11/12/2007
Huit mois jour pour jour après un double attentat perpétré à Alger, l'histoire se répète aujourd'hui. Après quelques mois d'accalmie, les kamikazes sèment à nouveau la panique dans les rues de la capitale.
Par Achira Mammeri pour Magharebia à Alger – 11/12/07
![]() [Getty Images] Des sauveteurs algériens évacuent une victime d'un bâtiment détruit par l'explosion |
Onze. Ce sera à jamais un chiffre maudit pour les Algériens.
Il y a huit mois, jour pour jour, un double attentat avait secoué la capitale. Le premier visait le palais du gouvernement, le second un poste de police.
C'était le mercredi 11 avril. Ce mardi matin, 11 décembre, un autre drame a anéanti les espoirs algériens d'un avenir plus calme. A 9h50, deux attentats meurtriers ont fait trembler la capitale, tuant des dizaines d'innocents. Alger la Blanche pleure ses morts.
La peur est immense. "C'est une bombe", déclarent certains. "Non, deux bombes", affirment d'autres.
Les premières images transmises sur des chaînes de télévision étrangères confirment le drame et choquent les Algériens qui s'étaient habitués ces derniers mois à l'idée de vivre en sécurité. "La paix en Algérie est une utopie, une illusion. Il ne fait aucun doute que notre pays a été condamné à vivre dans la terreur", s'exclame Said, un chauffeur de taxi.
Les employés arrivés tôt au travail repartaient chez eux pour midi, qu'ils en aient ou non l'autorisation. "Je ne pouvais pas rester au bureau. C'est dangereux", explique Farida, secrétaire chez Andi, l'agence nationale de promotion de l'investissement. "Personne ne peut dire si ce bâtiment ne sera pas la cible d'un attentat suicide."
Toute la capitale est en état de choc et semble misérable. Une semaine de soleil hivernal a laissé la place à la pluie et au crachin. "Regardez ! Même le ciel pleure les dizaines d'innocents qui ont quitté ce monde. Mon Dieu, qu'avons-nous fait pour mériter ça ?"; se demande Ali, un retraité. "Non. Je suis sûr que nous n'avons rien fait. Rien du tout."
Amine, un étudiant à l'université, est secoué de larmes en pensant aux étudiants tués dans ce carnage. "Ces terroristes ont jeté des dizaines de familles dans le deuil, et avec elles, toute une nation qui souhaite vivre en paix. Personne n'a le droit de nous priver de ce droit, notre droit."
"Les terroristes veulent isoler le pays", explique Said, journaliste à l'Ouest Tribune. "Ils y étaient parvenus pendant la décennie noire. J'ai vraiment peur qu'ils n'y parviennent une nouvelle fois."
Les Algériens se posent la même question après chaque attentat: Quel est le but de ces crimes ? Qui visent-ils ? Pourquoi maintenant ?
"Les groupes terroristes se cachent derrière l'Islam", affirme Mounir, un chômeur. "J'affirme que l'Islam est une religion de paix, de tolérance et de coexistence. Ce sont des criminels assoiffés de sang et de pouvoir."
Un imam de la mosquée El Taqwa de Bab El Oued, dans la banlieue d'Alger, condamne fermement ces deux explosions. "Ces attaques sont des attaques contre la religion islamique et donnent une image totalement fausse des Musulmans", affirme-t-il, sous le couvert de l'anonymat. "L'Islam restera toujours une religion de tolérance. Ces criminels n'ont rien à voir avec l'Islam. En fait, ils sont les pires ennemis de l'Islam."