. Les chansons ont été plus réfléchies. Le premier album, "Beside Roses" offre un éventail de plusieurs influences musicales. Les notes blues et soul s'y mêlent à la pop et à la musique maghrébine. L’album a été auto-produit, une première en Algérie.
Magharebia: Avez-vous rencontré des difficultés à vos débuts ?
Merghoub: Oui, nous avons rencontré des difficultés, mais l’évolution du groupe est exponentielle. Djezma a plus d’aisance. On a tissé nos propres réseaux. Etant donné qu’il n’y a pas une véritable industrie du disque en Algérie et qu’il n’y a pas de "star-system", nous avons entrepris de tracer, seuls, notre chemin. Nous n’avons pas attendu qu’on vienne nous aider. Nous avons foncé. C’est un combat quotidien.
![]() [Djezma] Un rocker, explique Ali Merghoub, du groupe Djezma, est "avant tout un idéaliste". |
Magharebia: Quel message souhaitez-vous faire passer à travers vos chansons ?
Merghoub: Dans l’une des chansons de notre premier album, qui s’intitule Bin Yeddik (Entre tes mains), Djezma s’adresse directement aux jeunes, leur demandant de prendre leur avenir en main. Il s’insurge contre l’esprit de fatalisme qu’on a tendance à perpétuer. Il y a également la chanson Zahra qui est un hymne aux femmes. Zahra, c’est aussi une métaphore de l’Algérie. L’une des chansons du deuxième album, que nous préparons actuellement, aborde le problème des sans-abris.
Djezma a évolué. A ses débuts, il chantait l’amour. Aujourd’hui, il développe une conscience sociale et citoyenne.
Notre identité musicale s’affirme. Djezma met un point d’honneur à garder son optimisme. Et ce n’est pas immature d’être optimiste. Nous aimons croire que le meilleur peut arriver. Il faut tirer profit de ce qu’a connu l’Algérie, de ses douleurs comme de ses joies.
Magharebia: Le groupe mêle le rock aux rythmes du terroir algérien. Comment définiriez-vous votre style de musique ?
Merghoub: Au départ, notre musique était essentiellement anglo-saxonne. Puis nous avons pris conscience de la richesse qu’offrent les musiques du terroir algérien. La musique algérienne est très variée, allant du chaoui au diwan en passant par le vieux raï et le chaabi. Le rock est plus un état d’esprit. Etymologiquement, le "rocker" est celui qui veut faire bouger les choses, celui qui croit que tout est possible, c’est d’abord un idéaliste. En ce sens, Djezma est profondément rock.
Magharebia: Pourquoi avez-vous choisi de chanter dans les trois langues - arabe, français et anglais ?
Merghoub: L’Algérie est faite d’influences occidentales, africaines et maghrébines. La musique de Djezma donne forme à l’aspect interculturel de notre pays. Contrairement à ceux qui pensent que ces différences créent la division, Djezma a une vision optimiste de cette diversité qui fait l’Algérie. Nous pensons que les différentes couleurs existantes en Algérie sont une richesse que nous devons exploiter. Ceci se ressent dans notre musique. Nous chantons dans les trois langues : l’arabe, le français et l’anglais. L’Algérie est arabe, elle parle français et à travers l’anglais, notre musique devient universelle.
Magharebia: Vous allez donner plusieurs concerts le mois prochain lors du Festival panafricain. Comment appréhendez-vous la participation à ce festival ?
Merghoub: Nous sommes très enthousiastes de participer à ce deuxième Festival panafricain. L’Afrique est un continent extrêmement riche. C’est un puzzle immense dont les pièces se donnent rendez-vous à Alger à l'occasion de ce festival.
On a généralement tendance à minimiser tout ce qui vient d’Afrique. On se crée des complexes. Le Panaf’ donnera un coup de canif aux idées reçues. Ce sera pour nous l’occasion de faire beaucoup de rencontres.
Nous y donnerons cinq concerts. Une tournée sera organisée dans trois villes algériennes. Nous serons à Oran le 14 juillet, à Sidi Belabbès le 13 juillet et à Tizi Ouzou le 16 juillet. Le fait de chanter le 5 juillet, journée de la jeunesse et de l’indépendance est, pour nous un symbole très fort.
Magharebia: Djezma est l’un des rares groupes algériens à avoir chanté à l’Olympia à Paris, Racontez-nous cette expérience.
Merghoub: Nous avons été heureux de faire cette première expérience en 2007 grâce à Rachid Taha, un rocker dans l’âme, qui nous a permis de faire la première partie du concert clôturant sa tournée en France. Cela nous a donné de l’énergie pour aller de l’avant. C’est aussi une preuve que tout est possible et qu’il suffit d’y mettre de la volonté et beaucoup de travail.
Magharebia: Les salles de concerts sont généralement pleines à craquer. Comment expliquez-vous l’engouement des jeunes Algériens pour le rock ?
Merghoub: C'est vrai que les jeunes viennent en masses aux concerts. Ça nous fait plaisir de les voir réactifs. L’Algérie revient de loin et il est réconfortant de constater que les gens ont encore de l’énergie et qu’ils ne baissent pas les bras. Il est important, pour nous, de donner l’exemple, d’y mettre l’empreinte de notre botte.
Magharebia: Comment se présente votre deuxième album et quand sortira-t-il ?
Merghoub: Le deuxième album est en plein chantier. Nous espérons le sortir avant la fin de l’année 2009. Il portera un discours encourageant, enthousiaste, convaincu et convaincant. Il aura une vocation nationaliste. Djezma estime avoir une responsabilité sociale. Un groupe de musique est également un média. Plus de la moitié de la population algérienne est composée des moins de 30 ans, il est de notre devoir de transmettre la flamme qui nous habite.
Djezma s’investit également dans le travail caritatif. Le groupe organise avec l’association Start des animations dans les hôpitaux pour les enfants malades ainsi que dans les centres d’hébergement. Notre message est de dire aux jeunes de croire en eux-mêmes et d’agir, et que c’est à eux de tendre la main. Nous aimerions aider à éliminer les séquelles socialistes qui font que les Algériens attendent indéfiniment l’aide de l’Etat pour sortir de l’ornière. Bien sûr, nous ne voulons pas nous ériger en donneurs de leçons. C’est juste des jeunes qui parlent à d’autres jeunes.








Lila En ligne 2009-07-04
Cela me donne envie de courir chez le disquaire et d'acheter votre album. Le discours que vous prônez est très intelligent. Merci
mourad En ligne 2009-07-07
Le concert du 5 juillet au théâtre de verdure etait formidable. Mais je ne comprend pas pkoi il y a la photo de Nassim alors qu'on parle de Ali????
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