17/04/2009
Les discussions sur la blogosphère tunisienne se sont intéressées aux questions de stabilité régionale, de liberté d'expression ainsi qu'aux définitions du martyre.
Par Jamel Arfaoui pour Magharebia à Tunis – 17/04/09
![]() Le bloggeur tunisien Tarik Kahlaoui a examiné la signification des élections algériennes sur la région |
Les bloggers tunisiens ont évoqué une grande variété de sujets cette semaine, commentant l'élection présidentielle en Algérie, les actions récentes menées par l'Association BAR tunisienne et la Journée des Martyrs tunisienne.
Dans son blog Nocturnal Thoughts, Tarik Kahlaoui a commenté l'impact des élections présidentielles du 9 avril en Algérie sur le Maghreb, sans égard donné aux résultats. Kahlaoui dit :"En tant que tunisiens, et comme tous les citoyens maghrébins, nous regardons habituellement la situation dans l'Algérie-soeur avec une attention toute particulière. Nous avons toujours eu une relation compliquée avec notre "grande soeur"... qui se situe à l'ouest."
Kahlaoui ajoute que l''élection algérienne n'apportera rien de nouveau.
"Toutefois, cette élection comporte probablement les formes d'un autre recul dans l'avancée de l'Algérie vers un régime politique pluraliste ; quelque chose qui signifierait l'aggravation de la crise du modèle politique pluraliste dans la région entière".
Le blogger de Farda wa Lqat Okhtaha, Sofiene Chourabi, a commenté la décision prise il y a deux semaines par le secrétaire-général de l'association tunisienne BAR, consistant à empêcher les avocats de participer aux émissions de télévision. Le blogger écrit : "La question de la participation des avocats dans les programmes de télévision est encore le centre d'intérêt d'un grand nombre de parties impliquées dans les affaires des médias". Il ajoute :"Les derniers événements menacent de dangereux développements qui risqueraient de perpétuer la platitude et la stagnation qui caractérisent la scène médiatique dans notre pays".
Dans un commentaire, Chourabi déclare : "De nombreux observateurs se montraient optimistes sur le fait qu'un certain nombre de chaînes de télévision commenceraient à diffuser des "talk-shows" sociaux qui seraient caractérisés par un esprit d'audace, ce qui est dur à trouver en Tunisie. Certains pensaient que des émissions qui évoqueraient des questions considérées comme taboues ouvriraient la voie à plus d'ouverture médiatique, dans un climat mondial en changement constant". Pourtant, "les forces rétrogrades ont bientôt émergées, ont tué ces ambitions dans l'oeuf, et ont restreint nos médias."
Chourabi a exprimé son indignation face à l'association BAR, qui est allée jusqu'à appeler à la "sanction" contre cinq juristes qui avaient participé à des émissions télévisuelles et radiophoniques sans consulter auparavant le secrétariat-général de l'association.
Express Yourself… It’s Tunisia a commémoré la Journée des Martyrs, le 9 avril. Le blog a réfléchi sur la signification du martyre et sur ce que peut représenter le souvenir de la chute de ses victimes.
"J'appellerai plutôt cela "la mémoire des martyrs" que la Journée des martyrs. Quand les gens sont tués sur leurs propres terres parce qu'ils demandent leur droit à la dignité et à l'auto-détermination, cela n'a rien à voir avec la célébration. Je ne devrais pas fouiller dans l'histoire de cette journée ; les sacrifices des fils de cette nation sont encore vivants dans la mémoire de chaque tunisien. Ils ont tous nos remerciements et notre profond respect, et nous prions pour leur miséricorde tout au long de l'année, et pas seulement aujourd'hui".
L'auteur souligne encore la nécessité d'examiner la définition du terme "martyre", notamment parce que les arabes l'emploient avec beaucoup de liberté, lui prêtant de multipes interprétations.
Le bloggeur explore les significations variées du martyre, telles qu'elles sont couramment comprises :"Qui a défini le martyre comme une mort nécessaire dans une bataille pour la défense d'une nation ou d'une croyance ? La mort dans les salles de torture ? Et la mort suite à des coups donnés, par les mains et les pieds, pendant une marche ou une manifestation ? Et la mort par grève de la faim, en protestation pour un droit consacré dans la Constitution ? Et la mort en raison d'une erreur médicale ? Et la mort causée par la faim, dans un pays qui distribue inégalement les richesses ? Et la mort par noyade dans la haute mer, dans une tentative d'échapper au chômage et à la pauvreté ? Et la mort dans une pièce ou dans un hôtel parce que quelqu'un avait décidé de faire exploser l'endroit ?"