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L'appel de Zawahiri à lutter contre les Français et les Espagnols est une tentative désespérée d'obtenir un soutien

24/09/2007

L'appel lancé par le commandant en second de al-Qaida, Ayman Zawahiri, de s'en prendre aux Français et aux Espagnols intervient alors que l'organisation tente de justifier sa guerre impopulaire contre les régimes du Maghreb.

Nazim Fethi et Said Jameh à Alger ont contribué à cet article – 24/09/07

[Getty Images] L'appel de Aymen Zawahiri en faveur d'attaques contre les Français et les Espagnols joue sur la corde de la sensibilité historique au Maghreb.

Les spécialistes et les citoyens algériens ont récemment pu voir une vidéo de al-Qaïda appelant au djihad contre les Français et les Espagnols au Maghreb, tentative désespérée de retrouver le soutien que l'organisation a perdu parmi les citoyens et les groupes armés. L'apparition du leader de al-Qaïda au Maghreb Islamique, Abdelmalek Droukdel, dans cette vidéo coïncide avec sa récente éviction par les leaders algériens du mouvement, dont beaucoup sont opposés à la stratégie d'al-Qaïda de s'en prendre à des civils.

Dans cette vidéo, diffusée le 20 septembre, le commandant en second de al-Qaïda, Ayman Zawahiri, a appelé à restaurer l'Andalousie et à nettoyer le "Maghreb de Rabat" des descendants français et espagnols. Selon Mouloud Merchedi, spécialiste des groupes islamistes, cet appel tente de jouer sur les sensibilités locales relatives à l'histoire et à l'influence française et espagnole dans la région. M. Merchedi considère cette vidéo comme un appel purement sentimentaliste, parce que l'organisation tente différentes approches lui permettant de justifier son appel à la révolte contre les gouvernements du Maghreb. Il a affirmé que son impact avait peu de chances de dépasser les rangs des groupes de militants armés.

La diffusion de la vidéo de Zawahiri, qui montre Droukdel prêtant allégeance au leader en fuite d'al-Qaïda Oussama ben Laden, fait suite à une rencontre organisée le 13 septembre entre les leaders algériens, au cours de laquelle Droukdel a été destitué de ses fonctions de chef du groupe anciennement connu sous l'appellation de Groupe Salafiste pour le Prêche et le Combat (GSPC). Cette décision est un coup sévère porté à al-Qaïda et à Droukdel, qui avait unilatéralement pris la décision d'affilier le GSPC à al-Qaïda en janvier, rebaptisant son organisation et menant des attentats suicides pour obtenir la caution de al-Qaïda.

Les leaders du GSPC auraient été mécontents de la stratégie de Droukdel visant à s'en prendre à la population civile, en particulier après l'attentat du 11 avril contre le palais du gouvernement à Alger. Les autres attentats suicides visant des casernes de l'armée, en particulier à Lakhdaria en juillet et à Dellys début août, n'avaient pas réussi à faire vaciller la pression du gouvernement et, de plus en plus, de la population sur le groupe. L'envoi de mineurs pour des attentats suicides lui a valu la désapprobation de la population algérienne, affaiblissant encore un peu plus la position de Droukdel. Selon Hocine Meghlaoui, spécialiste du terrorisme, ces récents attentats suicides font suite aux fortes pertes subies par le groupe en juin et en juillet, en particulier en Kabylie et à Tébessa.

Les pairs de Droukdel l'ont également vivement critiqué pour son manque d'expérience sur le terrain et pour le fait qu'il n'a jamais pris part à des attaques contre les forces de sécurité, préférant envoyer de jeunes recrues. La seule opération qu'il ait personnellement conduite, en juillet contre une brigade de la gendarmerie à Yakouren, en Kabylie, s'était soldée par un échec retentissant. Près de quinze de ses hommes avaient été tués, et l'armée avait lancé une opération de grande envergure dans la région, tuant plus d'une centaine de terroristes.

Selon le sociologue Mouloud Madoun, le sort de Droukdel a été fixé par ses pairs avant le message de Zawahiri, en particulier après que le fondateur du GSPC, Hassan Hattab, soit entré en scène. Hattab, qui était jusqu'alors en retrait des évènements, aurait participé à la rencontre du 13 septembre à Zbarbar, qui a conduit à l'éviction de Droukdel. Hattab avait quitté le Groupe Islamique Armé (GIA) en 1997 pour protester contre les tueries de civils. Il avait récemment manifesté son intention de s'engager dans la politique de réconciliation nationale du Président Bouteflika.

Le groupe terroriste est officiellement sans chef, et les spécialistes sont assez divisés sur la direction qu'il prendra.

M. Madoun estime que Hattab pourrait prendre le commandement de l'organisation et travailler à un règlement pacifique avec le gouvernement, semblable a celui signé par l'Armée Islamique du Salut (AIS) en 1997. Nombre de leaders terroristes envisageraient de se rendre, ou au moins de renoncer à toute activité militaire. Parmi eux se trouverait Mokhtar Belmokhtar, qui dirigeait les opérations du GSPC dans le sud de l'Algérie.

D'autres, plus pessimistes, pensent que certains leaders terroristes poursuivront la lutte contre le gouvernement, pas nécessairement sous la bannière de al-Qaïda. Plusieurs chefs régionaux ont rempli leurs caisses ces dernières années, par le racket de citoyens et les enlèvements de chefs d'entreprises. Ils pourraient fort bien ne pas vouloir renoncer à leurs opérations très lucratives.

D'autres encore estiment que al-Qaïda pourrait lutter pour conserver Droukdel, ou lui trouver un remplaçant chargé d'orchestrer des attaques spectaculaires pour faire ses preuves. M. Merchedi pense que l'apparition de Droukdel dans cette vidéo est le signe de la volonté de al-Qaïda de le maintenir en place, au vu des difficultés à trouver un remplaçant loyal. Selon M. Maghlaoui, l'attaque de vendredi dernier visant des ressortissants français et italiens à Lakhdaria constitue une réponse au message de Zawahiri, vraisemblablement par des groupes armés encore fidèles à Droukdel et al-Qaïda.

Quelle que soit la direction prise, les Algériens estiment que al-Qaïda opère désormais dans un environnement de plus en plus hostile, en particulier après que des rapports eurent fait savoir que l'organisation utilisait des adolescents et des mineurs pour mener ses attentats suicides.

Abdelkarim, un imam de la partie sud d'Alger, a qualifié le recrutement de mineurs et d'adolescents de contraire à l'Islam et aux valeurs humaines. Il a déclaré que l'Islam ne permettait pas d'inciter de jeunes hommes à mener des actes de sabotage ou à s'en prendre à d'autres. Il a appelé les imams chargés du recrutement des mineurs à reprendre leurs esprits et à faire acte de repentance envers Dieu. "Ces imams doivent revoir leurs idées, leur idéologie, et corriger ces idées, qui ne servent ni la religion ni le pays", a-t-il déclaré à Magharebia.

Abdelkarim a ajouté que l'Islam n'a rien à voir avec les actes et les comportements de ceux qui commettent des crimes au nom de la religion, et qu'il n'a rien à voir non plus avec l'organisation d'Oussama ben Laden.