05/11/2007
Dans un récent enregistrement audio, Ayman al-Zawahiri a affirmé qu'un groupe libyen avait rejoint la nébuleuse terroriste al-Qaïda. Il a également appelé les habitants du Maghreb à renverser leurs gouvernants. Les analystes de la région considèrent cet enregistrement comme une tentative de s'assurer d'un meilleur soutien après les fortes pertes subies en Algérie.
Jamel Arfaoui à Tunis a contribué à cet article – 05/11/07
![]() [Getty Images] Al-Zawahiri a appelé les groupes armés à renverser les régimes du Maghreb. |
La dernière bande audio en date de al-Quaïda, annonçant l'adhésion d'un groupe libyen et appelant à renverser les régimes en place au Maghreb, est une tentative de renforcer le moral des troupes de l'organisation après les cuisants revers subis en Algérie, expliquent les analystes.
Dans un enregistrement audio diffusé sur lnternet samedi 3 novembre, le commandant en second de al-Quaïda, Ayman al-Zawahiri, a déclaré que des "membres honorables" du Groupe Islamique Combattant Libyen avaient rejoint le "djihad" de al-Quaïda contre "l'Amérique, la France, l'Espagne et leurs peuples". Cet enregistrement appelle les citoyens du Maghreb à aider ceux qu'il appelle les "moudjahidines" à renverser les leaders libyens, tunisiens, algériens et marocains, et à frapper les intérêts occidentaux.
Al-Zawahiri a critiqué l'engagement pris en 2003 par le leader libyen Moammar Kadhafi de renoncer aux armes de destruction massive – un geste qui a permis de mettre fin à des années d'isolement sur la scène internationale.
Cet enregistrement permet également d'entendre la voix d'un orateur que al-Zawahiri a présenté comme étant Abu al-Laith al-Libi, un membre libyen de al-Quaïda supposé se cacher en Afghanistan. "Nous annonçons que nous faisons allégeance à al-Quaïda en tant que soldats loyaux", a affirmé al-Libi, demandant aux Libyens de se préparer pour "une nouvelle ère des batailles de l'Islam".
Le Groupe Islamique Combattant Libyen était apparu pour la première fois en 1995, et s'était engagé à renverser le régime libyen. Il est la deuxième organisation à prêter allégeance à al-Quaïda, après le Groupe Salafiste pour le Prêche et le Combat (GSPC) en Algérie, qui s'était rebaptisé Organisation al-Quaïda au Maghreb Islamique en janvier dernier.
Borhane Besais, politologue tunisien, a décrit le message de al-Zawahiri comme une tentative destinée à remonter le moral des troupes de al-Quaïda après les sérieux revers subis par l'organisation en Algérie.
"Le message de al-Zawahiri intervient à un moment où des fissures commencent à apparaître dans la structure des groupes islamiques armés en Algérie par suite de l'option de lutte armée qui a attiré de sévères critiques de l'opinion algérienne parce qu'elle vise des civils innocents", a expliqué M. Besais, soulignant la récente éviction du leader de al-Quaïda en Algérie, Abdelmalek Droukdel, par les membres de l'ancien GSPC.
M. Besais explique que l'annonce selon laquelle le Groupe Islamique Combattant Libyen aurait rejoint al-Quaïda est "une manoeuvre destinée à troubler les positions à un moment où les autorités libyennes prennent des contacts avec la plupart des organisations du djihad en Libye". Nombre des leaders de ces groupes se trouvent dans les prisons libyennes, et quelques-uns de leurs membres se trouvent encore en Afghanistan, où ils combattent aux côtés de al-Zawahiri.
Abdallah Errami, spécialiste marocain des groupes islamistes, a fait part de ses doutes sur le fait que les Libyens entendent l'appel de al-Zawahiri. Dans un entretien avec la chaîne Aljazeera, samedi, M. Errami a affirmé que les agences libyennes de sécurité avaient initié le dialogue il y a quelque temps avec les leaders emprisonnés du Groupe Islamique Combattant. "Je pense que al-Zawahiri a tenté d'empêcher toute possibilité future de réconciliation", a-t-il déclaré.
Commentant cette bande, le Ministre marocain de l'Intérieur Chakib Benmoussa a affirmé que le Maroc prenait la menace de al-Zawahiri au sérieux. "Nous ne négligeons jamais aucun risque... Nous l'intégrons dans les réflexions que nous menons aujourd'hui sur la manière de répondre aux risques extérieurs", a-t-il affirmé à la suite de l'entretien qu'il a eu dimanche avec son homologue française, Mme Michèle Alliot-Marie.