Les algériennes préfèrent la poésie aux sitcoms dans les traditions du Ramadan

2009-08-31

La coutume ancienne de la bouqala - les femmes récitent des poèmes ancestraux transmis de mère en fille - attire encore les femmes de tous âges au cours du mois béni.

Par Hayam El Hadi pour Magharebia à Alger — 31/08/09

[HOCINE ZAOURAR/AFP/Getty Images] Les femmes qui récitent de la poésie ancienne au cours des nuits du Ramadan représentent une autre tradition phare du mois béni en Algérie.

Assises en cercle, les femmes récitent des poèmes ancestraux transmis de mère en fille. Elles font des vœux et espèrent trouver dans les poèmes déclamés des indices sur leur avenir. Elles jouent comme le faisaient leurs aînées à la bouqala, un rite exclusivement féminin qui se pratique en Algérie essentiellement pendant le mois du Ramadan.

Comme le veut la tradition, les femmes se réunissent après l'iftar. Lorsque les maris sont sortis, elles se donnent rendez vous chez l’une d’entre elles de préférence sur les terrasses des maisons pour faire la bouqala.

Le jeu consiste à se réunir autour d’un bocal (d’où le nom Bouqala) rempli de l’eau de sept sources ou de sept robinets. Toutes les femmes y mettent un bijou, bague, boucle d’oreilles ou une broche.

La plus âgée des femmes tient le bocal au dessus d’un kanoun (récipient en terre rempli de braises et d’encens). Elle récite une bouqala, des poèmes tirés de la tradition orale qui parlent d’amour, de chagrin, de mariage et de longs voyages. A tour de rôle, les femmes pensent à une personne en particulier et lui dédient la bouqala.

En fonction du poème, les femmes tentent d’expliquer ce que prévoit l’avenir : une rencontre, une séparation, un long voyage.

Meriem, qui a pratiqué au rituel très jeune avec sa grand-mère, fait tout pour que cette tradition ne se perde pas.

"Une fois par semaine pendant le Ramadhan, j’invite mes cousines," dit-elle. "On se réunit chez moi pour faire la bouqala."

"Avant, je la faisais avec ma mère et ma grand mère", raconte Meriem, qui est aujourd'hui mère de deux filles. "On habitait la casbah. Les femmes se réunissaient sur la terrasse jusqu'à une heure très avancée de la nuit. Chacune arrivait avec son lot de bouqala et le jeu se poursuivait jusqu'à ce que les hommes rentrent."

"I Ce jeu est exclusivement féminin", ajoute-t-elle." Il permet aux femmes de se divertir mais surtout de mettre un peu de poésie et de rêve dans leur vie".

Pour veiller à ce que la tradition ne soit pas engloutie par le mode de vie moderne qu’ont les algériens maintenant, beaucoup de familles préfèrent s’adonner à ce rituel plutôt que de regarder la télévision tous les soirs. Les jeunes et moins jeune ont un rôle à tenir dans le maintien de cette tradition.

"A mon époque, il n’y avait ni télévision, ni Internet.", se souvient El Hadja Fatma. "Les soirées étaient longues et pour nous occuper on jouait à la bouqala. Cela nous permettait de passer de bons moments."

Même si on savait qu’elle n’avait aucun pouvoir de prédiction, on croyait aux messages que la bouqala délivrait", dit la femme, sous le regard attentif de sa fille Hind. "Nous étions jeunes et rêveuses et lorsqu’une bouqala nous parlait d’une rencontre avec un beau jeune homme, on voulait y croire."

Pour sa part, Hind a noté toutes les bouqalate que sa grand-mère connaît sur un carnet.

"Je pense que ce patrimoine ne doit pas se perdre.", dit Hind. "S’il a survécu toutes ces années c’est parce que des femmes l’ont jalousement gardé.C’est ce que j’essaye aujourd’hui de faire en notant tous les poèmes".

"J’ai même enregistré plusieurs cassettes" ajoute-t-elle."Je conserve ces audios et je ne me lasse pas de les écouter. Ma préférée c’est celle là :

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devant l’amant qui se trahit ".

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