Le raid en Somalie rouvre le débat sur la sécurité et la coopération économique au Maghreb

2009-09-18

Après la mort en Somalie du leader présumé d'al-Qaida Saleh Ali Saleh Nabhan, les spécialistes du Maghreb se penchent à nouveau sur les risques d'un échec dans la lutte contre la propagation du terrorisme.

Siham Ali à Rabat, Jamel Arfaoui à Tunis et Safa Salah Eddine à Alger ont contribué à cet article — 18/09/09

[MOHAMED DAHIR/AFP/Getty Images] Des membres du groupe terroriste Shabab tirent sur des troupes gouvernementales en Somalie, où la mort cette semaine d'un présumé leader d'al-Qaida relance le débat sur la lutte contre l'extrémisme en Afrique.

Le raid effectué cette semaine en Somalie au cours duquel un leader présumé d'al-Qaida a été abattu rappelle la nécessité d'empêcher le terrorisme de s'enraciner en Afrique et de se répandre au Maghreb, selon les spécialistes de la région qui soulignent l'importance du renforcement de la coopération régionale et internationale en matière de sécurité et de développement économique.

Cette opération, lancée peu après que la Déclaration de Tripoli adoptée par l'Union africaine (UA) eut prôné des mesures tangibles pour encourager la paix, la sécurité et la stabilité sur le continent, affirme le besoin pour l'Union de prendre des mesures concrètes pour contrer la montée de l'extrémisme en Somalie, expliquent les analystes.

Lors d'une opération héliportée lancée dans le sud de la Somalie, des commandos américains auraient abattu lundi 14 septembre Saleh Ali Saleh Nabhan, un leader présumé de la cellule est-africaine d'al-Qaida. Le gouvernement américain n'a pas officiellement reconnu son rôle dans cette opération.

Nabhan aurait vécu depuis 2002 en Somalie, où il s'était réfugié après avoir participé à un attentat à la bombe dans une station touristique de son Kenya natal, ainsi qu'à une tentative avortée d'abattre un avion charter israélien. Il aurait également été l'un des cerveaux des attentats de 1998 contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie, qui avaient fait plus de 220 victimes.

Cette opération a également permis d'abattre six membres de l'organisation terroriste Shabab, qui lutte pour renverser le gouvernement somalien et le remplacer par un régime fondamentaliste de type taliban. Nabhan aurait oeuvré à renforcer les liens entre Shabab et al-Qaida et à faire entrer des combattants étrangers en Somalie.

Les spécialistes du Maghreb ont fait part de leur inquiétude concernant les implications de la crise somalienne pour la sécurité en Afrique et dans la région, notamment après l'appel lancé par l'un des principaux dirigeants de Shabab aux combattants étrangers pour rejoindre leurs attaques contre le gouvernement de Mogadiscio. Ils se sont également dits inquiets des attentats suicides liés à Shabab de jeudi 17 septembre vise la base de l'Union africaine dans la capitale somalienne, qui ont tué plus de vingt personnes.

"L'union africaine est trop faible et ne peut répondre à la menace que représente al-Qaida", a déclaré à Magharebia Taj Eddine El Husseini, professeur marocain de relations internationales. "En Afrique, le leader libyen Moammar Kadhafi tente de mettre en place quelques initiatives. Mais il y a une grande différence entre les mots et la réalité."

"Le concept de mondialisation doit être envisagé ces temps-ci", ajoute-t-il. "Le Maghreb ne peut rester intouché…[M]ême si le Maroc n'est pas membre de l'UA, il est concerné par ce qui se passe de l'autre côté de ses frontières, notamment dans la région du Sahel."

Selon le député marocain Lahcen Daoudi, les évènements de Somalie doivent inciter les pays occidentaux à renforcer la capacité des Etats africains à combattre le terrorisme.

"L'UA à elle seule ne peut contrôler la situation, parce que le continent est pauvre", explique M. Daoudi. "L'Union doit être assistée pour trouver une issue aux problèmes qui surgissent de partout, notamment les conflits armés et l'extrémisme."

"Il faut d'abord s'attaquer aux racines économiques et sociales des problèmes pour contenir la situation, parce que les conflits pourraient se propager et gagner d'autres pays qui sont pour l'instant calmes", ajoute le parlementaire.

"Le danger du terrorisme persiste et continue de peser lourdement sur la région du Maghreb, en particulier au Sahel, où crime organisé et terrorisme prospèrent de concert", explique Fouad Madihi, professeur marocain de science politique. "Les pays du Maghreb doivent joindre leurs forces pour combattre ce fléau, qui les concerne tous sans exception, parce que pour [le terrorisme], un certain nombre de pays africains sont fragiles et faciles à infiltrer, et constituent un terreau très fertile."

"La Déclaration de Tripoli a pris acte de la situation", ajoute le professeur Madihi. "Maintenant, les recommandations doivent être converties en mesures concrètes."

Il explique que les chefs d'Etats et les responsables africains se sont engagés à ramener la paix sur le continent.

"Ainsi, concernant la Somalie, par exemple, il a été décidé de déployer plusieurs bataillons d'ici fin 2009, pour porter les forces impliquées dans la mission de l'UA au niveau maximal autorisé", ajoute-t-il.

Près de cinq mille soldats burundais et ougandais sont stationnés à Mogadiscio dans le cadre de la mission de maintien de la paix de l'UA. Ces troupes ont pour mandat de protéger les sites clés de la capitale, y compris le Palais présidentiel, l'aéroport et le port. Mais des dizaines de personnes sont tuées chaque jour en Somalie par suite de la guerre civile entre les groupes islamistes radicaux et le gouvernement.

Pour leur part, les citoyens qui ne respectent pas le système judiciaire mis en place par Shabab souffrent d'atteintes aux droits de l'Homme, comme cela fut le cas de la jeune fille de 13 ans lapidée à mort le 27 octobre dernier pour avoir commis le "crime" d'avoir été violée.

"La situation en Somalie aura des répercussions dans les pays d'Afrique du Nord", a indiqué à Magharebia une source militaire algérienne sous couvert de l'anonymat. Elle a qualifié l'intervention militaire de l'UA de "plus qu'essentielle".

Concernant l'instabilité et les moyens de la contenir, le Président algérien Abdelaziz Bouteflika, qui s'exprimait lors du sommet de l'UA le 31 août qui a produit la Déclaration de Tripoli, a appelé les responsables africains à traiter la crise sécuritaire en Somalie et au Darfour. Il a également appelé à la guerre contre les trafics d'armes et le terrorisme, "qui alimentent les rangs en Somalie, et dont l'impact déstabilisateur se fait sentir dans d'autres pays de la Corne de l'Afrique et ailleurs".

Malgré ces appels, tous les spécialistes ne sont pas convaincus que l'extrémisme peut facilement s'enraciner dans les pays du Maghreb.

"Nous n'avons pas le sentiment que les gouvernements nord-africains s'inquiètent des mouvements islamistes extrémistes", a expliqué à Magharebia Hmida ben Romdhane, un spécialiste tunisien des affaires internationales. "Je crois que cela est dû au fait que même si al-Qaida peut être au coeur des évènements pendant des années encore, il reste faible si on le compare, par exemple, au Groupe islamique armé (GIA) qui sévissait en Algérie dans les années 1990."

"Le resserrement de l'étau autour des membres [des groupes terroristes'] en Tunisie et en Algérie est l'une des raisons de leur migration vers le Mali ou le Niger, où il leur est difficile de renforcer leurs capacités d'attaque", explique ce spécialiste tunisien. "Ils risquent même de s'y enliser dans les sables, notamment du fait du renforcement de la coopération en matière de sécurité entre l'Algérie et ses voisins du sud."

"Les pays du Maghreb sont capables de faire face au risque du terrorisme pour deux raisons", ajoute Ben Romdhane. "La première est qu'ils ont mis en place une coordination sécuritaire, et la seconde tient aux dix années de terreur créées dans les coeurs des Algériens par le GIA, qui rend très improbable pour une quelconque organisation terroriste dont le seul programme est de faire exploser des bombes au milieu de civils innocents de susciter une quelconque sympathie populaire dans la région du Maghreb."

La meilleure preuve de ce manque de sympathie, selon Ben Romdhane, est la création de comités de surveillance composés de citoyens algériens pour répondre au terrorisme.

"La Déclaration de Tripoli constitue une étape positive dans ses dimensions politiques et morales", explique le politologue tunisien Chawki Ben Salem. "Sous l'angle politique, cette déclaration est un départ nécessaire pour donner une légitimité légale à toute initiative sécuritaire ou diplomatique visant à mettre fin aux conflits et à protéger les victimes de la violence et des guerres dans de nombreux endroits."

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Sous l'angle moral, selon Ben Salem, cette déclaration "reflète la prise de conscience informée de la part des leaders du continent que l'avenir des nations africaines reste dépendant de leur unification et de la mise en place de mécanismes de partenariats entre eux."

"Le défi du développement sur le continent est là, avec la hausse du taux de pauvreté et l'échec des systèmes d'éducation, de santé et sociaux dans plusieurs pays", ajoute-t-il. "Cela a fait de certaines régions du continent des points chauds de tension et une base arrière pour les organisations religieuses extrémistes, en particulier AQMI et d'autres organisations qui lui sont associées."

"L'UA ne dispose pas des moyens financiers ni de l'autorité politique lui permettant de se dresser contre toute forme d'extrémisme et d'intolérance", explique Nasereddine Ben Hdid, spécialiste des affaires du Maghreb. "[C]es pays n'ont pas de projet commun à servir en exemple aux Somaliens."

"Il ne faut pas non plus oublier que mettre un terme à l'intolérance doit se faire en établissant le respect de la loi et des institutions susceptibles de mettre en place la prospérité économique et la justice sociale", ajoute cet expert.

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comments

MAHJOB En ligne 2009-09-23

Nous les Marocains aimons la paix et nous voulons les aider dans leur lutte. Nous leur envoyons de l'aide, dont des couvertures et des médicaments.

حسام En ligne 2009-10-10

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