19/07/2007
Dans le cadre de ce qui pourrait être considéré comme un tournant essentiel dans les relations tumultueuses entre l'Algérie et le Maroc, les deux pays ont fait part de leur intérêt pour une coopération dans la lutte anti-terroriste.
Par Achira Mammeri à Alger et Sarah Touahri à Rabat pour Magharebia – 19/07/2007
![]() [Getty Images] Un policier marocain monte la garde à un point de contrôle, le 14 juillet à Casablanca. Le Roi Mohammed VI du Maroc a appelé à une coopération plus étroite avec l'Algérie voisine dans la lutte contre le terrorisme. |
Le Maroc et l'Algérie envisagent les possibilités d'une coopération renforcée dans la lutte contre le terrorisme. Dans un message adressé le 13 juillet au Président algérien Abdelaziz Bouteflika, le Roi Mohammed VI du Maroc a proposé une "coopération bilatérale solide" pour lutter contre cette menace dans la région. Le souverain a fait part de son engagement total pour battre les criminels terroristes, notant que "la paix et la stabilité de l’Algérie voisine, avec laquelle nous veillons à entretenir des relations de bon voisinage permanent, font partie intégrante de la sécurité du Maroc".
Le message du Roi, qui pourrait marquer un tournant historique dans les relations entre les deux pays, faisait suite à un attentat perpétré à Lakhdaria, en Algérie, qui a coûté la vie à huit soldats.
L'Algérie a réagi officiellement une semaine plus tard. Le Ministre de l'Intérieur Noureddine Yazid Zerhouni a annoncé mardi 17 juillet à la presse algérienne que "une coopération entre les services de sécurité des deux pays ne peut être que bénéfique pour la stabilité et la paix dans la région". Il a ajouté que "depuis l’apparition du phénomène du terrorisme au Maghreb, l’Algérie n’a cessé de plaider pour une coordination étroite entre les pays concernés".
Dans un entretien avec Magharebia, Mohamed Laagab, politologue, enseignant à l'Université d'Alger et spécialiste des relations algéro-marocaines, a donné son analyse de la situation: "Le souverain marocain a envoyé un message très diplomatique à l’Algérie. Une démarche que nous saluons. Mais il est important qu’elle soit suivie d’actions concrètes."
M. Laagab estime que les deux pays sont forcés de mener une bataille commune contre la menace terroriste, et ce, pour deux raisons. "D'abord, les deux pays sont voisins géographiquement. Cela fait que la stabilité de l’Algérie est étroitement liée à celle du Maroc. Ensuite, le royaume a tout à gagner en partageant des frontières avec un pays ayant vaincu l’extrémisme religieux et le terrorisme."
Il a déclaré que la question de la sécurité devait être "dépolitisée", et que "les deux pays doivent absolument mettre de côté les dossiers qui fâchent, principalement le dossier du Sahara Occidental, pour pouvoir aller vers une vision plus objective du dossier sécuritaire."
Le Ministère marocain de l'Intérieur a affirmé que le danger du terrorisme persiste et continue de peser lourdement sur la région, en particulier au Sahel, où le crime organisé et le terrorisme connaissent un relent de vigueur.
Cette région est devenue un terreau pour al-Qaïda depuis l'annonce par l'ancien Groupe Salafiste pour le Prêche et le Combat (GSPC) qu'il rejoignait le réseau terroriste et adoptait un projet terroriste visant tous les pays de la région. Le Ministère de l'Intérieur a indiqué que les autorités marocaines avaient mis en place un certain nombre de mesures visant à contrer la menace terroriste en provenance du Sahel et avaient arrêté plusieurs membres importants du Groupe Islamique Combattant Marocain, qui entretient des liens avec l'ancien GSPC et dispose de réseaux de recrutement de combattants pour l'Irak.
Les organisations de la société civile et les partis politiques des deux pays se sont fait l'écho de cet appel à un renforcement de la coopération, face à ce qui est désormais perçu comme une menace régionale.
Farouk Ksentini, juriste et président de la Commission Nationale Consultative Algérienne de Protection et de Promotion des Droits de l’Homme, a affirmé que l'engagement à "la collaboration entre l’Algérie et le Maroc dans la guerre contre le terrorisme doit être total". Il a qualifié la réponse algérienne au message du souverain marocain de "claire" et "sincère".
Le secrétaire général du Front des Forces Populaires marocain, Thami El Khyari, signale que le Maghreb a besoin de davantage de solidarité et de vigilance. "En même temps, il faut garder calme et sérénité. Nous espérons que les responsables algériens prendront conscience de l'intérêt de la coopération régionale. Tous les efforts doivent être réunis pour combattre le terrorisme", afiirme-t-il.
Mohamed Moujahid, secrétaire général du Parti Socialiste Unifié du Maroc, a affirmé à Magharebia que la coopération est plus importante que jamais. Toutefois, il a souligné que si la stabilité et la sécurité doivent être garanties, d'autres actions doivent également prendre en compte les facteurs sociaux et économiques. "On ne peut pas gagner la bataille avec uniquement l’approche sécuritaire. Il faut en premier lieu trouver une solution au problème du Sahara, car on sait que le Sahel est un terreau des terroristes. Deuxièmement, la coopération économique et sociale garantira une force à la région et permettra de lutter contre la pauvreté, l’un des facteurs du terrorisme. Cela ne peut se réaliser qu’en ouvrant les frontières et en réalisant des projets d’envergure", a-t-il indiqué.