01/07/2009
Plusieurs années après les premières accusations de violence, Cheb Mami comparaîtra finalement jeudi devant un tribunal français. Les médias algériens conservent un optimisme prudent.
Par Lyes Aflou pour Magharebia à Alger –01/07/09
![]() [AFP/Getty Images] La légende de la musique algérienne Cheb Mami est emprisonnée à Paris dans l'attente de son procès, qui débutera jeudi. |
Lundi soir, le 29 Juin, la police française a arrêté la star du raï algérien Cheb Mami à son arrivée à Paris. Après quatre années, un imbroglio international à sensation impliquant une plainte pour tentative d'avortement forcé, un mandat d'arrêt lancé par Interpol et une longue bataille juridique se terminera finalement jeudi au tribunal de Bobigny.
Cheb Mami - de son vrai nom Mohamed Khelifati - est accusé d'"actes de violence" à l'encontre de son ex-compagne Isabelle. Durant l'été 2005, la victime, une photographe de presse de 43 ans qui couvrait ses activités artistiques, avait été droguée et maintenue contre son gré dans la villa du chanteur à Alger, où deux femmes et un homme avaient tenté de pratiquer sur elle un avortement.
En 2007, le chanteur avait payé une caution de 200 000 euros en France et était retourné en Algérie. Depuis lors, il faisait l'objet d'un mandat d'arrêt international lancé par Interpol, qui demandait que l'Algérie l'extrade vers la France pour qu'il y soit jugé.
Après cet incident, la photographe était rentrée en France et avait porté plainte. Elle avait appris que le foetus était viable et décidé de garder l'enfant. Sa fille est née en mars 2006.
Cheb Mami a été arrêté peu après 19 heures à l'aéroport de Paris-Orly à sa descente de l'avion en provenance d'Algérie. La police des frontières a procédé à son arrestation sur la base d'un mandat international.
Aux alentours de 23 heures, un magistrat a décidé qu'il devrait rester en détention dans l'attente de son procès, fixé à jeudi.
Le chanteur risque dix ans de prison et une amende de 150 000 euros. Son ancien manager, Maurice Levy, placé sous contrôle judiciaire, doit également comparaître pour les mêmes motifs, ainsi que son bras-droit, Hicham Lazaar, et Abdelkader Lallali – soupçonné être son homme de main.
Dans son édition du 30 juin, l'hebdomadaire français Le Point a indiqué qu'Isabelle affirme disposer d'un enregistrement montrant que le chanteur était présent au moment des faits dont il est accusé. Le magazine rappelle que Mami, incarcéré une première fois durant trois mois à Paris à la suite de la plainte, avait ensuite été relâché contre versement d'une caution de 200 000 euros, "avant de s'enfuir ensuite en Algérie en mai 2007 alors qu'il était sous contrôle judiciaire".
Mami avait quitté la France pour l'Algérie alors qu'il était toujours sous contrôle judiciaire pour se rendre au chevet de sa mère, a précisé Tout sur l'Algérie. Mami prouvera qu'il "n'a pas commis de faute, vu qu'il accepte aujourd'hui d'être présent à son procès", explique le quotidien.
Cheb Mami avait déclaré au Quotidien d'Oran en 2007 qu'il souhaitait être jugé en Algérie parce qu'il ne faisait pas confiance à la justice française.
"Je n'ai pas fui la justice, j'ai fui l'injustice. J'ai fui la justice à deux vitesses", avait-il déclaré à l'époque.
Selon son avocat, Me Khaled Labseur, Cheb Mami est revenu en France pour "s’expliquer sur le fond du dossier".
Mais les chefs d’inculpation contre Mami risquent d’être plus lourds que prévu, a prévenu Le Matin d'Algérie, ajoutant que Mami pourrait séjourner "longtemps en prison".