Le RCD se retire de la course des présidentielles
2009-01-19
Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie a annoncé jeudi son intention de boycotter la prochaine élection présidentielle en Algérie.
Par Achira Mammeri pour Magharebia à Alger – 19/01/09
![]() [Getty Images] Le secrétaire général du Rassemblement pour la Culture et la Démocratie, Said Sadi, a déclaré que son parti boycotterait la prochaine élection présidentielle. |
Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) a annoncé jeudi 15 janvier que son secrétaire général, Said Sadi, ne se présenterait pas à l'élection présidentielle du mois d'avril prochain. Les instances dirigeantes du parti, qui ont longtemps hésité à s'abstenir, ont adopté cette décision lors d'un comité extraordinaire.
"La participation à une telle compétition serait synonyme de compromission dans une opération d’humiliation nationale", a déclaré le président du RCD, Said Sadi, aux membres du parti réunis à Alger.
Nombreux sont ceux qui, dans les rangs du RCD, s'interrogent sur la volonté des autorités algériennes d'entreprendre des réformes de grande envergure et estiment que cette élection est déjà jouée en faveur du Président Abdelaziz Bouteflika, bien que celui-ci n'ait toujours pas annoncé officiellement son intention de se présenter pour un troisième mandat.
Le parti a réagi publiquement à l'annonce, le 4 janvier, du Premier ministre Ahmed Ouyahia que le gouvernement avait l'intention d'accueillir des observateurs étrangers pour superviser le scrutin, après dix ans de refus.
Dans un entretien avec le quotidien Le Soir, M. Sadi a dénoncé la décision du gouvernement algérien de bloquer les observateurs de l'Institut de Développement National (NDI) et de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Les organisations autorisées – Nations Unies, Organisation de la Conférence Islamique, Ligue Arabe et Union Africaine – ont déjà montré leurs limites, a-t-il affirmé.
"Le pouvoir a procédé par sélection et le fait de ne pas avoir invité des organisations ayant un regard neutre et une longue expérience dans le domaine nous renseigne sur les visées du pouvoir", a déclaré le RCD dans un communiqué public.
Qualifiant cette initiative de "manœuvres politiciennes de l’Etat", le parti a souligné qu'il demandait depuis longtemps que des observateurs internationaux soient autorisés à surveiller les élections.
Le RCD a également fait valoir qu'un effort visant à garantir la transparence des élections aurait dû débuter bien plus tôt que la date autorisée par le gouvernement. Convoquer des observateurs quelques semaines seulement avant les élections rend leur intervention inefficace, explique le parti. "Les observateurs sont formés pour prévenir et détecter les failles dans l'organisation d'un scrutin. Cela demande à être sur le terrain de longs mois avant le scrutin pour nettoyer les listes électorales, surveiller l’usage des médias et des finances publiques. Ce n’est pas le cas en Algérie."
L'invitation faite à des observateurs internationaux avait suscité les réactions mitigées des autres partis.
L'alliance présidentielle, qui regroupe le Mouvement pour la Société de la Paix, le Front de Libération Nationale et le Rassemblement National Démocratique du Premier ministre, avaient salué cette initiative, sans toutefois préciser quelles organisations ils souhaitaient voir sur le terrain.
Louisa Hanoune, la secrétaire générale du Parti des Travailleurs, s'est opposée à la participation du NDI et de l'OSCE, affirmant que ces pratiques "piétinent la souveraineté nationale".
Une source proche du ministère de l'Intérieur a expliqué à Magharebia que le gouvernement avait fait appel à des organisations connues pour leur neutralité et leur expérience dans ce domaine, et mis en doute la "duplicité" des affirmations du RCD. "Ce parti avait été le premier à appeler à la présence d'observateurs", a déclaré cette source, "et quand le Président répond à cette demande, il se rétracte et annonce le boycott."
L'opinion publique algérienne se montre assez désintéressée par la question. "Le scénario des présidentielles est arrêté d’avance", affirme Amine, professeur à l'université. "C’est un peut comme ces films égyptiens. La fin est souvent connue. Le film de la présidentielle a commencé par la révision de la constitution, il s’achèvera par l’élection de M. Abdelaziz Bouteflika à la plus haute magistrature du pays."
Assia, une fonctionnaire, estime que la question des observateurs est accessoire. "Est-ce que le pouvoir en Algérie a l’intention d’organiser des élections transparentes ? A-t-il la volonté d’écouter et d’abdiquer à la volonté populaire ? Deux questions principales qui détermineront mon comportement le jour de vote", explique-t-elle.
"Je souhaite que ces élections consacrent le changement", poursuit-elle. "Nos jeunes ont tant besoin d’espoir, je crains qu’ils soient déçus en avril."







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