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Les Algériens soulagés par l'extradition d'Abdelmoumen Khalifa

30/06/2009

L'Algérie a finalement fini par obtenir l'extradition d'Abdelmoumen Khalifa, accusé d'être à l'origine du plus grand scandale financier qu'ait connu le pays. Cette décision a fait l'objet de nombreux commentaires en Algérie.

Par Fidet Mansour pour Magharebia à Alger – 30/06/09

[Pierre Andrieu/AFP/Getty Images] Le magnat des affaires algérien Abdelmoumen Khalifa risque d'être extradé vers son pays d'origine par les autorités britanniques.

Après une bataille politico-judiciaire qui aura duré deux ans, le tribunal britannique de Westminster a consenti à la requête des autorités algériennes d'extrader l'ancien "golden boy" Abdelmoumen Khalifa vers son pays d'origine pour y répondre des charges qui pèsent sur lui. Khalifa avait été condamné à la prison à perpétuité par contumace en 2007 par le tribunal de Blida, à l'est d'Alger, pour conspiration criminelle, vol aggravé, détournement de fonds et faux et usage de faux.

Le verdict, longtemps attendu, qui a été rendu jeudi 25 juin, a suscité de nombreuses réactions de la part des officiels, des militants de la société civile et des citoyens.

Le premier à réagir a été le ministre algérien de la Justice Tayeb Belaiz, qui a félicité le système judiciaire britannique, ajoutant qu'il était connu pour sa "totale transparence" et son indépendance. Belaiz a qualifié ce verdict de "victoire pour la justice algérienne qui a toujours réclamé le transfert d'Abdelmoumen".

"La justice algérienne a fourni des assurances à son homologue anglaise pour rejuger l’ex-propriétaire du groupe Khalifa en toute transparence", a-t-il ajouté. "Khalifa aura un procès équitable."

Mustapha Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative de protection et de protection des droits de l’Homme, s'est félicité de cette décision. Cette extradition témoigne de "la crédibilité de la justice algérienne", a-t-il souligné. "L’accusé n'aurait pu être transféré si les Britanniques avaient eu des doutes sur l’équité de son procès."

Plusieurs avocats algériens qui avaient auparavant travaillé sur le dossier Khalifa ont également réagi à cette annonce.

Dans un entretien avec le quotidien El Watan, Me Miloud Brahimi explique que le verdict rendu par le tribunal de Blida en 2007 sera annulé si Khalifa était extradé. "Le juge algérien est appelé à rejuger toute l’affaire sous toutes ses facettes", a-t-il commenté. "Le principe de la présomption d’innocence est consacré par la constitution algérienne."

En 2007, Me Brahimi avait assuré la défense de Rahal Reda, PDG d'ENAGEO, qui avait perdu dix millions de dollars au profit de la Banque Khalifa.

Mohamed Khaled Bourayou, l'un des avocats de la défense des co-accusés de Khalifa, a déclaré au quotidien El Watan : "Le fait que la justice britannique ait certifié que l’extradition de Khalifa ne contrevenait nullement à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme est une appréciation très forte".

Un autre avocat de Khalifa, Me Mokrane Ait Larbi, estime que le verdict du tribunal de Westminster n'est "pas définitif" et qu'il doit encore être confirmé par la Chambre des Lords (Haute Cour) de Londres.

L'homme responsable du plus grand scandale financier jamais connu en Algérie a quatorze jours pour faire appel. Son avocat a déjà lancé la procédure.

Le public algérien a lui aussi réagi à ce jugement.

Ines venait tout juste d'être embauchée par Khalifa Airways comme hôtesse de l'air sur la ligne Francfort-Alger lorsque le scandale éclata. Elle a expliqué à Magharebia que sa vie avait été totalement chamboulée. "J’en veux tellement aux responsables", a-t-elle expliqué.

Karim, la quarantaine, travaillait à la Banque Khalifa. Il est resté au chômage pendant trois ans avant d’intégrer un poste de financier dans une entreprise publique : "Cette expérience m'a beaucoup secoué. J'ai opté pour le secteur public, pensant que mon avenir serait plus sûr dans un domaine géré par l’Etat."

Abdelmoumen Khalifa avait fondé la Banque Khalifa, son empire financier, en 1998. Le groupe, qui avait également fondé Khalifa Airways, comptait vingt mille salariés. En 2002, après avoir décélé des irrégularités, les autorités avaient interdit à la banque de s'engager dans des opérations de commerce extérieur. La Banque Khalifa s'était déclarée en faillite en 2003. En mars 2007, plusieurs de ses directeurs avaient été condamnés à la prison par le tribunal de Blida.