13/04/2007
Après une accalmie qui aura duré dix ans, la capitale algérienne renoue avec les attentats à la bombe. Le choix des cibles et du moment renseignent, selon les analystes, sur la volonté du réseau al-Qaida de marquer sa présence au moment où le pays s’apprête à organiser des élections législatives le 17 mai prochain.
Par Nazim Fethi pour Magharebia à Alger – 13/04/2007
![]() [Getty Images] Des Algériens en deuil portent le cercueil de Roukhi Mohamed lors de ses funérailles, jeudi 12 avril, à Mahelma, à 20 km à l'ouest d'Alger. Mohamed a été tué lors de l'attentat suicide à la voiture piégée contre le Palais du Gouvernement. |
Le double attentat qui a choqué les Algériens mercredi 11 avril, tuant 33 personnes et faisant 222 blessés, a entraîné une condamnation unanime de la part des responsables politiques de tous bords.
Le Premier Ministre Abdelaziz Belkhadem a déclaré mercredi que ces attentats d'Alger constituaient "une provocation médiatique avant les élections de mai". Il a ajouté que les commanditaires de ces attentats, revendiqués par al-Qaida au Maghreb Islamique, cherchaient à "terroriser le commun des mortels" en Algérie, mais "qu'ils sachent que le peuple algérien n'accepte pas leur approche et leur style, comme il refuse la violence et le terrorisme".
Il a également affirmé que "nous refusons la violence d'où qu'elle vienne", et a indiqué que le Président Abdelaziz Bouteflika avait tenu une réunion d'urgence dans la soirée de mercredi pour discuter des mesures de sécurité supplémentaires à prendre pour éliminer le risque d'autres attentats.
Le réseau El Qaeda s’est empressé de revendiquer les attentats kamikazes, en publiant sur un site internet les portraits des trois poseurs de bombes. Dans son communiqué intitulé La Conquête Badr du Maghreb, ce groupe a fait part de son intention de perpétrer davantage d'attentats. "Nous ne serons en paix que lorsque nous aurons libéré toute la terre d'Islam des croisés, des apostats et des agents ennemis, et que nous aurons repris pied dans notre Andalousie spoliée et notre Qods violée", affirme ce communique.
Dans un entretien accordé au quotidien algérien Ech-Chourouq, Hassan Hattab, fondateur du Groupe Salafiste pour le Prêche et le Combat (GSPC), a condamné les attentats commandités de l'étranger et réaffirmé son attachement à la réconciliation nationale. Il a déclaré que ces attaques étaient "l’œuvre du noyau du réseau al-Qaida au Maghreb Islamique, qui tente d’imposer la politique du fait accompli aux éléments armés du groupe qui refusent les massacres collectifs d’innocents". Hattab avait fondé le GSPC en 1998 après la rupture avec Antar Zouabri, leader du Groupe Islamique Armé (GIA), qui s'était déclaré partisan des tueries de masse.
S'exprimant lors d'une visite sur le lieu des attentats dans le district de Bab Ezzouar, le Ministre de l'Intérieur Noureddine Yazid Zerhouni a déclaré: "Le nombre des gendarmes et de policiers sera revu à la hausse dans nos villes". Il a également assuré au peuple algérien que les forces de sécurité et du contre-terrorisme travaillaient activement, ajoutant que "le groupe ayant commis ces attentats est isolé et ses membres se sont réduits".
M. Zerhouni a commenté les buts de ce groupe, confirmant qu'il envisageait probablement de perturber les prochaines élections. Très confiant, il a souligné que "les gens qui se sont engagés dans les solutions politiques et en faveur de la réconciliation nationale sont dominants dans le pays".
Le Front de Libération Nationale (FLN) a publié un communiqué dénonçant "avec force... les actes terroristes qui ont ciblé les citoyens innocents". Le FLN a ajouté que "les attentats à l'explosif perpétrés dans la capitale prouvent qu'au moment où il reçoit des coups de boutoir et essuie des défaites, le terrorisme essaye encore de prouver son existence par des actes désespérés qui ne font que conforter les citoyens dans la lutte et la résistance".
A cette fin, le FLN a appelé les citoyens à faire preuve de "plus de vigilance pour contrecarrer les intentions criminelles qui visent à battre en brèche la paix et la stabilité recouvrée par la réconciliation nationale".