12/12/2007
Après les attentats meurtriers de mardi dans l'Algérie voisine, les Tunisiens espèrent que la violence ne se propagera pas dans leur pays.
Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 12/12/07
![]() [Getty Images] Les attentats de mardi contre les bureaux du Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies, le HCR, à Alger ont ajouté une dimension internationale à ce carnage. Les Tunisiens espèrent que la violence ne franchira pas la frontière de leur pays. |
Les Tunisiens sont unanimes à condamner les attentats terroristes meurtriers perpétrés mardi matin, le 11 décembre, dans la capitale algérienne, qualifiant de tels actes de "barbares".
Dans une déclaration à Magharebia, Samir Abdallah, membre de la Chambre des Conseillers, a déclaré : "On ne peut que condamner cet acte de lâcheté. Je pense que l'ensemble des élites tunisiennes se joindront à moi pour le condamner parce qu'il n'a rien à voir avec l'humanité, ni avec les valeurs religieuses les plus sublimes qu'enseigne toute religion divine, des valeurs de tolérance et de solidarité."
Et d'ajouter :"Aujourd'hui, notre place est aux côtés de nos frères algériens pour former un front uni contre les résidus de l'extrémisme et du terrorisme."
Bouchra Belhaj Hamida, avocate et présidente de l'Association Démocratique des Femmes de Tunisie, s'est déclarée très choquée à l'annonce de la nouvelle. "C'est un acte horrible, brutal, et j'en tiens le projet de réconciliation nationale – qui montre aujourd'hui ses limites – pour responsable", a-t-elle déclaré. Mme Hamida se demande "comment on peut se réconcilier avec une personne avec laquelle on ne s'accorde sur rien. Comment peut-on le faire avec ces extrémistes et ces terroristes qui ne sont rien de moins que des criminels et des assassins ?"
De nombreux Tunisiens se sont rassemblés autour des télévisions dans les cafés pour suivre les événements. Bechir Mrabet, un retraité, affirme : "J'ai été très choqué. Nous pensions que la stabilité avait commencé à s'installer dans la vie des Algériens, mais malheureusement, comme on le voit, la lutte est descendue des montagnes vers les villes, utilisant des méthodes similaires à celles de al-Qaïda. Ils tuent des innocents au nom de la religion."
Un jeune homme prénommé Ali ajoute : "Je pense que la violence ne s'arrêtera pas de si tôt. Plusieurs problèmes locaux l'alimentent, comme le chômage et le besoin.
C'est décidément bien une affaire 'maghrébine'."
Abdel Majid Sahraoui, vice secrétaire général de l'Association des Syndicats du Maghreb Arabe, condamne également ces attentats, et appelle les membres des syndicats à combiner leurs efforts pour lutter contre le "fléau du terrorisme et de l'extrémisme qui utilise la religion comme une couverture".
M. Sahraoui appelle tous les habitants du Maghreb à dépasser leurs différences. "Toute hésitation peut envoyer un faux message qui peut laisser penser aux extrémistes que les rangs du Maghreb peuvent être divisés et les différences manipulées... pour répandre leur idéologie destructrice", affirme-t-il.
Les informations sur ces attentats ont fait la une de tous les médias tunisiens. La télévision tunisienne a fait état du message de condoléances envoyé par le Président Zine El Abidine Ben Ali au Président Abdelaziz Bouteflika au nom du peuple et du gouvernement tunisiens.
Najet Mraihi s'est dite choquée par la nouvelle. Elle explique : "Je n'ose plus bouger ! Qui peut garantir que nous ne verrons pas une scène similaire se produire dans notre pays ? Dieu nous garde." Mraihi explique que les terroristes "sont comme des chauves-souris préparant leur complot dans l'obscurité et visant des innocents sans défense."
Elle ajoute : "Ils ont tenté la même chose ici l'an dernier à la même époque, mais ils ont été découverts. J'espère qu'ils le seront, là où ils se trouvent."
En décembre dernier, la ville de Solimane avait été le théâtre d'une confrontation armée entre des extrémistes et l'armée tunisienne, qui avait fait douze morts dans les rangs des terroristes. La plupart venaient d'Algérie pour perpétrer des opérations terroristes contre plusieurs sites en Tunisie, dont les ambassades de Grande-Bretagne et des Etats-Unis.