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L'Algérie rejette la décision des Nations-Unies d'enquêter sur les attentats du 11 décembre

17/01/2008

Les Nations-Unies ont fait part de leur intention de mener une enquête indépendante sur les attentats survenus le 11 décembre à Alger. Le gouvernement algérien rejette cette idée, affirmant qu'elle constitue une ingérence dans les affaires intérieures du pays.

Par Lyes Aflou pour Magharebia à Alger – 17/01/08

[Getty Images] Le Premier Ministre algérien Abdelaziz Belkhadem s'est déclaré opposé à la décision prise par les Nations-Unies de diligenter une enquête indépendante sur les attentats du 11 décembre à Alger. M. Belkadem a qualifié cette enquête de "mesure unilatérale" et exprimé "de fortes réserves et de graves préoccupations".

L'Algérie s'est opposée à l'initiative annoncée lundi 14 janvier par le Secrétaire Général des Nations-Unies Ban Ki-moon de procéder à une enquête indépendante sur les attentats-suicides du 11 décembre, affirmant que cela constitue une tentative d'ingérence dans les affaires intérieures du pays. En dépit des pressions internationales, Alger s'est toujours refusée à laisser entrer des commissions d'enquête dans le pays depuis les attentats terroristes des années 1990.

Dans le communiqué officiel publié lundi, le Secrétaire Général des Nations-Unies "a décidé de nommer une commission indépendante chargée d'établir tous les faits concernant l'attentat d'Alger et d'étudier les questions stratégiques vitales à la garantie et au renforcement de la sécurité des personnels des Nations-Unies dans leurs opérations dans le monde entier."

Bien que cette déclaration précise que la commission "cherchera à obtenir la coopération pleine et entière des autorités algériennes", le gouvernement algérien a fortement désapprouvé cette initiative.

Le Premier Ministre Abdelaziz Belkhadem a fait connaître les sentiments de l'Algérie sur cette affaire au Secrétaire Général, qu'il a rencontré mercredi à Madrid lors du forum de l'Alliance des Civilisations. Selon les médias officiels, M. Belkhadem a fait part "des fortes réserves et préoccupations de l’Algérie" face à ce qu'il a qualifié de "mesure unilatérale".

"L’ambassadeur d’Algérie auprès de l’ONU n'a pas été consulté et l'avis de l'Algérie n'a pas été pris", a déclaré M. Belkhadem, ajoutant que "les règles n'ont pas été du tout respectées".

M. Ban Ki-moon a indiqué pour sa part que les entretiens se poursuivront entre les Nations-Unies et l'Algérie.

Les représentants des partis politiques ont été unanimes à rejeter l’initiative onusienne, défendant le principe de la souveraineté nationale et la capacité des forces de sécurité nationales à mener de telles investigations.

"C’est un attentat qui s’est passé en Algérie, et qui ne regarde que celle-ci", a déclaré le porte-parole du Front de Libération Nationale, Said Bouhadja. "Ce sont nos services de sécurité qui doivent mener l’enquête et pas une autre institution étrangère", a-t-il ajouté, en se demandant pourquoi l’ONU n’a pas pris le soin de consulter les autorités algériennes sur cette question.

Cette enquête des Nations-Unies est également perçue comme une atteinte à la souveraineté nationale par le Mouvement pour la Société de la Paix. Son responsable des communications Mohamed Djemaa a parlé "d'ingérence" dans les affaires algériennes, affirmant que les membres de son parti "rejettent toute idée d’une enquête sur le sol algérien et [ont] toujours affirmé leur opposition à ce genre d’initiatives."

Et M. Djemaa de poursuivre : "Si des attentats sont perpétrés dans un pays européen ou autre, les Etats mènent eux-mêmes les investigations sans aucune assistance. Alors pourquoi, quand il s’agit d’un pays du tiers-monde, tout aussi souverain, on se précipite pour aller demander des enquêtes indépendantes ?"

"La sécurité en Algérie et tout ce qui s’y passe ne concerne que les Algériens et personne d’autre", commente M. Boulahia du mouvement El Islah, qui s'oppose également à ce que "une main étrangère diligente une enquête en Algérie". Il ajoute que "avec toute l’expérience que nos services de sécurité ont acquise depuis plus d’une dizaine d’années, ils sont capables seuls de mener toutes les enquêtes".

L'opinion publique s'interroge elle aussi sur cette enquête onusienne. Abdellah Faisal, un employé de banque, s'interroge : "Le fait de penser à diligenter une commission d’enquête suppose que des doutes planent, mais sur quoi ? Sur les auteurs des attentats ? Leurs commanditaires ?"

Omar Boudaoui, un enseignant, affirme que les Nations-Unies devraient faire connaître les soupçons qui sous-tendent cette décision d'enquêter sur ces attentats, que l'Organisation al-Qaïda au Maghreb Islamique a par ailleurs déjà revendiqués.

Commentant l'annonce de cette enquête lors d'une conférence de presse, mercredi 16 janvier, le responsable du Programme des Nations-Unies pour le Développement, Kemal Dervis, a déclaré que les autorités algériennes n'avaient pas tenu compte d'une demande émanant des Nations-Unies de renforcer la sécurité autour des bureaux onusiens à Alger. Bien que le responsable de la sécurité des Nations-Unies ait proposé quelques mesures pour renforcer la sécurité aux alentours des bâtiments, dont le blocage des rues adjacentes, "le gouvernement n'y avait pas répondu. Nous le savons", a déclaré M. Dervis, des propos rapportés par l'AFP.

Les attentats contre les bureaux du Haut Commissariat aux Réfugiés à Alger et contre le Conseil Constitutionnel à Hydra le 11 décembre avaient tué au moins quarante et une personnes, dont dix-sept employés des Nations-Unies.